5e Dimanche de Carême, Année A

 

 

Homélie du Père Edouard George

Accédez à la lecture de l’Évangile de Jésus Christ selon saint Jean chapitre 11 versets 1 à 45…

Au nom du Père et du Fils et du saint Esprit. Amen.
Le Seigneur soit avec vous. Et avec votre esprit !

S’il est vrai qu’il existe dans la foi un réconfort, s’il est vrai qu’il existe une solidarité spirituelle entre tous les croyants du monde entier, s’il est vrai que l’être humain est capable dans le Christ de compassion, et bien nous voulons célébrer cette messe en union avec tous ceux qui aujourd’hui sont éprouvés par la souffrance : en particulier les malades, leurs familles, les familles éprouvées aussi par le deuil, particulièrement au sein de notre groupement paroissial.

Puis nous associons dans cette Eucharistie, dans ces liens de solidarité spirituelle, tous les soignants qui se dévouent corps et âme ces jours-ci pour lutter contre la maladie. Ensemble, dans l’espérance que donne la foi, nous entrons dans cette Eucharistie.

Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Jésus lui dit : « Moi je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt, il vivra. Quiconque croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

Nous avions caché la Mort, dissimulé la maladie, nous pensions que nous étions tous invulnérables. Mais voilà que la mort, la maladie, la vulnérabilité, la fragilité reprennent ces jours-ci le devant de la scène. Et dans l’Évangile d’aujourd’hui, nous découvrons un Jésus aux prises avec les mêmes difficultés que nous. Son ami Lazare, celui qu’il aime, est malade. Il meurt.

Alors nous allons apprendre ensemble, frères et sœurs de Jésus, la compassion et la foi. La compassion d’abord, parce que nous voyons cette émotion croissante chez Jésus trois jours après la mort de Lazare. Jésus part vers Béthanie. Il rencontre Marthe, la sœur de Lazare puis Marie, l’autre sœur qui est accompagnée par un petit groupe qui vient la consoler. Et là nous découvrons l’émotion du Fils de Dieu. « Quand il vite qu’elle pleurait, et ceux qui l’accompagnaient aussi, Jésus en son esprit fut saisi d’émotion, bouleversé. Le texte grec original est très fort :  Jésus fut violemment ému en esprit. Il se troubla. Et plus loin nous découvrons le plus court verset de tout l’Évangile : « Jésus pleura. » Les larmes du fils de Dieu. « Jésus pleura. » Arrivé au tombeau de Lazare son ami de nouveau, une violente émotion le saisit.

Seigneur Jésus apprends-nous cette compassion, cette compassion véritable qui a été la tienne, que nous sachions pleurer nous aussi ces jours-ci. Que nous apprenions les larmes avec ceux qui pleurent et que tes larmes aussi s’unissent au nôtre.

Puis vient dans l’Evangile le moment de la foi. Nous entrons dans l’intimité de la prière de Jésus. Les yeux levés au ciel, Jésus dit : « Père je te rends grâce parce que tu m’as exhaussé, tu m’exhausses toujours. » Et nous voyons comment cette émotion violente de Jésus se transforme en action de grâce du Fils au Père en prière confiante, du Fils envers le Père, le Père qui agit toujours.

Jésus ajoute qu’il ouvre le secret de sa prière, ce qui est rare, à cause de ceux qui sont autour de lui : « Je dis cela à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est Toi qui m’as renvoyé. » Et une brèche est ainsi ouverte dans l’émotion de Jésus qui devient progressivement prière de confiance. Cette émotion qui n’est plus livrée à elle-même, à la confusion des sentiments, mais une émotion qui est habitée par la confiance envers le Père.

Puis Jésus agit avec force par sa parole simple, directe, immédiatement efficace. Il fait revenir Lazare à la vie. Cette force de la parole habitée par la foi, par la confiance du Fils au Père accompagne la force de son émotion. Tout au long de l’Évangile, nous voyons comment cette émotion n’est pas liée, cette émotion parfois violente, cette émotion qui nous habite tous, qui fait qu’on est souvent dans l’ascenseur émotionnel. Mais nous venons comment Jésus aussi nous invite à habiter cette émotion par la foi.

À Marthe, juste avant d’arriver au village ou Lazare était mort, il disait : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, même s’il meurt, vivra. Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Croix-tu cela ? » Et à Marthe de nouveau au tombeau, avant de faire revenir Lazare à la vie, il dit : « Ne te l’ai-je pas dit : si tu crois, si tu crois tu verras la gloire de Dieu. »

Depuis quelques jours, à travers tous les échanges que nous pouvons avoir, les lectures, nos réflexions, nos méditations, à travers aussi les récits que nous entendons, personnellement j’en arrive à me forger une conviction qui est que la réponse à cette crise sur le long terme ne sera pas simplement d’ordre médical. Bien sûr l’urgence aujourd’hui est du côté des hôpitaux, de l’accompagnement aussi des personnes âgées dans les Ehpads. Mais sur le terme nous découvrons progressivement que la réponse ne pourra pas être simplement technique, scientifique, ni même politique ou économique. Mais que c’est notre foi à nous les croyants notamment qui va être convoquée par le Seigneur. Notre foi collective, la foi de notre fraternité nouvelle, notre foi individuelle : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » Nous dit le Seigneur.

La foi, nous le pressentons, est vraiment une question de vie et de mort, ou plutôt une question de morts transformée dans la vie du Christ. Voilà notre espérance. La réponse à la crise que nous traversons nous appelle à la compassion véritable, mais aussi à la foi dans le Christ sauveur : « Quiconque vit et croit en Moi ne mourra jamais, crois-tu cela ? » « Quiconque vit et croit en Moi ne mourra jamais, crois-tu cela ? »

Le Seigneur soit avec vous. Et avec votre esprit !
Et que Dieu tout puissant vous bénisse. Le Père, le Fils et le Saint Esprit.

Amen.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean chapitre 11 versets 1 à 45

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En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.

Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »

Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »

Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.

Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »

Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.

Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre.

Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »

Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »

Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

— Acclamons la Parole de Dieu.
— Louange à Toi Seigneur Jésus !

 

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