La 1ere lecture de ce dimanche, extraite du Deutéronome (un des livres de l’Ancien Testament, écrit vers 600-300 av J.C.) concerne les évènements liés à l’exode, et plus particulièrement celui de l’Alliance conclue avec Moïse au Mt Sinaï. Ce « pacte » s’est concrétisé dans la loi appelée « les dix commandements » ou selon une autre expression « les dix paroles » : « Je vous ai révélé son alliance, les dix paroles qu’il vous a ordonné … » (Dt 4, 13). Dans le passage lu ce jour, Moïse appelle le peuple d’Israël à les écouter et à les mettre en pratique : « Voyez, je vous enseigne les décrets et les ordonnances que Dieu m’a donnés pour vous… Vous les garderez, vous les mettrez en pratique » (Dt 4, 5-6).

A une époque où il est beaucoup question des droits mais en oubliant de parler des obligations ; les lois, les interdits et la morale sont souvent considérés comme une atteinte à la liberté. C’est pourtant le contraire ! C’est ce que les philosophes nous ont appris. Platon (né vers 428/427, + vers 34 av. J.C.) précisait : « Commettre l’injustice est pire que la subir » (Georgias). Cette déclaration fonde l’idée de la conscience morale ; se livrer à l’iniquité c’est perdre sa dignité, perdre l’estime de soi. Aristote (384-322 av. J.C.) affirmait : « l’homme est naturellement un animal politique » (ce mot a pour racine « Polis » qui, en grec, veut dire « qui appartient à la cité). Par cette expression, il nous a enseigné que l’Homme, puisqu’il vit dans une société organisée, régie par des lois, se distingue des animaux qui, eux, obéissent à leurs instincts. Epictète (50 – 135 ap. J.C.), quant à lui, soulignait : « être libre, c’est vouloir que les choses arrivent, non comme il te plaît, mais comme elles arrivent ». Vouloir tout diriger dans nos vies, faire tout ce que nous souhaitons, au moment où nous le jugeons le plus souhaitable, rejeter toutes contraintes, est une forme de désir, celui « de devenir Dieu ». Etre sage, vouloir la justice, c’est désirer s’intégrer à l’ordre du monde tel qu’il a été voulu par le Père. Dans la conception juive de la loi, les dix commandements, sont, avant tout, des paroles libératrices qui mettent en garde contre les effets nocifs d’une liberté mal comprise, nuisible à une vie communautaire. Ces « dix commandements ou dix paroles », nous ouvrent donc un espace de liberté où Dieu ne demande rien d’autre à l’Homme que de les vivre en vue d’une vie avec Lui, en Lui. Loi, alliance, promesse sont donc intimement liées. La forme négative du Décalogue « Tu ne feras pas …Tu ne commettras pas … » n’est pas une interdiction mais une invitation à vivre une relation privilégiée entre « Le Créateur » et les Hommes créés à Son image. Avec amour et compassion, Dieu nous indique ce qu’il faut faire pour ne pas devenir « esclave » de toutes les passions qui nous asservissent. Il faut donc considérer ces paroles comme un chemin de délivrance et de paix, Moïse le souligne, ce sont des enseignements !

Le psaume du jour nous indique que la seule connaissance de ces préceptes serait vaine s’ils n’étaient pas mis concrètement en pratique : « Celui qui veut se conformer à la loi du Seigneur : ne reprend pas sa parole, prête son argent sans intérêt, n’accepte rien qui nuise à l’innocent… » (Ps 14). Saint Jacques, dans sa lettre, nous invite avec force à appliquer ces dix paroles : « Mettez la parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion … Au contraire, celui qui se penche vers la loi parfaite, celle de la liberté et qui s’y tient, lui qui l’écoute non pour l’oublier mais pour la mettre en pratique dans ses actes, celui là sera heureux d’agir ainsi » (Jc 1, 22-25). En rapportant les paroles du Christ s’adressant aux scribes et aux pharisiens, Saint Marc nous met en garde : « …Isaïe a bien prophétisé, à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi … » (Mc 7, 6).

Terminons cette méditation avec cette courte prière inspirée du psaume 119 : « Enseigne-moi, Seigneur, la voie de tes volontés, je veux la garder en récompense. Fais-moi comprendre et que je garde ta loi, que je l’observe de tout cœur. Guide-moi au chemin de tes commandements… Infléchis mon cœur vers ton témoignage… Vivifie-moi par ta parole ».

Georgette

* Sources : La Croix et P.S.N.

.

X