Comment Joseph va réagir devant une situation totalement imprévue pour lui ? Sa fiancée est enceinte et il sait qu’il n’y est pour rien. C’est choquant. La vie n’est pas toujours simple. Et Joseph n’est pas du tout préparé à cela. Comment va-t-il se comporter ?

Une solution existe dans sa religion, sa culture : selon le livre du Deutéronome (Dt 22, 23-24), Marie mérite d’être lapidée. Joseph est quelqu’un de « juste », il devrait donc coller scrupuleusement à la volonté de Dieu. Pourtant il ne suit pas ce que dit la Bible sur ce cas. Cela veut dire que la notion même de ce qu’est « être juste » aux yeux de Dieu n’est pas l’obéissance aux commandements, mais une façon d’être qui va être développée dans la suite de ce récit. Cet Évangile commence fort.

Quelle est l’attitude de Joseph alors ? Joseph prend du recul et réfléchit. Il adopte une attitude faite de dignité et d’humilité : dignité de celui qui se sent appelé à décider par lui-même, et humilité de celui qui prend le temps de tourner la question dans sa tête et dans son cœur afin de ne pas décider à la légère. Et c’est ainsi qu’au lieu de s’en remettre à l’intransigeance de sa culture et de sa religion, au lieu de se laisser guider par une colère bien compréhensible, Joseph se met à penser d’abord à l’avenir de Marie. Il considère Marie, la personne, et non seulement les faits. Il respecte profondément la personne même si les faits sont blessants pour lui. Une manière chrétienne d’agir est d’abord de se poser les bonnes questions avant de choisir personnellement, c’est de considérer la personne humaine de l’autre, même si elle est coupable.

Ce questionnement et cette ouverture aux autres se prolonge ensuite par une ouverture à Dieu, figurée par la visite d’un ange. Le fait de chercher une solution nouvelle par lui-même le dispose à cette ouverture à Dieu, qui va réveiller Joseph de son sommeil, littéralement le ressusciter, le rendre plus conscient.

Ainsi, nous découvrons ce qu’est un homme juste. C’est celui qui cherche à s’ajuster à la situation, s’ajuster à l’autre, s’ajuster au meilleur qu’est Dieu. Joseph fait cet effort d’ajustement, de bouillonnement intérieur d’arguments et de sentiments contradictoires.

Joseph est un homme juste, nous le dit le texte, c’est beaucoup plus que d’avoir un comportement juste. Ce qui est capital, c’est notre être intérieur, plus que nos actes, qui ne sont que les fruits de ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes. C’est sur l’être intérieur que Dieu veut travailler, et que nous pouvons travailler avec lui. Cela demande d’avoir reçu l’assurance que nous sommes dignes de décider du juste chemin dans la vie… tout en gardant l’humilité de chercher un plus juste possible, et donc de suspendre notre jugement le temps de former notre projet.

Joseph sait qu’il doit décider par lui-même et il prend la peine de suspendre son jugement le temps de former cette décision sur autre chose que son seul désir. Il prend en compte la complexité de la situation, la vie des autres, et Dieu. Et c’est ainsi que Joseph évite aussi l’orgueil de se prendre pour Dieu.

Un ange apparaît pour l’aider. Mais il ne lui doit pas d’abord ce qu’il doit faire, il intervient pour chasser sa peur. Il ne s’agit donc pas d’un viol de sa propre réflexion. Mais un accompagnement dans ce qu’il avait déjà projeté pour avoir un courage supplémentaire, et aller plus loin.

L’ange, c’est Dieu qui nous accompagne et qui nous bénit, c’est Dieu qui vient visiter notre intelligence, notre volonté, notre recherche de solutions possibles. L’ange c’est Dieu qui nous donne le courage d’être prophète dans notre temps dans notre monde pour faire avancer la justice au-delà de ce qui a été connu avant. L’ange c’est ce courage qui nous permet de prendre une décision et donc de renoncer aux autres solutions envisagées et assumer la décision prise même si elle est difficile et imparfaite.

Cette liberté intérieure est géniale, mais évidemment dangereuse. Car qui nous dit que cette voix qui s’exprime en nous est celle de Dieu ou celle du tentateur qui nous fait prendre nos peurs pour de la sagesse, nos préjugés pour de la justice, et nos désirs pour le souffle de Dieu ?

C’est pourquoi il est salutaire que l’ange s’exprime au sein même du bouillonnement de questions et de réflexions de Joseph. Toutes nos intuitions spirituelles ne sont pas prophétiques. Elles doivent être, elles aussi questionnées, recoupées. C’est pourquoi il est utile d’avoir une conscience éclairée d’autres champs de recherche, par l’observation de la situation, par l’écoute de points de vue multiples, par l’écoute de Dieu dans la prière, par le questionnement salutaire de la Bible.

C’est ainsi que Joseph prend une décision incroyable. Il adopte l’enfant qui n’est pas le sien. Il n’y a pas de plus grand amour de Marie et amour de cet enfant. D’où lui vient cette force surnaturelle ? Où trouverons-nous la force du geste qui fait vivre ? Et la force du pas suivant ? De cette capacité intérieure à s’ajuster aux situations, aux autres, à Dieu. Que Joseph soit ce grand frère qui nous aide à prendre nos décisions dans nos vies et dans notre monde parfois compliqué !

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