Une cinquantaine de personnes du groupement paroissial ont bravé la pluie pour assister à la 4ème conférence de Claire Daudin : « La mystique de la rencontre chez Charles Péguy » le mercredi 6 février à 20h30 à la salle paroissiale d’Enghien.

Claire Daudin, ancienne élève de l’ENS, agrégée et docteur en lettres modernes, présidente de l’Association Charles Péguy, a notamment édité, dans la collection de la Pléïade les œuvres poétiques et dramatiques de Charles Péguy.

Le thème de la rencontre : Charles Péguy, un homme façonné par les rencontres. Peut-on parler chez lui de « mystique de la rencontre » ?

Elle a développé trois grandes idées :

  1. La mystique de la rencontre.

D’abord, pour lui, la diversité des êtres, des peuples, des mystiques, est une richesse. Il souhaite que cette diversité soit maintenue, car la perte de cette diversité est une perte pour toute l’humanité. Face au parti socialiste, auquel il appartient, qui au début du 20èmesiècle cherche à unifier, il se bat au contraire pour une légitime pluralité de voix. C’est ce qui le pousse à créer les Cahiers de la quinzaine.

« Quand je vois quelqu’un, je ne me dis jamais “propagandons” ! Mais je cause honnêtement avec ce quelqu’un. Je lui énonce très sincèrement les faits que je connais, les idées que j’aime. Il m’énonce très sincèrement les faits qu’il connaît et les idées qu’il aime et qui sont souvent fort différentes. Quand il me quitte, j’espère qu’il s’est nourri de moi, de ce que je sais, de ce que je suis. Et moi je me suis nourri de tout le monde, parce que tout le monde a beaucoup plus d’esprit que moi. »

Dans les Cahiers, il donne la parole à chacun, il dialogue si besoin est aussi, mais il ne nivelle pas. Il souhaite créer à travers cet échange d’idée une Cité où chacun a sa place.

Dans son amitié profonde avec les Juifs, qu’il a connus au lycée mais aussi dans son combat pour Dreyfus, il affirme que c’est la connaissance qui est à l’origine de cette amitié et de cette rencontre unique de Péguy avec les Juifs. Pour Péguy une rencontre n’est vraiment positive que si on connaît bien celui ou ceux que l’on rencontre.

Il affirme que toutes les métaphysiques, tous les systèmes qui tentent de comprendre le monde, toutes les philosophies, ont une vérité. Elles sont toutes un langage de la création. Et elles sont appelés à s’harmoniser dans le concert éternel. Il a donc une vue très large de cette diversité.

  1. Les contraintes politiques qui freinent cette rencontre.

Péguy s’il a connu de belles rencontres, a connu aussi de vraies ruptures, beaucoup de ruptures, parfois avec de vieux amis. C’est au nom d’idéaux supérieurs qu’il a vécu ces ruptures. Il les a vécues comme des sacrifices.

Péguy est un polémiste, il défend ce à quoi il croit par son verbe, par la force de sa parole. Et il s’en prend directement aux grands, à ceux qui font les modes, à ceux qui travestissent les idéaux supérieurs.

Péguy n’a pas été exempt de préjugés, comme cette rencontre manquée avec Cocteau, qu’il a découvert chez son ami, Mme Simone, et dont il n’a pas aimé certaines attitudes, au point de dire à son amie peu de temps après, « plus jamais lui ».

  1. Comment dépasser ces obstacles ?

Charles Péguy reconnaît que le débat, la polémique, qui est une nécessité quand il faut dénoncer certaines idées et les auteurs de ces idées, conduit le polémiste dans la saleté du combat humain. Il reconnaît ce que peut avoir de bas ce combat. C’est déjà un premier pas.

Pendant deux jours, juste avant de partir de guerre, il a fait la tournée des amis avec qui il s’était fâché pour vivre une réconciliation, il a laissé des mots à chacun.

Lors de son pèlerinage à Chartres en 1912 puis en 1913, il a prié aussi pour ses ennemis. Et il demande aussi à sa femme et à son amie Blanche Raphaël, de continuer d’aller à Chartres pour continuer cette prière.

Il croit à cette communion des saints, qui construit peu à peu cette communion de tous.

Un aspect important abordé lors du débat qui a suivi est la rencontre de Péguy avec Jésus.

En fin de conférence  elle nous recommande l’ouvrage « Le dictionnaire Charles Péguy »  auquel elle a participé et  récemment paru chez Albin Michel  sous la direction de Salomon Malka qui donne sur beaucoup de sujet une vision claire de la position de Charles Péguy.

Père Alexandre de Bucy et Christian Bailly.

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