« Ô Christ toujours plus grand ! »

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Prêtre Jésuite et membre de l’Académie des sciences. Pierre Teilhard de Chardin mena de front la rédaction d’une importante œuvre théologique mais aussi des recherches en paléontologie et en géologie. Le 15 mars 1955, il avait dit : « J’aimerais mourir le Jour de la Résurrection ». Son souhait fut exaucé puisque le jour de Pâques, le 10 avril, il partit à la rencontre du Seigneur. Nous vous invitons à découvrir sa prière « Ô Christ toujours plus grand ! »

« Seigneur, parce que, de tout l’instinct et par toutes les chances de ma vie, je n’ai jamais cessé de Vous chercher et de Vous placer au cœur de la matière universelle, c’est dans l’éblouissement d’une universelle transparence, et d’un universel embrasement que j’aurai la joie de fermer les yeux…

Sous la forme d’un « tout petit », entre les bras de sa Mère, conformément à la grande Loi de Naissance, Vous avez pris pied dans mon âme d’enfant, Jésus.

Et voici que, répétant et prolongeant en moi le cercle de Votre croissance à travers l’Église, voici que Votre humanité palestinienne s’est peu à peu épandue, de toutes parts, comme un iris innombrable où votre Présence, sans rien détruire, pénétrait, en la sur-animant, n’importe quelle autre présence autour de moi…

Tout cela parce que, dans un Univers qui se découvrait à moi en état de convergence, Vous aviez pris, par droits de Résurrection, la position maîtresse du Centre total en qui tout se rassemble … A mes yeux, à mon cœur, Vous êtes devenu, bien plus encore que Celui qui était et qui est, Celui qui sera…

Pour un certain nombre de vos serviteurs, Seigneur, le Monde, notre Nouveau Monde, – celui des noyaux, des atomes et des gènes -, est devenu source de continuelle anxiété … Cette montée, à l’horizon, par effet d’ultra-réflexion, d’un Ultra-humain…, tout cela paraît effrayant à qui, hésitant encore à se jeter dans les grandes eaux de la Matière, craint de voir son Dieu éclater en acquérant une dimension de plus… Mais pour mon intelligence et pour mon âme rien saurait-il précisément Vous rendre plus aimable, seul aimable, Seigneur, que de m’apercevoir que, Centre toujours ouvert au plus profond de Vous-même, Vous continuez à Vous intensifier …

Seigneur de mon enfance et Seigneur de ma fin, – Dieu achevé pour soi, et cependant, pour nous, jamais fini de naître, – Dieu qui, pour Vous présenter à notre adoration comme « évoluteur et évolutif », êtes désormais le Seul à pouvoir nous satisfaire, – écartez enfin tous les nuages qui Vous cachent encore, – aussi bien ceux des préjugés hostiles que ceux des fausses croyances. Et que, par Diaphanie (par transparence) et Incendie à la fois, jaillisse Votre Universelle Présence. Ô Christ toujours plus grand ! »

Ainsi soit-il.

Père Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955)

Illustration : Photo personnelle – Pascal G. 

 

 

 

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