Dimanche, nous célébrerons la fête des rameaux. Après la bénédiction de nos palmes, nous entrerons dans nos Églises en chantant :
- Hosanna, Hosanna, au plus haut des cieux.
Aussi est-ce l’ occasion de re(découvrir) le sens exact de ce mot.
L’entrée à Jérusalem
Cette ville est fréquemment citée dans la Bible. Mille ans avant Jésus-Christ, le roi David, après la conquête de cette cité Jebuséenne, en fit sa capitale politique.
Puis elle devint un haut lieu de pèlerinage et la capitale religieuse de Judée.
C’ est pourquoi Jésus venait régulièrement au temple pour célébrer les fêtes juives, notamment celle importante de « Pessa’h » (La Pâque) qui célèbre la naissance du peuple d’ Israël, libéré de la servitude d’ Égypte,
En effet, la Pâque est la fête fondatrice de toutes les autres. Et c’ est en référence à cette libération que Dieu se présentera dans la parole inaugurale du Décalogue.
Or, un matin du mois de Nisan (mois d’avril) pour la fêter, Jésus avant d’ entrer à Jérusalem, envoie deux disciples pour qu’ ils détachent :
- Une ânesse et son petit et les lui amènent afin d’ accomplir la prophétie de Zacharie :
- « Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’ une ânesse » (Za 9, 9).
Puis ils disposent sur eux leurs manteaux et Jésus s’ assied sur l’ ânon.
Alors, les foules crièrent en étendant leurs manteaux et en agitant des branchages pour en joncher la route :
- « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! »
Il faut remarquer que les quatre évangiles détaillent la scène.
Que signifie le mot Hosanna ?
Conservé en hébreu – la langue d’ origine de la toute première église, qui est celle de Jérusalem – « hoshi ‘ân nâ’ » est une interjection venant de l’impératif du verbe « hoshia », ce qui donne en abrégé « hôshanna » et signifie « sauve-nous ! ».
- Ici, le verbe « sauver » indique une forte insistance collective.
En quelque sorte, c’ est un appel au secours, un S.O.S. pour dire :
- « Sauvez nos âmes ! »
Enfin, on retrouve ce sens dans le nom « Joshua » en français « Josué » (celui qui fit passer le fleuve Jourdain au peuple hébreu, cf. Josué 1-5)
Mais aussi dans le nom « Ye hoshua » ou « Yeshoua » qui est celui de « Jésus » et signifie :
- « Yahvé sauve – Dieu sauve ».
D’ ailleurs, dans son évangile, saint Matthieu précise que l’ ange apparut à Joseph dans un songe lui avait dit :
- « Tu lui donneras le nom de Jésus (c’ est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Mt 1, 21)
Puis « Hoshanna » donna en grec le mot « Hosanna ».
Dans la Bible et dans la vie de l’ Église son sens prend trois niveaux successifs :
- Un niveau liturgique rituel lors des fêtes juives au Temple de Jérusalem,
- Celui prophétique de l’ entrée messianique de Jésus à Jérusalem,
- Et enfin Eucharistique lors de la célébration des saints mystères de la messe.
Le sens liturgique dans le judaïsme
Pour les croyants juifs, la collection des prières, adressées à Yahvé après les prières de louanges, en donne le sens.
C’ est ainsi qu’ ils récitent aux grandes fêtes, les psaumes 113 à 118, appelés le «Hallel ».
Le 118 (117 AELF) est proposé pour la liturgie de la fête des Tentes. Au début du verset 25 , le psalmiste adresse une prière de supplication :
- « Donne, Seigneur, donne le salut ! » ( v. 25)
Puis cette supplication se poursuit par une autre pour avoir la victoire.
- « Donne, Seigneur, donne la victoire ! » (v. 25) :
À ce cri – véritable clameur d’ entrée du peuple montant à l’esplanade du temple – répond la bénédiction donnée par les prêtres du temple :
- « Béni soit au nom de Yahvé celui qui vient !» ( v 26).
Alors, pour cette litanie d’attente, les pèlerins forment un cortège avec des rameaux en mains :
- « Rameaux en main, formez vos cortèges jusqu’auprès de l’autel. » (v.27).
Le sens prophétique
On l’ entend de la bouche du peuple juif qui monte à la rencontre de Jésus.
En effet, ceux qui avaient appris la guérison de l’aveugle de naissance à la piscine de Siloé et le retour à la vie de Lazare de Béthanie, reconnaissent en Jésus le prophète espéré.
Or l’ esprit de prophétie, après la mort de Malachie, était éteint depuis trois siècles. Et il devait – selon l’attente du judaïsme – revenir comme signe de l’ère messianique .
