Vendredi, nos regards étaient fixés sur les croix représentant le Christ en agonie. Elles nous rappellent son humiliation, sa souffrance et sa mort par le supplice de la crucifixion qui était, à cette époque, banal et n’a été interdit que vers 320 après J.C. par l’empereur Constantin. Les condamnés portaient la lourde barre transversale de la croix (le patibulum) en travers des épaules. Il pesait environ 20 à 30 kgs ; c’était une charge énorme pour un condamné qui venait de subir une flagellation. Le peintre Arcabas, artiste du sacré, soulignait que, représenter le Christ sur la croix, c’est faire une représentation marquée qui s’impose aux regards. Elle nous place alors devant nos responsabilités et nous contraint à regarder notre « inhumanité » qui se traduit par : convoitises, destructions, guerres, indifférence, mépris et racisme… Cette introspection nous appelle à changer nos comportements pour véritablement devenir frères en « humanité ». *

 

                                                        

 

En ce matin de Pâques, il nous faut maintenant  porter nos regards sur les croix nues, dépouillées : celles des calvaires présents dans de nombreux endroits. Pour Arcabas, les petites croix nues et trapues qu’il réalisait souvent à la feuille d’or et dont il marquait ses tableaux, étaient « signe de vie ». Le vide les rend plus belles et plus réalistes et met en  exergue la gloire du Christ.  Une croix nue est radicale ! Elle nous montre à la fois la verticalité et l’horizontalité de notre humanité. L’horizontalité, c’est ce qui nous relie à nos frères. C’est parmi eux que nous vivons avec nos doutes, nos habitudes, nos manques, nos égoïsmes humains … Quant à la verticalité, c’est ce désir qui part du « cœur ». Il nous pousse à être en harmonie avec notre environnement, à rechercher la justice et la paix ;c’est l’Hommedebout qui aspire à la transcendance(du latin transcendere = franchir, surpasser). Nous relier au divin, c’est chercher à dépasser nos peurs et tenter d’y puiser la force nécessaire pour abolir tout ce qui l’empêche de vivre la fraternité en actes. Les bras d’une croix évoquent les quatre points cardinaux. Ce sont les quatre bras dufleuve évoqués dans la Genèse : « Un fleuve sortait d’Eden pour irriguer le jardin, puis il se divisait en quatre bras … » (Gn 2, 10). Ils représentent l’universalité du message divin*

 

                                                                      

 

La croix est, depuis la haute antiquité, signe de vie. Chez les Egyptiens, la Croix ansée (Ânkh) est le hiéroglyphe égyptienreprésentant le mot ˁnḫ, qui signifie « vie ». Le terme « Nem Ânkh » se traduit par « Le Vivant ». Ce symbole(que l’on retrouve dans les demeures d’éternité et les tombes) est porté par les Déesses et les Dieux par la boucle en forme de clé qui représente le passage ouvrant les portes de la vie éternelle et évoque l’union d’Isis à Osiris qui, selon la légende, aurait permis de sauver l’humanité. Une autre croix, celle dite de Tau vient  de l’alphabet protosinaïtique. Sa graphie reprend les variations des dialectes. Dans l’ancien testament tau, dernière lettre de l’alphabet hébreu, est utilisé pour marquer, de manière symbolique, le salut accordé par Dieu. C’est ce que nous découvrons en Ezéchiel : […le Seigneur, dit à son ange : « Passe à travers la ville, à travers Jérusalem, et marque d’une croix au front ceux qui gémissent et qui se lamentent sur toutes les abominations qu’on y commet … » – «… Mais tous ceux qui sont marqués au front, ne les touchez pas… »] (Ez 9, 4 et 6).Proche du signe de croix, le Tau futadopté par les Chrétiens. Au moyen âge, il était porté par les frères de St Antoine qui prenaient soin des lépreux. St François d’Assise l’utilisera comme signe de conversion et de renouveau. Beaucoup de laïcs ou religieux franciscains portent cette croix pour rappeler leur engagement, au service des plus pauvres, à la suite du Christ. **

 

                                        

 

Ces exemples nous montrent que la croix est un signe de renouveauqui nous indiquele passage d’une vie à une autre. C’est une invitation au changement, une orientation vers Dieu et nos frères. St Paul l’affirme : « …Tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a uni auChrist, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il ni a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. Et si vous appartenez au Christ…vousêtes les héritiers selon la promesse »(Gal 3, 26-29).Pour les Chrétiens, le signe de croix est « imprimé » sur le corps le jour du baptême. En le traçant sur nous, au cours de toutes nos liturgies, nous exprimons notre adhésion à l’action de Dieu qui nous veut vivants. La croix, ouvrant la voie à une nouvelle humanité, est un véritable signe d’espérance ! Toutefois, nous devons comprendre qu’être sauvés c’est, dès aujourd’hui, vivre en paroles et en actions, une vie d’amour avec nos frères.

 

 

Contempler une icône de Sa résurrection, c’est comprendre qu’il nous saisi la main pour nous attirer à Lui et nous relever !  Ce geste nous invite à entrevoir « le Royaume à venir ». Le concile Vatican II le souligne : L’Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d’humilité et d’abnégation, reçoit missiond’annoncer le Royaume du Christ et de Dieu et de l’instaurer dans toutes les nations,formant, de ce Royaume, le germe et le commencement sur la terre. Cependant, tandis qu’elle s’accroît peu à peu, elle-même aspire à l’achèvement de ce Royaume espérant de toutes ses forces et appelant de ses vœux l’heure où elle sera, dans la gloire, réunie à son Roi. (Lumen Gentium, 5). Les hommes en dressant la croix érigèrent sans le savoir l’Esprit en direction de l’invisible. Elle est devenue pour l’humanité un signe d’Espérance et nous relie à Dieu.

 

Georgette

Sources :    *  Croire – La croix  –    **  Symbolisme de la Croix

X