Hier, comme nous le montre les images ci-dessous, l’avenue des Champs Elysées, comme d’autres, a été le théâtre de nombreuses exactions. Ce 18eme samedi de manifestation des gilets jaunes s’est soldé par des scènes de guérilla urbaine (boutiques saccagées et pillées, kiosques à journaux et magasins incendiés, vitrines brisées et taguées). La célèbre brasserie, inscrite à l’inventaire des monuments historiques, fréquentée par de nombreuses personnalités du spectacle ou de la politique, malgré les mesures de protections prises par l’établissement n’a pas été épargnée par ces débordements. Elle a été saccagée et le store enflammé. Si les revendications des gilets jaunes sont légitimes (voir la synthèse des rencontres organisées par la paroisse du 29-01-2019) il est néanmoins inquiétant de constater que des personnes, vêtus de noir, cagoulées et le visage masqué, se mêlent aux manifestants et visent tous les symboles de la « société capitaliste » (banques, magasins de marque, panneaux publicitaires …) En scandant des slogans anticapitalistes et en inscrivant  sur le mur du magasin Cartier [pas de « cartier » pour les bourgeois] le but de ce chaos est clair : s’attaquer « au pouvoir de l’argent ». *

  

 

     

Ces tristes événements nous montrent à quel point le rapport à l’argent n’est pas simple. L’Evangile nous dit même que : « Nul ne peut servir deux maîtres …Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent » (Mt 6, 24). Alors, pour aimer Dieu en actes faut-il donc y renoncer totalement ? Faut-il le mépriser ? **

La réponse est donnée par un bel article paru dans le mensuel Panorama. Le Café Joyeux, ouvert en Mars 2018 dans le quartier d’affaires de l’Opéra, est né d’une réflexion d’un jeune autiste. L’entrepreneur Yann Bucaille Laurezac et sa femme Lydwine avaient fait construire en 2011 un catamaran dans le but d’embarquer, chaque année, mille personnes en difficulté (gens de la rue, migrants, détenus, personnes en situation de handicap, prostituées). Le bateau avait été mis à l’eau en 2012. Pour Yann et sa femme, ces sorties en mer ont été l’occasion de belles rencontres, de beaucoup de joie et d’une prise de conscience de la précarité professionnelle des personnes en situation de déficience intellectuelle, et plus particulièrement les jeunes sortant des IME (Institut Médico Educatif). En 2014, au retour d’une belle navigation sur Ephata, Théo, jeune autiste de 20 ans lance à Yann : « Captain, il parait que tu es patron, t’as pas de travail pour moi ». Yann et Lydwine réfléchissent alors à ce qu’ils pourraient faire pour créer de l’emploi. Ils désirent être au cœur de l’économie tout en favorisant la rencontre avec des personnes différentes. Trois ans plus tard, ils ouvrent un premier Café Joyeux à Rennes puis un second à Paris. En offrant un travail dans un milieu ordinaire aux personnes porteuses d’un handicap mental ou cognitif, ils désirent leur redonner confiance et dignité et les remettre au cœur de nos villes et de nos vies. A l’occasion de l’ouverture de ces cafés Jean Vanier, fondateur de l’arche a écrit : [« Quelle joie que ça va être, un café unique ! Il faudra que tout le monde y vienne, car le café sera un lieu de joie. Les serveurs auront beaucoup de cœur » – « J’aurais voulu être là mais ma santé m’empêche. Paix »]. La devise de ces cafés est : Beau car la beauté est en tous. Bon avec de délicieux produits frais et de saison et des recettes préparées sur place. Vrai, parce que chez Café Joyeux, personne n’est parfait. Marie, 20 ans, n’avait pas de travail. Comme tous les employés elle a été embauchée en CDI. Elle témoigne : «  On est autonome. On peut faire des choses, seul. On a un salaire ». Parmi les « convives » comme on les appelle au café, beaucoup de cadres et d’employés travaillent dans le quartier. Une jeune femme employée dans la finance témoigne : « Toute la journée, nous faisons de la rentabilité. Là c’est une bouffée d’oxygène ! Ce que je trouve bien c’est que tout le business est fondé sur l’insertion des personnes handicapées. On voit bien qu’elles peuvent tout à fait travailler. »Un autre client témoigne « Dans notre société, on ne regarde plus les personnes que pour leur activité économique or nous sommes tous des êtres humains et nous existons pour autre chose que nos performances intellectuelles ». Un 3eme établissement a été ouvert en novembre 2018***

Ce bel exemple montre bien qu’il ne s’agit pas de « diaboliser » l’argent. Ce qui pose question, c’est la façon dont on s’en sert. Il ne nous est pas demandé de renoncer à l’argent mais de le mettre au service de l’Homme. Puisque aimer Dieu c’est servir, il doit devenir  un instrument de partage, privilégier la relation, être un moyen de s’engager, de se mettre au service du bien commun, de redonner de la dignité à chacun et de construire une société plus solidaire où « tous nous sommes responsables de tous » (Jean-Paul II – Sollicitudo Rei Socialis § 38). La crise financière de 2007-2008 était une occasion de développer une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques. Mais il n’y a pas eu cette réaction qui aurait conduit à repenser les critères obsolètes qui continuent à régir le monde. (Laudato Si, § 189) **

 La crise des gilets jaunes doit être l’occasion de nous interroger sur la qualité et le sens de nos placements quand nous en avons, sur leur dimension éthique et solidaire, de nous informer sur les pratiques de notre établissement financier, de nous soucier de l’utilisation des fonds publics, de découvrir de nouveaux moyens de partage ou de soutien de projets… C’est ainsi que nous pourrons mettre l’amour du prochain au cœur de notre quotidien.

Georgette

Sources :  

* La croix

** L’église catholique – Mieux utiliser l’argent

***  Panorama – Février 2019

 

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