Ce passage du livre de Michée est célèbre. La tradition chrétienne y a d’ailleurs vu l’annonce de la naissance de Jésus à Bethléem.

Michée, contemporain du prophète Isaïe, a exercé son ministère dans les années 740-700 av. J.C. Il a connu la prise de la Samarie en 722 et le siège de Jérusalem en 701. Il s’adresse aux habitants du royaume de Juda à un moment où ceux-ci vivent sous la menace des armées assyriennes. Le peuple se sent abandonné de Dieu, il a l’impression que toutes les promesses faites depuis des siècles ne sont que de vaines paroles. Un roi gouvernant avec justice n’est finalement, à leurs yeux, qu’une utopie. Les rois d’Israël, comme beaucoup d’autres, n’ont-ils pas failli à leur mission en recherchant leur intérêt personnel et non celui de la population ? L’annonce de Michée : « viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter »est une véritable promesse. La signification de cette expression étant : celle qui est prévue dans le plan de Dieu. Le  temps de délaissement n’est donc qu’apparent et s’inscrit dans le long déroulement de l’histoire humaine. Le messie annoncé (de l’hébreu mashia’h et de l’araméen meshi’ha désignait celui qui a été consacré par le rite de l’onction au nom de Dieu) sera celui qui rendra à Israël sa puissance politique et le véritable sens de la royauté.*

Pourquoi le prophète évoque-t-il Bethléem (le nom hébreu béth lehem signifiant « maison du pain »)comme lieu de naissance de ce roi messianique (le messianisme c’est la croyance en la venue d’un homme providentiel qui apportera le salut ; c’est aussi espérer l’avènement d’un monde meilleur) ? Parce que cette toute petite ville, située à une dizaine de kilomètres au sud de Jérusalem et qu’il qualifie d’Ephrata (qui veut dire « la féconde), est le lieu de naissance du petit berger David (son nom signifie bien aimé), de la tribu de Juda, le plus jeune fils de Jessé et père de Salomon. C’est aussi la ville de son couronnement en tant que roi du royaume de Juda et d’Israël. Cette annonce revient à dire que les malheurs du royaume et le danger couru par Jérusalem va prendre fin. C’est la promesse d’un nouveau départ. Le peuple vivra dans la paix, la stabilité et l’harmonie et il sera appelé à « croître ». Le messie sera donc celui qui rendra à Israël sa puissance politique.

L’activité de Son gouvernement est décrite sobrement : il sera comparable à un berger vigilant. Dans la littérature du Moyen Orient ce titre caractérise la fonction royale. Le roi doit diriger son royaume avec sollicitude et fermeté. Tel un berger, il doit guider et rassembler, éloigner les indésirables, séparer ceux qui sont fidèles à la loi de ceux qui ne le sont pas (les brebis et les boucs)… Il faut également noter que primitivement le sceptre des rois était un bâton de berger. Vers 1750 av. J.C. le roi Hammourabi de Babylone disait : « Je suis le berger qui sauve et dont le sceptre est juste ».**

Cette prophétie de Michée, que nous entendons et écoutons en ce 4eme dimanche de l’Avent, nous révèle beaucoup sur Jésus. Dans l’antiquité, la préoccupation première n’était pas de dater et de situer un événement avec précision mais d’en donner la signification réelle. Si Matthieu et Luc situent cette naissance à Bethléem (bien que nous sachions que la date et le lieu sont des sujets de controverses), c’est pour nous dire quelque chose d’essentiel. Il faut souligner que ni Marc, le premier évangéliste, ni Jean le dernier, n’éprouvent le besoin de donner des précisions à ce sujet. Alors, lorsque St Matthieu modifie le texte de Michée : « Toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda » pour dire : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda… » (Mt 2, 06) c’est probablement pour montrer l’importance de ce lieu où doit naître non pas « celui qui doit gouverner » mais un chef (le mot grec hègoumenos signifiant « celui qui mène » alors que le mot hébreu « archonta » utilisé par la Septante implique plus une idée de commandement). Bethléem modeste bourgade où vit une société humble mais profondément humaine est appelée à devenir le « berceau » d’une nouvelle royauté qui s’opposera à celle qui s’est éloignée de ses origines et est devenue orgueilleuse en s’établissant à Jérusalem. ***

Cette prophétie de Michée, reprise par Matthieu, nous dit quelque chose d’important sur le Messie : malgré sa naissance dans cette humble localité inconnue du monde,  c’est pourtant Lui qui redonnera place et dignité à ceux et celles qui sont asservis, bafoués, ignorés, oubliés, rejetés. Il viendra pour dire à tous quelque chose d’essentiel : «  eux aussi sont aimés de Dieu, ils ont de la valeur à Ses yeux ». Si elle se termine par cette phrase : « désormais, il sera grand jusqu’aux lointains de la terre et lui-même il sera la paix ! » c’est pour nous faire comprendre que c’est toute l’humanité (dans l’espace et le temps) qui est concernée. Le dessein de Dieu est pour les Hommes de tous les temps. Elle nous recommande d’ouvrir les yeux sur le monde (celui qui est et celui qui doit advenir), sur celui qui est en gestation. Elle nous appelle à construire dès maintenant le « Royaume » voulu par Dieu. C’est ce dont nous devons avoir conscience.

Georgette

*    Bible en français courant et Marie-Noëlle Thabut

**  Intelligence des écritures – volume 3 – Marie-Noëlle Thabut

*** Bible Parole et Paroles

 

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