En ce Jeudi Saint, c’est avec un tableau de François Bhavsar, se trouvant à l’Abbaye Bénédictine de Notre Dame de Randol (Puy de Dôme), que nous approfondirons les textes de la Cène et du lavement des pieds (son œuvre sur la Ste Famille nous avait aidés à en méditer le sens). Il avait été commandé en 2002, avec deux consignes : réaliser le dernier repas du Christ avec ses apôtres et les visages devaient être ceux des moines. Entre, les croquis préparatoires, les deux esquisses sur toile puis une reconstitution définitive dans son atelier, il s’est écoulé cinq ans. Fenêtres, vaisselle et mobilier sont ceux du réfectoire. Il est aujourd’hui accroché dans le cloître qui y mène.

                                            

Le centre de l’œuvre s’inspire de la lettre de St Paul aux Corinthiens : [« …la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. »] (1Co 11, 23-26)

Sur la table est déposé, sur le côté, le pain et le vin. Ils rappellent que Jésus a institué l’Eucharistie au cours du Séder (repas traditionnel de la Pâque Juive). Mais Il le fait la veille de la Pâque. Ce détail à son importance, puisqu’Il sera mis à mort au moment même où l’agneau pascal est immolé. Le rituel est propre à la fête de Pessa’h (la Pâque). Il débute par une 1ere prière sur la coupe de vin : Le kiddouch (en hébreu, Qiddoush = sanctification). Quatre coupes (en hébreu : Arba Kossot) sont bues au cours de ce repas. Elles font  référence aux quatre verbes utilisés par Dieu au moment de l’annonce de la libération des enfants d’Israël à Moïse : « … Je suis le Seigneur. Je vous ferai sortir loin des corvées qui vous accablent en Égypte. Je vous délivrerai de la servitude. Je vous rachèterai d’un bras vigoureux… Je vous prendrai pour peuple, et moi, je serai votre Dieu » (Ex 6, 6-7). Un gobelet généralement en argent (à l’origine du calice employé pour la consécration du vin au cours de l’Eucharistie) est utilisé pour cette cérémonie. Ce rite est évoqué dans l’évangile de Luc [« … ayant reçu une coupe et rendu grâce, il dit : « Prenez ceci et partagez entre vous…. pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous »] (Lc 22, 17 et 20). La présence des moines, leurs gestes qui reprennent ceux de la liturgie eucharistique (mains jointes, attitudes de recueillement, main sur la poitrine, paumes ouvertes dans un geste d’offrande …) réactualise ce récit.

                                                                       

 

Le côté droit, quant à lui, reprend le texte du lavement des pieds : « …Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi… Quant il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : «  Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? …C’est un exemple que je vous ai donnéafin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jn 13, 2-8 – 12 – 15).

Jean introduit cette scène d’une manière curieuse. Les premiers versets nous en indiquent l’extrême importance. Il laisse poindre le mystère de la mort du Christ et celui de la Rédemption qui passera par la trahison de Judas. Le récit continue et précise que c’est au cours du repas que Jésus lave les pieds. Pourquoi ne pas l’avoir fait au début puisque ce rituel d’hospitalité voulait qu’un esclave ou le maître de maison lave les pieds des convives avant le repas. Le fait qu’il se fasse pendant le repas montre qu’il faut chercher plus loin le sens profond de ce geste. Autre indice de l’importance de ce qui se joue à cet instant : celui de la dépose de son vêtement. En le déposant, en nouant un linge à sa ceinture et en s’abaissant, il se fait serviteur, esclave aux ordres du « maître ». Ces attitudes annoncent, par avance, la déposition et le partage de son vêtement au moment de la crucifixion. Ce sont des postures qui dévoilent quelque chose et Pierre le pressent. Comme à l’accoutumée il réagit vivement et oppose un refus. Par sa réponse, Jésus lui signifie que ce qu’il fait dépasse la simple coutume. Par ce geste, la dernière prophétie de Jean-Baptiste se réalise : «  Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! ».Ce « signe » du lavement des pieds est destiné à mettre en évidence l’Amour de Dieu. Jésus en offrant sa vie va ressembler à l’agneau que l’on immole et dont on verse le sang sur l’autel afin d’obtenir l’absolution des péchés. C’est aussi une invitation à se mettre au service du Frère.

 

Les gestes des moines (l’un à genoux et l’autre qui d’un geste de la main semble exprimer un refus) réactualisent ce passage d’évangile qui nous invitent à devenir des « serviteurs ». Il faut aussi remarquer que les objets utilisés sont, eux aussi, révélateurs. Ils nous rappellent ceux de la liturgie baptismale (une cruche, une cuve, une serviette) soulignant ainsi que l’appartenance au peuple de Dieu ne se fera plus par la circoncision mais par l’eau du baptême « Par les flots du déluge, tu annonçais le baptême qui fait revivre…» et «  …Le Christ notre Seigneur, vous a fait renaître de l’eau et de l’Esprit Saint…Vous faites partie de son peuple »  (Rituel du baptême).

  

                            

                                                                                                 

 

Avec soin, François Bhavsar a étudié l’expression des visages et des mains avec le désir de rendre actuelle cette scène capitale où Jésus consacre le service comme un élément incontournable de la future communauté chrétienne. Ce geste du lavement des pieds nous invite à nous aimer les uns les autres par des actions concrètes. Mais il va au-delà, il a une dimension spirituelle et annonce que cette assemblée de croyants devra vivre dans le pardon mutuel et même devancer toute faute : « Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler à vivre dans l’amour et à bien agir.»(Hb 10, 24) ou encore : « Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres afin d’être guéris… » (Jc 5, 16)

  

                     

     

Georgette

Sources : Site de François Bhavsar et La Christité

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