Le fil conducteur de notre nouvelle année pastorale Osons l’espérance, nous invite à nous demander : sur quoi est-elle fondée ? L’espérance c’est, comme le dit si poétiquement Charles Péguy, une toute petite fille venue au monde un soir de Noël. Elle s’avance entre ses deux grandes sœurs la Foi et la Charité sur la longue route de la vie. Elle semble fragile mais pourtant c’est elle qui Les soutient. Le chant que nous vous invitons à écouter l’affirme : l’espérance est un trésor !

 

L’espérance, [l’une des trois vertus théologales (selon la théologie chrétienne, une vertu doit guider les hommes dans leur rapport au monde et à Dieu)], la bible y fait souvent allusion : « Ne t’ai-je pas commandé : “Sois fort et courageux !” ? Ne crains pas, ne t’effraie pas, car le Seigneur ton Dieu sera avec toi partout où tu iras. » (Josué 1, 9) – « Ne crains pas : je suis avec toi ; ne sois pas troublé : je suis ton Dieu. Je t’affermis ; oui, je t’aide, je te soutiens de ma main victorieuse (Jr 41, 10) – « Quand tu traverseras les eaux, je serai avec toi, les fleuves ne te submergeront pas… Car je suis le Seigneur ton Dieu, le Saint d’Israël, ton Sauveur » (Is 43, 1-3) – « Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse ; de chants de délivrance, tu m’as entouré. » (Ps 31 – 07) – « Dieu, par le bain du baptême, nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. (Tite 3, 4-7) … Tous ces textes nous parlent de l’amour de Dieu qui veille sur nous dans nos nuits de doute, quand nous avons l’impression qu’Il nous abandonne.
C’est bien ce qu’ont compris ces trois femmes. Ste Joséphine Bakita déclarait : « Même au fond du découragement et de la tristesse, quand j’étais esclave, je n’ai jamais désespéré, parce que je sentais en moi une force mystérieuse qui me soutenait ». Hetty Hillesum (morte à Auschwitz) affirmait dans ses lettres : « Je crois en Dieu et je crois en l’homme, j’ose le dire sans fausse honte… Je suis une femme heureuse et je chante les louanges de cette vie, oui vous avez bien lu, en l’an de grâce 1942, la énième année de la guerre » – « comme les soucis voulaient m’assaillir de nouveau et ne semblaient pas devoir prendre fin, je me suis dit tout à coup : Toi qui prétends croire en Dieu, sois un peu logique, abandonne-toi à sa volonté et aie confiance. Tu n’as pas le droit de t’inquiéter du lendemain ». Christiane Singer (écrivain), quant à elle a souligné avec force : « Il n’y a qu’un crime, c’est de désespérer du monde. Nous sommes appelés à pleins poumons à faire neuf ce qui était vieux, à croire à la montée de la sève dans le vieux tronc de l’arbre de vie. Nous sommes appelés à renaître, à congédier en nous le vieillard amer ! ».

L’espérance est indissociable des deux autres vertus théologales : la Foi et la Charité. Toutes trois forment un tout. Elles sont comme des mèches de cheveux qui s’entrelacent pour former une natte. Ne l’oublions pas, la « petite espérance » se nourrit de la foi et la foi se vivifie dans l’espérance. La charité quant à elle s’acquiert grâce à cette fidèle petite sœur.

Sans l’Espérance, pourrions-nous pardonner comme nous y invitent les lectures de ce 24eme dimanche du temps ordinaire ? En effet, le pardon relève d’un long cheminement intérieur. C’est ce que nous explique Martin Luther King dans la Force d’Aimer : [« Pardonner ne signifie pas ignorer ce qui a été fait ou coller une étiquette fausse sur un acte mauvais. Cela signifie plutôt que cet acte mauvais cesse d’être un obstacle aux relations. Le pardon est un catalyseur qui crée l’ambiance nécessaire à un nouveau départ et à un recommencement. C’est l’enlèvement d’un poids ou la remise d’une dette. Les mots « je vous pardonne mais je n’oublierai jamais ce qui vous avez fait » n’expriment jamais la nature réelle du pardon. Il est certain qu’on n’oublie jamais si cela veut dire effacer totalement de son esprit. Mais, si nous pardonnons, nous oublions en ce sens que le mal cesse d’être un obstacle mental empêchant des relations nouvelles. Jamais non plus nous ne pouvons dire : « Je vous pardonne mais je ne veux plus rien avoir à faire avec vous. » Pardonner signifie se réconcilier, se retrouver. Sans cela personne ne peut aimer ses ennemis. Le degré de notre aptitude au pardon détermine le degré de notre aptitude à l’amour pour nos ennemis »]. Pourrions-nous y parvenir sans la force de l’Espérance, de la Foi et de la Charité !

Nous le constatons, se réconcilier est un acte d’espérance qui ouvre à un « à venir ». Oui c’est bien la petite espérance qui nous aide à sortir de nos plus noires souffrances !

Georgette

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