C’est à l’aide de deux tableaux [(celui de l’Espagnol Francisco de Zurbaran (1598-1664) et celui de François Bhavsar, ancien élève des Beaux-Arts de Paris qui peint, expose et vend en France et à l’étranger)] que nous vous invitons à découvrir le sens profond de cette fête qui rend hommage à la famille formée par Joseph, Marie et Jésus. Elle a été décrétée obligatoire dans toute l’Eglise par Pie Xi en 1921 et après le concile Vatican II, a été rattachée en 1969 à la fête de Noël. *

 

L’adoration des Bergers de Zurbaran : Ce tableau, peint vers 1638, représente la nativité et l’adoration des bergers. Il se divise en deux parties distinctes : le monde céleste en rouge et or peuplé d’anges et le monde terrestre dans des tons bruns, verts et gris-bleutés avec l’enfant Jésus entouré de Marie, Joseph et de bergers. Un paysage sombre délimite le ciel et la terre et une colonne les relie. En haut, l’ange harpiste accompagné d’un chœur de chérubins et en bas le luthiste, soutenu par un chœur d’anges se distinguant des autres personnages grâce à leurs ailes, font par la musique le lien entre les deux mondes. A l’avant du tableau, tout en bas, sont disposées les modestes offrandes des bergers : un panier d’œufs (symbole de vie), une jatte, un mouton attaché par les pattes, une personne en interpellant une autre… Notre  regard est attiré par Jésus, couché sur un drap blanc lumineux posé sur des épis de blé. La simplicité de Joseph et sa bonté sont mises en évidence par son beau visage (plus jeune que ceux peints habituellement à cette époque). Le buste incliné vers l’enfant, il croise ses mains contre sa poitrine comme pour y puiser la force d’accepter l’impossible : être dépossédé de cet enfant tout en étant tout à lui pour l’élever tendrement. Marie elle est sereine, elle emmaillote l’enfant ; cette naissance lui semble une évidence. Mais de nombreux détails montrent que le destin du nouveau-né sera hors normes : quelques touches rouges (couleur de l’amour et du sang), les épis de blé (rappelant l’Eucharistie), l’agneau aux pieds liés (symbole du sacrifice rituel au temple), le linge immaculé sur lequel est posé Jésus (semblable à un linceul). La jeune fille qui pointe son doigt vers l’enfant, le jeune garçon qui, dans un geste protecteur, pose sa main sur son épaule, l’attitude de celui qui derrière Joseph désigne Jésus et Marie présentant son fils comme une offrande, les mains jointes du berger, sont tous des gestes de prières. Par ces actes simples, ils nous invitent à faire de même. **

 l’agneau aux pattes liées ⇓

La Sainte Famille rigolarde de François Bhavsar : Ce tableau a été commandé par un ami, prêtre à Saint Sulpice. Il désirait une œuvre avec Marie et son fils qui les fasse sourire tous les deux. Les premières esquisses, datant de 2008, ont été des recherches autour des moments de joyeuse intimité partagés par une jeune maman avec son petit garçon. Ce n’est que cinq ans plus tard qu’il reprend le travail pour finaliser le tableau. Son ami s’amuse beaucoup de voir Marie soulever le bébé par-dessus son épaule et du geste de Jésus tirant « irrévérencieusement » le voile transparent de Marie. Ici, la famille est réunie dans l’atelier de Joseph qui travaille. Contrairement à d’autres plus classiques, tous les visages sont souriants ; petit clin d’œil de l’artiste aux belles madones des siècles précédents mais si sages et baignées de la Crainte de Dieu. Cependant, tout comme dans le tableau de Zurbaran quelques touches discrètes nous indiquent la transcendance de cette famille et son destin : le rayon orangé oblique partant de l’établi de Joseph jusqu’en haut du tableau, les ourlets des vêtements de Marie.  S’inspirant des madones de Raphaël sur lesquelles sont peints des ourlets cousus à fil d’or où sont parfois inscrits le prénom de Marie, François Bhavsar y a écrit les mots Stabat Mater (qui signifie en latin « la mère se tenait debout » et qui trouve son origine dans un texte du 12eme siècle évoquant la douleur de la mère au pied de la croix). A noter également les très fines auréoles. L’enfant Jésus, quant à lui, porte un pyjama orné des lettres INRI (ici est le roi des Juifs). Tout comme dans le tableau de Zurbaran, sa mort sur la croix pour sauver l’humanité est discrètement évoquée. ***

