La mosaïque de l’abside du Sacré-Cœur de Montmartre, inaugurée en 1923, est l’une des plus grandes du monde. Dessinée par Luc-Olivier Merson (1846 – + 1920) (chef d’atelier de l’école des Beaux-Arts de Paris (1905 à 1911) qui pratiquait principalement la peinture religieuse et historique). Elle a été réalisée par l’atelier de mosaïstes Guilbert-Martin entre 1818-1922. A sa base est écrite une phrase en latin signifiant « Au cœur très Saint de Jésus, la France fervente, pénitente et reconnaissante ». Le mot pénitence nous renvoie à la reconnaissance du péché humain, source de malheurs et de souffrances pour l’humanité et indique un désir de retourner à Dieu.

 

 

Cet immense Christ ressuscité, habillé de blanc, les bras grands ouverts, laissant voir un cœur d’or, nous livre le sens de cette fête qui, dès le 17eme siècle, fut célébrée dans plusieurs diocèses et monastères. En Octobre 1672, Saint Jean-Eudes honora le Cœur de Jésus par une messe. En juin 1675, Ste Marguerite-Marie Alacoque, religieuse de la Visitation de Paray-le-Monial eut une apparition où le Christ lui fit cette demande « Je te demande que le premier vendredi après l’octave du saint sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon cœur… ». Après un temps de discernement, appuyé par le père jésuite Claude la Colombière, l’ordre de la Visitation, adressa à Rome, en 1687, une demande pour que soit officiellement reconnue cette fête. Elle fut rejetée. Dans les années 1760, des évêques, des supérieurs d’ordres religieux et des hommes d’états en renouvelèrent la demande. Le 6 Février 1765, le pape Clément XIII l’institua solennellement. Le 23 août 1856, le pape Pie IX l’étendit à toute l’Eglise catholique et elle fut inscrite au calendrier liturgique universel. Le pape Pie XI participa à la composition d’une messe et d’un office liturgique comportant une mention du lien entre le message de Paray-le-Monial et la fête du Sacré-Cœur.

Le calendrier liturgique place cette célébration au rang des solennités. Elle nous incite à découvrir le « Cœur » du Christ dans lequel brûle l’amour infini de Dieu pour l’humanité. Par son incarnation, Jésus manifeste l’amour du Père à travers sa vie d’homme : « … le Fils de Dieu s’est, en quelque sorte, uni à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché » (Concile Vatican II, Gaudium et Spes n° 22). L’expression « cœur » exprime dans l’Ancien et le Nouveau Testament la vie profonde de l’homme, avec son intelligence, sa volonté et sa sensibilité lorsqu’il se tourne vers Dieu : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple … Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés » (Jr 31, 32-33). La spiritualité au Cœur du Christ, plonge ses racines dans l’Evangile qui nous parle de son côté ouvert sur la Croix par la lance d’un soldat : « Un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau » (Jn 19, 34). Jésus lui-même l’avait annoncé : « … Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. » (Jn 7, 37-38). Les Pères de l’Eglise, tant en Orient qu’en Occident, ont vu, de cette blessure du côté du Christ, jaillir l’Eglise (l’eau étant le symbole de l’Esprit Saint et du Baptême, le sang, celui de l’Eucharistie).
Dédié au cœur de Jésus, le Sacré-Cœur de Montmartre est devenu, dès 1885, le lieu d’une prière ininterrompue de jour et de nuit. Parmi les fervents adorateurs on compte : Max Jacob, le poète d’origine israélite, St Jean-Paul II qui, lors de son séjour en France en 1990, y passa une soirée d’adoration et de méditation publiques et qui, en 1995, institua cette solennité comme Journée Mondiale de prière pour la sanctification des prêtres : « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur : ils vous conduiront avec savoir et intelligence » (Jr 3, 15). En août 2011, pendant les J.M.J. de Madrid, Benoit XVI, à son tour, exprima le désir de consacrer les jeunes du monde entier au Sacré-Cœur de Jésus : « Jésus, doux et humble de Cœur, rends notre cœur semblable au Tien ! » (Litanies du Sacré Cœur).

Charles de Foucauld, très attaché à la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre y priait souvent. En Juin 1889, il se consacrera au Sacré-Cœur de Jésus. Il ornera sa tunique blanche d’un cœur surmonté d’une croix, symbole de l’amour avec lequel Jésus a aimé l’humanité. Pour lui, cette vénération nous apprend combien l’Evangile est destiné à tous et nous révèle que la religion chrétienne est celle de l’amour. Il avait écrit : « Je tâche de montrer …que notre religion est toute charité, toute fraternité, que son emblème est un Cœur… » (Lettre du Bienheureux Charles de Foucauld à l’Abbé Huvelin – 15-07-1904) – « Le Sacré-Cœur… étendant ses bras pour embrasser, serrer, appeler tous les hommes et se donner pour tous, en leur offrant son cœur… » (Description de la peinture du Sacré-Cœur de son ermitage de Béni-Abbès). Après sa mort, lorsque la Congrégation des Petits Frères de Jésus sera fondée en 1933, c’est à la Basilique de Montmartre que les cinq premiers Petits frères recevront l’habit.

La spiritualité du Sacré-Cœur nous demande de « demeurer » dans le Cœur du Christ « foyer de tendresse » et, en communiant à son corps et à son sang, de faire du nôtre sa demeure pour développer en actions notre foi !

 

Sources pour le commentaire : Homélie de Mgr Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles le 13 Juin 2011 (à Montmartre) – site de la Basilique.
Illustration : Mosaïque du Sacré-Cœur de Montmartre – Wikimédia Commons – Guilhem Vellut – Licence Créative Commons.

X