C’est à l’aide d’un tableau de Dominikos Theotokópoulos dit le Greco (né le 1-10-1541 à Candie (aujourd’hui Héraklion) en Crète – + le 07-04-1614 à Tolède) que nous allons découvrir le sens de la fête de l’Assomption. Cette œuvre monumentale, restaurée en 2019, est le panneau central du retable réalisé par le Greco à la demande, en 1577, de Don Diego de Castilla, doyen de la cathédrale, pour le monastère de Santo Domingo El Antiguo de Tolède, fondé au 11e siècle pour le roi Alphonse VI.

 

L’Assomption de Marie, appelée Dormition dans la tradition orientale, est la croyance religieuse selon laquelle Marie, en tant que mère du Christ, ne devait pas connaître la corruption du corps. Elle est donc entrée, corps et âme, directement dans la gloire de Dieu (ce qui est traduit par « montée au ciel »). Bien que ne figurant pas dans les « Saintes Ecritures » retenues par l’Eglise, cette « profession de foi » se fonde dans la Tradition (du latin « traditio » qui désigne à la fois ce qui est transmis et l’acte de le transmettre oralement ou par écrit). Fêtée liturgiquement dès le 8e siècle, elle fut définie comme dogme religieux (vérité de foi chrétienne) par la constitution apostolique « Munificentissimus Deus » du pape Pie XII en 1950.

Terminée en 1579, cette immense huile sur toile, fait aujourd’hui partie de la collection de l’Art Institute of Chicago. Fidèle aux textes apocryphes (textes non reconnus par l’Église), Greco a peint la montée au Ciel de la Vierge Marie. L’événement de sa mort (qui ne ressemble à aucune autre car exempte de douleurs), est représenté avec des couleurs lumineuses (du bleu – du jaune – du rose – du vert). Selon la Tradition des Pères de l’Eglise, les Apôtres, dispersés à travers le monde pour annoncer l’Évangile, sont miraculeusement réunis autour du tombeau de Marie. Ils ont la surprise de le trouver vide et assistent, au son des Cantiques, à l’élévation dans le Ciel, soutenus par des anges, de Son corps et de Son âme. Le tableau se divise en deux parties.

La partie inférieure représente le tombeau vide ; sa perspective montante symbolise le miracle qui vient d’avoir lieu. Les Apôtres, sont répartis en groupe de six. Visages et attitudes reflètent interrogation et perplexité devant ce qui vient de se produire. Certains semblent prier. D’autres suivent du regard Marie. Le doigt de l’un d’eux, pointé vers Elle, attire notre regard et paraît nous indiquer quelle voie suivre pour « atteindre » le ciel.

Sur la partie supérieure, Marie est vue en contreplongée. Les bras grands ouverts, les yeux levés vers le ciel, elle est accompagnée dans les nuées par six anges aux postures diverses et par des quelques chérubins (ce terme serait d’origine assyrienne. Dans cette langue « kéroub » ou « karibu » signifierait « celui qui prie » ou « celui qui communique »). Les pieds de la Vierge reposent sur un croissant de lune. Il délimite le monde de la terre, corrompu par le péché, et l’espace pur du monde divin. Les nuages, eux aussi, séparent le monde d’en haut et celui d’en bas. A sa droite, l’ange vêtu de rose, un bras délicatement passé sous celui de Marie, semble l’aider dans son ascension vers le ciel. A sa gauche, le visage de l’enfant habillé de jaune (le seul qui regarde en direction du visiteur) crée un lien entre le monde terrestre et le monde céleste. Son regard, qui fixe le spectateur, est comme une invitation à y pénétrer.

Pie XII, bien que persuadé de la mort de Marie, n’a pas voulu trancher sur la question discutée par les théologiens : « La mère de Jésus était-elle décédée au moment de son Assomption ou a-t-elle été élevée avant sa mort ? ». Qu’importe ! Ce tableau, grâce à ses couleurs vives, son dynamisme, sa luminosité et par les mouvements des bras des personnages, donne une grande force à l’événement qui s’est produit et nous touche tous de près parce que nous sommes destinés à mourir. Mais, comme le montre le Greco dans son œuvre, la mort ne peut avoir le dernier mot. C’est ce que celui dont le nom a un sens profond [Dominikos vient du latin « dominicus = consacré au Seigneur » et Theotokópoulos ( Θεοτοκόπουλος signifie « Fils de la Mère de Dieu »] veut nous faire comprendre : elle n’est qu’un passage vers une autre vie, une rencontre où l’Amour transfigure tout. Marie, élevée dans la gloire, nous attire à elle pour nous donner, dès à présent, un avant-goût de cette joie éternelle promise par Dieu. Le Greco laisse entrevoir son mysticisme et son adhésion à la Contre-Réforme où le Vierge joue un rôle essentiel dans la rédemption des humains.

L’Assomption annonce le jugement dernier. C’est ce que nous rappelle l’Eglise en faisant mémoire, 8 jours après (le 22 Août), de Marie, la femme couronnée d’étoiles dont parle l’Apocalypse. La première oraison qui est proclamée lors de la messe le dit clairement : « Dieu qui as voulu que la Mère de ton Fils soit notre Mère et notre Reine, fais que, soutenus par son intercession, nous obtenions dans le ciel la gloire promise à tes enfants ». Ce jour-là, le peuple chrétien salue et prie Marie. Reine du ciel et Mère de miséricorde, celle qui toute sa vie fut la servante du Seigneur, nous a ouvert le chemin qui conduit à Lui.

Georgette

Sources : La Croix : Greco maitre des métamorphoses (Sabine Gignoux le 16-10-2019) – Cinéclub de Caen : Greco l’assomption de la Vierge – Wikizero : Assomption de Marie – L’Hellénisme de Dominique Theotokopoulos de Sébastien Cirac.
Illustration : L’Assomption de la Vierge du Greco – Wikimédia Commons – Domaine Public – Les détails proviennent de l’original de l’illustration.

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