Le Père Michel Lelong, né en 1925 à Angers, s’est éteint à la suite d’une infection au Covid 19 le jour du Vendredi Saint.

En 1940, en regardant le film « L’appel du Silence » consacré à la vie de Charles de Foucauld, Michel Lelong fut impressionné par l’itinéraire spirituel de l’ancien officier de cavalerie qui reconnaissait avoir été conduit à se mettre devant Dieu et avoir retrouvé la foi de son baptême : « en voyant des musulmans prier ». Il ressentit alors l’appel au sacerdoce. Après un an passé au grand séminaire d’Angers, sa vocation se précise : il sera prêtre pour vivre parmi les musulmans. Il commencera alors sa formation de missionnaire chez les Pères Blancs. C’est au cours d’une visite à Tunis chez les parents d’un ami tunisien qui comme son frère était tombé dans les combats pour la libération de la France, qu’il aura l’occasion de faire une première expérience de dialogue entre Chrétiens et Musulmans par le partage, non pas d’idées, mais celui d’une immense peine. Dans l’épreuve, unis par une même douleur, les uns se confiaient à Dieu dans la lumière du Christ, les autres se référant au Coran.

Après son ordination en 1948 à Carthage, il étudiera les lettres à l’université de Paris puis sera envoyé à Tunis pour pratiquer la langue arabe qu’il avait commencé à étudier à Thibar (Tunisie). Puis c’est à Alger, où il prépare une licence d’Arabe, qu’il nouera des amitiés avec des Algériens de toutes origines : chrétiens, musulmans, juifs, et même athées. Un groupe de rencontre se formera. Incroyants et croyants de diverses religions prendront le temps de s’écouter dans un respect mutuel, d’échanger sans peur car il n’existait aucun prosélytisme dans ce groupe : le cœur de chacun demeurant un mystère dans son cheminement vers Dieu.

En 1975, la Conférence des évêques de France l’appellera à venir diriger le tout nouveau Service pour les relations avec l’islam (SRI) né dans la foulée du concile Vatican II. Également consulteur du Secrétariat pour les religions non-chrétiennes à Rome (futur Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux), il voyagera à travers la France et le monde. En 1993, il participera à la création du Groupe d’amitié islamo-chrétien (GAIC) dont il sera, pendant 10 ans, le président aux côtés de l’universitaire algérien Mustapha Cherif.

Proche des milieux traditionalistes, appliquant les mêmes méthodes que celles employées avec l’Islam, il créa, dans les années 2020, le Groupe de Rencontres Entre Catholiques (Grec) permettant dialogue et meilleure connaissance entre les catholiques conservateurs, les traditionalistes et les intégristes de la Fraternité Saint-Pie-X.

C’est son profond sens du dialogue et sa conviction intime qui ont amené le Père Michel Lelong à affirmer que : « … c’est le même Dieu qui nous conduit. Nous l’appelons « Dieu », les musulmans ainsi que les arabes chrétiens l’appellent « Allah » : Il est au-delà de tout nom, de toute étiquette. Il ne s’agit absolument pas d’oublier les divergences doctrinales existant entre la foi chrétienne et la foi musulmane. Il ne s’agit pas de cacher la lampe sous le boisseau ; la foi au Christ mort et ressuscité anime profondément l’effort d’ouverture à l’autre. Il s’agit d’approfondir la fidélité au Christ et découvrir ce que le Pape Jean Paul II appelle « les liens spirituels » qui unissent tous ceux qui croient au Dieu unique, créateur de l’homme et de l’univers. A travers les dogmes, et au-delà des formulations où « le mystère » ne peut être enfermé, nous « cherchons son visage », animés du désir de le rencontrer en vérité ».

« Aimez-vous » : ce commandement que le Christ nous a laissé est donné à toute l’humanité. Appartenant à la même grande famille humaine, nous serons jugés sur l’Amour ! C’est à travers conflits, guerres, maladies et souffrances que Juifs, Chrétiens, Musulmans, croyants d’autres religions et athées nous parcourons le même pèlerinage terrestre. Tous nous devons faire face au même défit : soit baisser les bras avec résignation ou bien, tout en sachant que nous sommes « dans le monde mais pas du monde », agir pour construire un monde plus fraternel.

En hommage à cet homme d’ouverture, nous vous invitons à écouter ce concert donné à Notre-Dame-de-Lourdes de Casablanca. Trois artistes y unissent leur voix : le ténor Smahi El Harati lance l’appel à la prière musulman (Allahu Akbar) puis la chanteuse Françoise Atlan (Soprano) entonne la prière juive « Adonaï » bientôt rejointe par Caroline Casadesus (Soprano), fille du chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, qui interprète « l’Ave Maria » de Caccini.

 

Georgette
Sources : Nicolas de Senèze – La Croix du 11-04-2020 et Pères Blancs.org

 

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