L’ intolérable été des prisonniers

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Cette année, l’ été qui vient de s’ achever pour faire place à l’automne fut, avec ses difficiles et nombreux épisodes caniculaires, particulièrement difficile.

Beaucoup d’entre nous en ont ressenti les effets et le contrecoups sur les organismes des plus vulnérables laisse encore des traces.

Cependant d’autres en ont encore plus soufferts. Ce fut le cas pour les migrants et exilés installés dans des tentes sous les ponts du métro à Paris dont nous avons parlé dans un précédent article.

Il en fut de même pour les prisonniers. Les vagues de chaleur successives furent pour eux particulièrement éprouvantes.

Une souffrance occasionnée par la surpopulation

Au cours de l’été, la permanence téléphonique de la section française de l’ Observatoire international des prisons (OIP-SF) a reçu de nombreux témoignages puisque :

  • Dans de nombreuses prisons, la température dépassait largement les 30°C dans les cellules.

Odile Macchi, responsable du pôle enquête raconte  :

« Chaque été, on reçoit des appels liés à la chaleur. Mais cette fois, on a senti qu’ un cap était franchi. Les personnes étaient angoissées et souvent en profonde détresse. Certaines disaient  qu’elles avaient peur de mourir à cause de la chaleur ».

À ce propos, le médecin chef de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) dont l’établissement accueillait, en juillet :

  • 1067 détenus pour une capacité de 607 places, soit un taux de suroccupation de 175,%

confirme que cette année cette année  :

 « Les conditions de détention ont été insoutenables »

C’ est pourquoi, comme le souligne Odile Macchi :

« Il faut essayer de s’ imaginer l’ impact de plusieurs semaines de chaleur extrême dans des cellules de 9m2 occupées 22 heures sur 24 par trois personnes au lieu de deux ».

Puis elle explique :

« Dans ces cellules, il y a deux lits superposés. Dans celui du haut, il fait évidemment plus chaud que dans celui du bas. La solution pourrait être de descendre le matelas du haut au sol. Mais c’ est impossible car, par terre, il y a déjà le matelas du troisième occupant ».

L’ exemple de la maison d’arrêt de Périgueux

Une amie habitait non loin de celle-ci et, nous pouvons en témoigner, l’été lorsqu’il faisait chaud, nous entendions les cris des prisonniers qui déjà étaient en souffrance.

Or, cette année, dès le mois de Juin, ils ont vécu ainsi que les surveillants, un été très difficile.

En effet, cette maison d’arrêt mise en service en 1862, connaît une surpopulation importante, à hauteur de 220%.

Et, même si elle a connu une rénovation, elle n’est pas adaptée aux températures extrêmes que nous avons connues.

À cet égard, Ludovic Levet, représentant local du syndicat pénitentiaire des surveillants SPS-CEA de cet établissement déclarait lui aussi  que :

  •  « Les détenus, sont quasiment tous à trois par cellule. Au quartier arrivants, ils sont quatre voire cinq… C’est très compliqué avec ces chaleurs, d’autant plus qu’au deuxième étage, nous avons la verrière qui avoisine pratiquement les 50 degrés ».

Le plan canicule de l’ administration pénitentiaire

 Depuis plusieurs années l’administration pénitentiaire a mis en place un plan canicule qui prévoit :

  • Une  « prise en charge renforcée » des personnes à risque (celles âgées de plus de 60 ans, celles en situation de dépendance ou de handicap, les femmes enceintes et les mineurs).

Mais aussi  :

  • Une plus grande distribution de bouteilles d’eau aux détenus un peu âgés et ayant des pathologies chroniques.

En outre, des ventilateurs ont été mis  à leur disposition. Mais, malheureusement, ils ne brassaient que de l’air chaud.

Cependant, un point demeure très sensible :

  • Celui des douches puisque dans certains établissements, les personnes doivent se doucher à l’extérieur de leurs cellules, en général deux à trois fois par semaine.

Or, même si l’administration y avait prévu exceptionnellement un accès journalier afin de pouvoir se rafraîchir,  cela n’a pas été possible partout en raison du sous-effectif du personnel.

