Pour quelle raison la ligne reliant les sept sanctuaires dédiés à St Michel finit-elle au Mont Carmel ?

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Le sanctuaire Stella Maris – Wikimédia Commons – Attribution zeev stein Pikiwiki Israël – Créative Commons 2.5 – Libre de partager

Nous avons vu précédemment que la ligne imaginaire, reliant les sept sanctuaires dédiés à l’archange saint Michel, finit au sanctuaire Stella Maris du Mont Carmel.

Alors, quelle peut en être la raison puisqu’ il n’est pas vraiment un lieu qui lui est dédié ?

C’est ce que nous allons essayer de découvrir.

Le mont Carmel

 

 

Vues du Mont Carmel : Freepik (Licence Premium – libre de partager) et Grotte Wikimédia Commons (Licence GNU Free Documentation Licence – Auteur Jacob) – Créative Commons – ( Licence Créative Commons Attribution 3 – ( Auteur Gideon Pisanty )

Le mont Carmel est l’ une des montagnes et collines sacrées de la Terre sainte. Cette chaîne montagneuse calcaire s’ étend sur une bonne vingtaine de kilomètres, au nord d’Israël.

Son nom vient de kerem et signifie : jardin/verger divin, vignoble de Dieu.

Sur le mont Carmel les grottes sont nombreuses et ses pentes sont couvertes d’ une végétation luxuriante : chêne, pin, olivier et lauriers.

C’ est ici que naquit ici l’ Ordre du Carmel et ce lieu est marqué par la présence du prophète Élie dont le livre des Rois relate l’ histoire  (1 R 17, 19-21 et 2 R. 2, 2).

Au début du XIIIe siècle, les ermites, qui vivaient dans cette montagne, reçurent leur Règle du patriarche de Jérusalem, Albert.

Celle-ci traduit bien l’ idéal monastique transmit par le tradition patristique à travers la figure d’ Élie.

C’est ainsi que trouvant en lui leur guide et leur Père, les Carmes prirent comme devise ses deux cris qui résument l’ idéal carmélitain :

« Il est vivant le Seigneur devant qui je me tiens !» (1R 17,1 et 18,15)

« Je brûle de zèle pour le Seigneur, Dieu de l’univers !» ( 1R 19, 10-14).

C’ est pourquoi, à la manière du prophète Elie, la vocation du Carmel est de se tenir en permanence en présence de Dieu.

En conséquence, le carme veille dans une prière continuelle et silencieuse et celle-ci est :

  • Un dialogue d’ amour, une contemplation du Dieu vivant
  • Ainsi qu’ une intercession pour le monde.

D’ ailleurs, les deux caractéristiques d’ un carme s’ enracinent dans la figure d’ Élie :

  • par le goût de la solitude, du silence où Dieu parle au cœur.
  • ainsi que le sens de la paternité spirituelle.

Le Sanctuaire Stella Maris et celui de El Muhraqua

 

Sanctuaire Stella Maris Mémorial –   Wikimédia Commons – Licence Créative Commons – Domaine Public – Autel d’ Élie ( Crypte) Licence 2 (Libre de partager)

C’ est sur les pentes occidentales du mont Carmel que les moines construisirent le sanctuaire de Stella Maris, entre 1827 et 1836.

Il domine la ville de Haïfa et est situé entre le mont et la mer.

Surplombant la méditerranée, son nom signifie « étoile de la mer ». Cependant, il ne provient pas de la vue magnifique mais d’ un ancien nom donné à Marie.

L’ autel de l’église est construit au-dessus d’ une grotte, la « grotte d’ Élie » car les carmes estiment que le prophète y séjournait pour méditer.

En outre, les carmes construisirent un autre sanctuaire qui se situe à une vingtaine de kilomètres.

  • Il s’ agit de celui érigé sur le sommet le plus saillant du mont Carmel. Il porte le nom d’ El Muhraqua.

 

Statue du prophète Élie : Wikimédia Commons – GNU Free Documentation – Licence  (Libre de partager)

Or ce mot signifie « Le Sacrifice » car c’ est ici que la Tradition situe le sacrifice d’ Élie ( Livre des Rois, chapitre 18).

C’est pourquoi l’ autel de la chapelle est fait de douze pierres en référence à celles qu’utilisa Élie pour construire son autel.

Enfin, on trouve sur le site une statue en pierre blanche du prophète.

En conséquence, nous pouvons dire que le Mont Carmel est surtout un lieu de culte envers Élie.

Alors nous pouvons nous poser cette question :

  • pourquoi la ligne reliant les sanctuaires finit-elle au Mont Carmel ?

