En Occident, l’Epiphanie célébrée la semaine dernière met plus particulièrement l’accent sur l’adoration des Mages, sur le Christ révélé aux nations païennes. Elle est également associée à ses premières manifestations publiques : son baptême dans le Jourdain et les noces de Cana (Trait d’Union N° 20-01).

En Orient, c’est le terme Théophanie qui est employé. Cette solennité fête la manifestation trinitaire de Dieu au moment du baptême de Jésus dans le Jourdain. Cette immersion, dans les eaux de ce fleuve biblique que les Hébreux ont traversé pour entrer dans la Terre Promise, revêt deux aspects. D’une part, elle témoigne de son humilité ; en demandant le baptême de conversion, alors qu’il est sans péché, le Christ s’identifie totalement à l’Homme et pose un geste pour exprimer sa solidarité envers toutes les formes de pauvreté, y compris spirituelle. Il inaugure ainsi son ministère de serviteur. D’autre part, c’est le premier dévoilement de ce qu’ Il est réellement. Le témoignage de Jean Le Baptiste révèle Sa gloire : [« Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : « Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint »] (Jn 1, 32-34). Dieu reconnaît Jésus en tant que Fils :[« … Voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie »] (Mt 3, 16-17).

En descendant dans les eaux du Jourdain, le Christ s’est entièrement identifié aux pêcheurs et, au moment où il est remonté de l’eau,  dans ce mystère trinitaire qui n’est autre qu’une communication d’amour,  Dieu l’a identifié. Le Créateur aime le Fils et Jésus aime le Père. Tous deux sont reliés par cette circulation d’amour fécond qui n’est autre que l’Esprit Saint. De cette réciprocité des sentiments naît l’ouverture à la vie éternelle. Par son baptême de conversion, le Christ, fils de Dieu, a sanctifié l’eau et par l’union du Verbe à la nature humaine, le corps a été transformé : de mortel il est devenu immortel, de purement humain il est devenu spirituel et a franchi « les portes du ciel ».

L’Orient Byzantin associe la bénédiction des eaux au cycle de la Nativité. L’Occident Latin, quant à lui, bénit l’eau pour les baptêmes des adultes pendant la vigile pascale. Cette fête, que nous célébrons aujourd’hui, est donc l’occasion de méditer sur le sens profond de notre Baptême. L’Occident, à la suite de St Augustin, a longtemps insisté sur le seul aspect de la libération du péché originel et mis en exergue la délivrance de l’emprise du mal qui empoisonne le monde hors du Christ. L’Orient lui, a toujours souligné son côté lumineux : c’est une sanctification en germe. A chacun de nous, au jour de notre baptême, le Père dit « Tu es mon enfant bien-aimé ». Comme le Christ, nous devenons « un enfant de Dieu ». Le baptême est le sacrement de la grâce, de l’adoption filiale et de la foi. Il y a de la part de Dieu comme une attente, comme un désir que nous atteignions cette pleine maturité qui n’est rien d’autre qu’une totale union au Christ et implique notre collaboration avec Dieu.

Dans notre pays, le Christianisme a été longtemps majoritaire et le baptême était un rite de socialisation plutôt qu’une véritable initiation dans l’assemblée des fidèles. Or, c’est avec assuidité que nous devons « entendre » la parole de Dieu et, avec persévérance, l’approfondir. Ce n’est qu’ainsi que nous apprenons à découvrir toute la richesse du mystère du Christ que nous portons en nous, tel un trésor caché au fond de notre cœur. En cette Téophanie baptismale, nous devons avoir la certitude que Dieu  appelle chacun de nous par son nom : « Ne crains pas, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi » (Is 43, 1) et qu’il est toujours avec nous au moment des épreuves : « Quand tu traverseras les eaux, je sera avec toi, les fleuves ne te submergeront pas. Quand tu marcheras au milieu du feu, tu ne brûleras pas, la flamme ne te consumera pas » (Is 43, 2).

Au moment du rite de l’eau bénite ou lorsque nous nous signons en entrant dans une église, prenons conscience que ce geste est une reprise de cette grâce baptismale qui nous appelle à un amour sans limites ; souvenons-nous que nous sommes « membres du Christ » et « temples de l’Esprit Saint ». Dans le Jourdain, Jésus n’est autre que le nouveau Josué qui mène son peuple vers cette Terre Promise habitée par l’Esprit ! En ce dimanche, n’oublions pas que Son baptême a ouvert le monde à une nouvelle création à laquelle nous sommes invités à participer et que, par le nôtre, nous sommes « Sel de la terre » et « lumière du monde ».

Georgette

 

Sources : infocatho.cef et Monastère de Chevetogne (Belgique) également appelé Monastère de l’Union qui est placé sous le signe de l’œcuménisme.
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