La bible nous parle d’Abraham, de Moïse, de Josué, de Pierre, de Paul … Tous, répondant à l’appel de Dieu se sont mis en route. Ils ont quitté le lieu où ils vivaient pour partir vers d’autres horizons. Parmi ces « pèlerins », il y a aussi Marie, celle que nos frères d’Orient appellent la « Théotokos », la Mère de Dieu. Elle a parcouru les routes de Palestine et d’autres intérieures.

Son premier voyage est celui de l’Annonciation à Nazareth. Il n’y a pas de réel déplacement mais un cheminement spirituel. Marie, comme son peuple, attendait le sauveur promis par les prophètes. Et voilà que l’ange Gabriel lui annonce qu’elle va devenir mère : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1, 25). Pour discerner le sens de ce message, elle parcourt ce « chemin intérieur » qui la conduit au plus profond d’elle-même. Malgré l’incompréhension, les incertitudes, elle pressent qu’elle doit répondre oui. Et c’est avec humilité qu’Elle le fera.

Elle en accomplit un second, celui de la Visitation. Dès qu’elle apprend la grossesse de sa cousine Elisabeth, elle quitte la Galilée pour se rendre en Judée : « En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée » (Lc 1, 39). Le voyage de Nazareth à Ein Karem, (village considéré comme le lieu de naissance de Jean-Baptiste, situé aux environs de Jérusalem), est fatiguant et long. Il lui faut parcourir presque 160 km dans des conditions difficiles. Cependant, elle n’hésite pas. Cette visite a trois buts : annoncer la Bonne Nouvelle, rendre grâce à Dieu et se mettre au service d’Elisabeth. Modèle d’écoute et de charité, Elle restera près de trois mois chez elle.

Alors qu’Elle est presque au terme de sa grossesse, l’empereur Auguste ordonne un grand recensement. Marie et Joseph doivent quitter Nazareth pour se rendre à Bethléem en Judée. Dans un climat troublé et incertain, ils entreprennent un nouveau voyage. A leur arrivée, ils ne trouveront pas de place à l’hôtellerie, juste un simple abri où Marie pourra mettre au monde son enfant. Puis, pour accomplir la prescription de la loi juive « Tu remettras au Seigneur tout premier-né de sexe masculin » (Ex 13, 12), ils se rendront à Jérusalem pour consacrer leur fils à Dieu. Face à la fureur d’Hérode, la Sainte Famille prendra la route de l’exil pour un long périple en Egypte. Marie, à l’aide des écritures, affronte avec courage la douleur provoquée par la prophétie de Siméon, l’incertitude des pérégrinations, la souffrance du déracinement et celle de ne pas pouvoir pratiquer les rites religieux prescrits. Mais, avec courage, elle fait face !

Après leur retour définitif à Nazareth, Marie et Joseph reprendront souvent la route de Jérusalem pour accomplir les pèlerinages rituels (dont celui de la Pâque) : « Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque » (Lc 2 41). Parmi eux, il y aura celui où Jésus est resté au temple : « Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents » (Lc 2, 42-43). Nous connaissons la suite, aucun reproche dans la bouche de Marie, juste une simple question « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? … (Lc 2, 48). Ce qui est douloureux pour elle, c’est de ne pas comprendre la réaction et le sens de la réponse de son fils au moment des retrouvailles : « ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait » (Lc 2, 49). Marie cependant accomplit toujours ce voyage intérieur qui lui permet de méditer ces événements et de les garder dans son cœur.

Des années plus tard, Elle parcourra les chemins de Palestine. Il y aura celui de Cana où, attentive à l’autre, elle remarquera l’ennui des hôtes et invitera Jésus à agir. C’est là qu’accomplissant un premier miracle, il inaugurera sa vie publique. Puis viendra le douloureux chemin du calvaire et de la crucifixion. Marie une fois de plus, trouvera dans la prière, la force d’accepter cet événement. Malgré sa douleur, son déchirement, elle donnera sens à l’agonie de la chair de sa chair. Sur la croix, Jésus la confiera à Jean son disciple bien-aimé. Elle restera désormais avec lui et Jean deviendra son fils spirituel. Après la Résurrection et l’Ascension, elle sera présente avec les apôtres au Cénacle, dans l’attente de l’Esprit Saint. Saint Luc en signalant sa discrète présence après avoir donné la liste des Apôtres, nous révèle que la Pentecôte est le début d’une nouvelle alliance et la naissance d’une l’Eglise Universelle en marche à travers les siècles et dont le guide sera La Mère de Dieu.

Que devons-nous retenir des voyages de Marie ? Ils nous apprennent que nous devons intérioriser la Parole de Dieu pour y puiser le courage de sonder notre cœur afin de faire fructifier en nous les fruits de l’Esprit qui nous permettront de répondre à l’invitation de Dieu qui nous ouvre ses bras et nous demande d’ouvrir les nôtres. Ils nous invitent à nous abandonner, comme elle, entre ses « mains ». Ils sont aussi une invitation à la joie puisqu’ils nous disent l’Amour de Dieu. Nous appelant au service, à l’humilité et à l’action de grâce, ils nous aident à comprendre que nous sommes invités à participer, personnellement, au mystère de la rédemption de l’humanité.

Notre Dame de la route, nous t’en prions, dissipe nos doutes et conduis-nous sur nos chemins.

 

Georgette
Source : Père Rodde – Notre Dame des Ailes
Illustration : Wikimédia Commons – Tableau de James Tissot (1836-1902) : Retour d’Egypte (peint entre 1886-1994) – Musée de Brookling – Libre de droit.

 

 

Prière à Notre Dame du Voyage

Marie, tu as souvent voyagé pendant ta vie terrestre, accompagne-nous aujourd’hui sur nos routes humaines.
Tu as pris la route « en hâte » pour aller voir ta cousine Élisabeth, obtiens-nous de porter le Christ à ceux que nous visitons.
Tu as dû prendre la route pour le recensement à Bethléem, que nos voyages obligés nous fassent rencontrer le Christ pauvre.
Tu as dû t’exiler en Égypte, rends-nous compatissants aux exilés.
Tu es allée à Jérusalem pour la Pâque, avec Joseph et Jésus, que l’écoute de la Parole soit de tous nos pèlerinages.
Dans la joie, tu as quitté ta maison pour venir aux noces de Cana,
réjouis-nous du vin du Royaume.
Tu as accompagné Jésus annonçant la Bonne Nouvelle sur les routes de Palestine, accompagne et réconforte les messagers de la Bonne Nouvelle.
Tu as suivi Jésus sur le Chemin du Calvaire, accompagne-nous quand nous portons la Croix.
Tu as accompagné les premiers pas de l’Église naissante, accompagne-la aujourd’hui, vers une nouvelle Pentecôte.

Frère Marcel Connault, Capucin (2-02-1921 – + 3-04-2020)

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