 l’enfant Jésus jouant avec le voile ⇓

 ourlet de la jupe de Marie ⇓

 

Ces deux tableaux nous montrent que le divin n’est pas inaccessible à l’homme. La Sainteté de la famille de Nazareth réside dans le consentement : tout d’abord le oui de Marie à l’Ange Gabriel « …Que tout advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Cette acceptation se retrouve dans le tableau de Zurbaran lorsque, dans un geste d’offrande, elle présente son enfant. Joseph, quant à lui, est qualifié par Matthieu d’homme juste : « Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret » (Mt 1, 19). Un homme juste dans la tradition juive, c’est un homme qui connaît Dieu, qui l’aime sincèrement, s’applique à faire sa volonté et  règle sa vie selon Sa Parole, Ses commandements et Ses lois. Si Joseph décide de renvoyer Marie en secret ce n’est pas parce qu’il doute de sa parole mais parce qu’il « fut saisi de crainte– comme il était humainement  normal – devant la profondeur du mystère» (St Bernard, Hom 2 sur le Missus est). Mais l’ange lui apparaît en songe pour lui confier une mission : « ….Tului donneras le nom de Jésus » (Mt 1, 21). Or dans la coutume biblique, donner le nom à l’enfant c’est en assumer la paternité légale, c’est lui donner existence ». **** Dans son tableau, Zurbaran souligne le oui de Joseph (qui était capital puisqu’il devait insérer Jésus dans la filiation de David) par son attitude tendre et respectueuse face à cet enfant qui n’est génétiquement pas le sien. Quant à Jésus, peu de détails sont donnés sur son enfance à Nazareth à part quelques détails dans l’évangile de Luc : « L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait » (Lc 2, 40), autre détail : « Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume ….le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents….C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions….Mon enfant…Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant !…  à Nazareth, il leur était soumis… Il grandissait en sagesse, en taille et en grâce… » (Lc 2, 42-43 – 47-48 – 52). Le tableau original de François Bhavsar nous indique bien que la famille du Christ était semblable à toutes les familles humaines : le travail pour faire vivre la famille, les obligations mais aussi toutes les petites joies que donnent une présence aimante au sein d’une famille. L’évangile de Luc, quant à lui, souligne que les incompréhensions doivent être dépassées pour que naissent dans la cellule familiale des rapports fondés sur la confiance et la liberté de la parole donnée et tenue.

Ces deux tableaux sont révélateurs. Ils nous disent qu’un enfant a besoin d’amour pour grandir ; qu’il ne se peut s’épanouir qu’à une seule condition : qu’il y ait un dialogue, un réel échange entre les parents et un renoncement à vouloir « posséder » l’autre. Ils nous apprennent également que la Sainteté est possible pour tous puisqu’elle est accueil de la Parole de Dieu, fidélité et confiance en Lui. Elle est également bonté et justice. Elle prend racine dans l’amour et dans une paix intérieure source de toute joie comme nous l’indique la Sainte Famille Rigolarde.

Georgette

Sources :

*    Père Silvio Moreno – Institut du Verbe Incarné.

**  Jésuite de Suisse Romande (Bruno Fuglistaller sj et Agnès Ribaud du musé de Grenoble où est exposé le tableau de Zurbaran).

***  Site de François Bhavsar.

**** Totus Tuus (Article du 22-12-2013).

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