De plus, en raison de la vétusté des canalisations, l’eau était, dans certains établissements, brûlante.

Pour conclure

 En 2024, l’ACAT France (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) qui combat pour que la dignité humaine se mène aussi dans les lieux privatifs de liberté a édité un document destiné à :

  • déconstruire les idées véhiculées par certains médias qui prétendent que les détenus vivraient avec le confort moderne, la télévision gratuite, des salles de sport …

Pour le lire, cliquer sur le lien ci-dessous :

Brochure-prison-2024-web

Puis, en 2025, d’après un document rédigé par Emmaüs France en partenariat avec l’Observatoire International des Prisons (OIP) la France comptait :

  • 82 152 détenu(e) pour 62 359 places, soit un taux d’occupation de 132%.

Vous pouvez le découvrir en cliquant sur le lien ci-dessous :

Personnes-détenues

Enfin, en mai 2026, les experts des Nations Unies en matière de prévention de la torture exhortaient la France :

  • à prendre d’urgence des mesures structurelles pour remédier à la grave surpopulation carcérale. Les conditions dans certains établissements visités pourraient constituer une violation des droits fondamentaux des personnes privées de liberté.

Témoignage de sœur Anne Lécu sur les conditions carcérales

Cette religieuse qui appartient à la congrégation des Sœurs de la charité dominicaines de la Présentation a obtenu un doctorat en médecine et également soutenu une thèse de philosophie pratique sur les soins en prison.

Afin de soulager les souffrances physiques et existentielles de toutes celles et tous ceux qui sont privés de liberté, elle exerce comme médecin à la prison de Fleury Mérogis depuis 1997.

Déjà en 2014, elle s’exprimait sur les conditions de vie des détenus qu’elle côtoie quotidiennement :

« Il faudrait plutôt réfléchir à une façon de diminuer le nombre de personne incarcérée et ça, c’est une décision politique.

Parce qu’ il est clair qu’il n’y a aucun rapport entre le taux de délinquance et le nombre de personnes incarcérées, les études le montrent. Bref, je ne suis pas sûre que la prison soit la solution. »

Puis elle affirmait :

« J’ aime les détenu(e)s. Ils ont beaucoup perdu, n’ont pas grand-chose à prouver. Il y a quelque chose d’immédiat, de fort et d’authentique dans les relations que je crée avec eux. De toute façon, moi-même en tant que médecin, je ne suis pas là pour juger. » (Entretien avec Corse Matin Publié le 19/05/14)

Prière d’intercession pour les détenu(e)s

Il est bon de nous rappeler ces versets bibliques qui nous invitent a avoir un regard compatissant sur les prisonniers quelle que soit la raison de leur incarcération :

  • « J’ étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi ! » ( Mt 25, 36)
  • « Souvenez-vous de ceux qui sont en prison, comme si vous étiez prisonniers avec eux. Souvenez-vous de ceux qui sont maltraités, car vous aussi, vous avez un corps » (Hb 13, 3)

Puis faisons nôtre cette prière de Sœur Julie, moniale Dominicaine au Monastère de Notre-Dame de Chalais (Isère) :

Prions pour :

« Toutes les personnes en prison : que leurs conditions de détention respectent leur dignité d’homme et de femme, quelles que soient les fautes ou les crimes qu’ ils ont commis dans le passé.

Celles qui doivent juger les crimes et les délits. Qu’ elles recherchent la vérité et le bien des personnes, se souvenant qu’ elles sont là pour condamner les actes mais non les personnes !

Les familles et les proches des prisonniers. Qu’ ils trouvent des lieux d’ écoute pour les aider à vivre cette épreuve et à entourer au mieux la personne incarcérée.

Les personnes qui sortent de prison, qu’ elles puissent réellement avoir les moyens de reconstruire leur vie et de prendre un nouveau départ . »

Ainsi soit-il.

Georgette

Sources :  Journal la Croix  (Pierre Bienvault) le 20-08-2026 et ici/périgord (Corinne Duval) le 22-06-2026

Illustrations : Pexels et Pixabay (Libre de partager)