La plaine de Megiddo

Vue aérienne de Megiddo : Wikimédia Commons – Licence Créative Commons  Attribution 3 – Libre de partager (Auteur Avram Graicer)

Le panorama, depuis le sanctuaire El Muhraqua, est magnifique.

On y aperçoit le site archéologique de Megiddo qui fut une place forte biblique majeure.

Or c’ est ici que Jean, dans le livre de l’Apocalypse, situe le lieu où se réuniront tous les peuples pour le combat final entre le bien et le mal :

  •  il  donne le nom de Armageddon à cette ultime bataille.

C’ est donc à cet endroit qu’ il évoque la victoire de saint Michel contre le dragon symbole du mal :

Destruction du Léviathan – Gravure de Gustave Doré (1865) – Reproduction d’une oeuvre d’art – Domaine Public

« Il y eut alors un combat dans le ciel : Michel, avec ses anges, dut combattre le Dragon.

Le Dragon, lui aussi, combattait avec ses anges, mais il ne fut pas le plus fort ; pour eux désormais, nulle place dans le ciel.

Oui, il fut rejeté, le grand Dragon, le Serpent des origines, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier …» (chapitre 12 du livre de l’Apocalypse).

Dès lors, nous commençons à comprendre la raison pour laquelle la ligne imaginaire finit ici.

D’ autant plus que, comme le dit le père Jean Emmanuel de Ena, carme français envoyé en Terre Sainte :

« Cela fait sens de terminer en Terre sainte. Après tout, c’ est là que le christianisme naquit, que Dieu s’ incarna.

C’ est une manière de lier l’  Orient et l’ Occident ».

Michael l’ange de la lumière

  • Une autre explication vient du nom de saint Michel. En effet, son nom en hébreu  s’ écrit Mîkhâ’êl :
  • c’ est-à-dire  Mi, Cha  « qui est semblable », et El « Clarté, Lumière, Lumineux  ».

Aussi se traduit-il par  : « Qui est comme Dieu ? ». C’est pourquoi il est associé à cette lumière dont saint Grégoire de Nyzance dit :

Dieu est la lumière suprême, inaccessible et inexprimable ;

Elle n’ est ni comprise par l’esprit, ni exprimée par la parole ; et elle illumine toute nature douée de raison… (discours 40 sur le baptême).

Or, les sanctuaires de cette ligne imaginaire suivraient /

  • Un alignement parfait? calculé sur la ligne formée par le coucher du soleil le jour du solstice d’été.

Le symbole de la lumière

Le solstice d’ été correspond au moment de l’année où le Soleil :

  • monte au plus haut dans le ciel
  • et éclaire pendant une durée maximale l’ un des deux hémisphères.

Or, de tous temps, les hommes en reconnurent l’ importance et l’  honorèrent car il est indispensable à la vie.

C’ est ainsi que, bien avant la naissance du Christ, les hommes célébraient le jour le plus long de l’année par de grands feux.

La lumière annoncée par saint Jean Baptiste

A quelques jours du solstice d’été, l’ Église fête la nativité de saint Jean le Baptiste.

Or, son histoire est intiment liée à celle de son cousin Jésus de Nazareth.

En effet il passa sa vie à annoncer l’ arrivée de la « vraie lumière », la venue de celui derrière lequel il s’effacerait.

  • Il annonce la venue des temps neufs et représente le passage de l’Ancien Testament au nouveau Testament.

C’est pourquoi il est considéré comme le dernier prophète de l’ Ancien Testament car

En baptisant les pèlerins avec l’ eau du Jourdain, il ferme l’ ancienne loi et annonce l’ arrivée du Royaume de Dieu .

Pour conclure 

Ces explications donnent sens à la terminaison de la ligne sur le mont Carmel.

Car, si terrible que soit le récit le récit de l’ Apocalypse et funeste le destin de Megiddo ou Armageddon, il ne faut cependant pas oublier que ressurgira de ce chaos :

D’ une part la victoire du Bien (symbolisé par les remparts de la ville)

Mais aussi la foi qui, comme après chaque désastre, sera reconsolidé.

Alors méditons ce passage de la lettre de Saint Paul aux Ephésiens :

« Revêtez l’ équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable…

Pour cela, prenez l’ équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon.

Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ ardeur à annoncer l’ Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi …

Prenez le casque du salut et le glaive de l’ Esprit, c’ est-à-dire la parole de Dieu.

En toute circonstance, que l’ Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés» (Ep 6, 11 et 13-18).

Georgette

Sources : Croire la Croix du 25/08/2023 (Cécile Lemoine)

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