Partager avec Jésus le poids de la croix

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Simon de Cyrène et Jésus portant la croix.
Vitrail par Sieger Koder,  chapelle du cimetière des Jésuites de Pullach –  Allemagne (©Zvonimir Atletic / 123RF).

Les évangélistes Matthieu, Marc et Luc consacrent un court passage de leur évangile à Simon de Cyrène :

« …ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’ Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.» (Mc 15, 21)

Alors, en ce Vendredi Saint, méditons :

  • sur ce partage du fardeau de la croix
  • mais aussi sur le sens de notre propre rencontre avec le Christ.

Qui était-il ?

Il venait de Cyrène comme son nom nous l’ indique. Cette ville maintenant Libyenne était, à cette époque, la plus ancienne et la plus importante des cinq colonies grecques de la région.

Elle abritait une importante diaspora juive. Autrement dit :

  • Simon est un étranger venu pour la Pâque à Jérusalem. 

Et c’ est lui que les soldats romains saisissent (ils pouvaient réquisitionner quelqu’ un pour effectuer une tâche) sur le chemin menant Jésus au Golgotha.

Simon devait être probablement un homme solide. En effet, le texte nous apprend  qu’ il revenait des champs. Peut-être est-ce la motivation de ce choix.

Le port du patibulum

Contrairement aux nombreux tableaux peints, Jésus porta probablement sur ses épaules :

  • uniquement le patibulum (poutre transversale de la croix) jusqu’ au lieu du supplice.

En effet, selon la coutume, la poutre verticale était déjà plantée sur le lieu d’ exécution.

Néanmoins, d’ après les recherches contemporaines, cette poutre transversale pesait entre 50 et 80 kg.  Or, ce fardeau était écrasant pour un homme affaibli. C’ est d’ ailleurs ce que nous montre le film La vie de Jésus d’ après l’ évangile de saint Jean.

Pourquoi la réquisition de Simon de Cyrène ?

L’ agonie sur la croix durait souvent plusieurs jours. Mais, dans son Évangile, Marc rapporte l’ étonnement de Pilate à l’ annonce de sa mort :

« Pilate s’ étonna qu’ il soit déjà mort …» (Mc 15, 43)

Cette mort rapide nous apprend donc :

  • que Jésus devait déjà être profondément marqué dans sa chair par la flagellation, la couronne d’épines, les coups sur la tête avec un roseau … provoquant des saignements qui l’ affaiblirent.

Par conséquent, les soldats devaient craindre sa mort sur le chemin.

Alors, pour qu’ il arrive vivant au Golgotha, obligèrent-ils Simon à partager, avec Jésus, le poids du patibulum.

Et cette proximité avec la souffrance du Christ, fit entrer Simon dans le mystère de la passion.

Pour conclure 

L’ aide même involontaire de Simon de Cyrène nous oblige :

  • d’ une part, à comprendre que toute vie est faite de ce poids de douleurs qui parfois devient particulièrement difficile à supporter.

Pour désigner ces épreuves et pour faire face à ces épreuves, nous faisons alors souvent référence à cette phrase du Christ :

« Si quelqu’ un veut marcher derrière moi, qu’  il renonce à lui-même, qu’ il prenne sa croix et qu’ il me suive. » (Mt 16, 24)

Or, il ne faut pas y voir un appel au dolorisme.

Au contraire, c’ est davantage un encouragement à rester malgré ces difficultés :

  • fidèle à la parole de Dieu,
  • à accepter les épreuves et les difficultés car elles nous grandissent.

Enfin, il faut surtout y voir :

  • Un appel à l’ amour, à la miséricorde.
  • Une demande d’accueil et de soutien, sur les chemins parfois malaisés de la vie, de celui qui doute, qui souffre, qui n’ espère plus.

Alors, en ce Vendredi Saint, découvrons ce texte de Jean-Pierre Lemaire.

Le poids de la vie, je n’ en avais pas grande idée avant qu’ on me réquisitionne.

Au retour des champs, quand on m’ a collé la croix sur le dos, j’ en ai senti la griffe énorme, inévitable : le ciel a basculé avec les maisons du faubourg, le mont chauve, la haie des visages fripés par la haine ou la compassion.

Il a fallu marcher.

Lui devant, moi derrière, nous formions ensemble un étrange attelage et la croix traçait par terre un sillon aussitôt piétiné.

Je soulevais un tiers ou un quart de la charge ; il portait le reste – un regard de sa mère m’ a récompensé.

Arrivé en haut, j’ ai pu repartir. On lui réservait la dernière étape à faire immobile, cloué sur le bois.

Je me suis redressé pour le voir en face, lui confier le fardeau dont j’ étais soulagé.

Il l’ a reçu, tenu à bout de bras jusqu’ au dernier soupir.

Le chemin m’ a roulé en bas de la colline, muet, attendant la réponse d’ en haut.

Du poids que j’ ai connu et qui ralentit mon pas aujourd’ hui, la part que je garde est humaine, légère.

Je marche à présent le dos droit, les yeux libres, cherchant son visage entre ciel et terre.

Je le suis toujours.

Jean-Pierre Lemaire : « Simon de Cyrène », Le pays derrière les larmes, Paris : Gallimard.

Georgette

Sources : Aleteia (Et si j’avais été Simon de Cyrène, aurais-je porté la croix) – Prixm (Simon de Cyrène, l’étranger qui aide le Christ à porter sa croix)

Illustrations : Image mise en avant : Wikimédia Commons – Statue de Simon de Cyrène, église Saint Isidore à Séville – Licence Créative Commons Attribution – Partage dans les mêmes conditions 3.0 (non transposée) – Libre de partager – Auteur : Posible 2006

Wikimédia Commons – La flagellation de Rubens (1577–1640) – église Saint Paul d’ Anvers – GNU Free Documentation Licence – version 1.2, 1.2, autorisation GFDL – Libre de partager.

Le couronnement d’ épines de Titian (1490–1576) – Musée du Louvre (Salle 6) – Reproduction photographique d’ une œuvre d’art du Domaine Public. 

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