En conséquence, leur cri devient celui d’ une espérance messianique très attendue qui s’ actualise.
Maintenant, c’ est à Jésus que les foules adressent directement la prière de supplication :
- « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux ! » (Mt 21, 9)
Bien plus, elles donnent son identité :
- « C’ est le prophète Jésus,de Nazareth en Galilée. » (Mt 21, 11)
Le sens d’acclamation
Le troisième sens de « Hosanna ! » est eucharistique.
Après le rappel des hauts faits de Dieu et juste avant l’offrande du sacrifice de louange, les fidèles chrétiens proclament la sainteté de Dieu (Isaïe 6,3) et chantent à voix haute la gloire de Dieu.
Dans la conclusion de la préface eucharistique – au moins depuis le IVe siècle. – c’est par un chant de triomphe que nous adorons le Christ, le Verbe de Dieu fait chair.
Toute l’ Église est associée à ce chant , celle du ciel et celle de la terre :
- « Hosanna au plus haut des cieux ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. »
En effet, le Christ par sa Passion est aujourd’hui encore et toujours celui qui nous sauve du péché, de la mort, de l’ignorance.
Il est toujours question de l’alliance éternelle de Dieu par le Messie, le Christ Jésus.
Le Dimanche des Rameaux, les fidèles, rameaux ou palmes à la main, solennisent l’entrée en leur coeur de l’unique sauveur.
Acclamer la présence divine
Mais ce n’ est pas fini. Le roi David avait fait construire le temple pour garder « l’ arche d’alliance » et pour rappeler « la tente de la rencontre » , espace offrant une intimité permanente entre Dieu et Israël.
Elle représentait en quelque sorte l’espace idéal, un monde nouveau, là où Dieu vit dans l’intimité de la personne humaine, quand les péchés sont effacés.
Maintenant, selon l’annonce du prophète Isaïe, le temple est purifié en la personne de Jésus :
- « … Ma maison s’ appellera « Maison de prière pour tous les peuples ». (Is 56, 7)
Et comme le rappelle saint Matthieu :
- « … Il est écrit : Ma maison sera appelée maison de prière. Or vous, vous en faites une caverne de bandits. » (Mt 21-13)
Puis Jésus monte ensuite sur l’esplanade et guérit :
- « Des aveugles et des boiteux s’approchèrent de lui dans le Temple, et il les guérit. » (Mt 21-14)
À cette vue devant ces actions étonnantes,et parce que des enfants crient dans le temple, grands prêtres et scribes s’ indignent :
- « … Les enfants criaient dans le Temple : « Hosanna au fils de David ! » (Mt 21, 15)
Face à cette indignation, Jésus leur rappelle avec sagesse ce passage du psaume 8 :
- « Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l’ adversaire, où l’ ennemi se brise en sa révolte. »
Par ce rappel, Il leur révèle la présence divine reconnue en lui, mais méconnue par eux qui persistent dans l’ incrédulité .
Pour conclure
Quand l’ expression « Hosanna », forme hellénique du terme hébreu, passa dans l’ usage liturgique de l’ Église chrétienne primitive, sa signification se modifia sensiblement.
Alors qu’ elle était une invocation, une demande de bénédiction, un appel à Dieu pour sauver, elle devint à la fois :
- Une exclamation de louange et de joie, une acclamation et une formule de salutation, à peu près synonymes de nos expressions :
- « Gloire à… ! Vive… ! Salut… ! »
En conséquence, cet Hosanna que nous chantons le jour des Rameaux est :
- Une invocation, une prière, un appel à ce que le règne de Dieu vienne définitivement.
Méditation
Puisque dimanche avec les rameaux, commencera la grande semaine sainte, méditons ce passage du livre de Anne Lécu (Dominicaine) :
Fête des Rameaux : Enghien 2025 – Jean-Pierre P.
« Lorsque nous chantons ou disons Hosanna c’ est pour dire que la mort a été vaincue, elle l’est encore à ce moment,et à chaque heure où des Chrétiens se rassemblent pour célébrer la victoire du ressuscité, l’ échec est vaincu, le mal est vaincu, la mort est vaincue.
Pour célébrer cette victoire nos voix se mêlent à celles des anges, aux voix de tous ceux qui sont saints, c’ est-à-dire séparés de ce qui tue, délivrés de la mort, tournés vers le Christ, rassemblés par lui au-delà du temps et de l’espace…
Nos voix se mêlent à celles des détenus qui prient, et à celles des moines, à celles des enfants qui apprennent à prier, à celles des personnes seules ou âgées … et à celles qui prient dans le silence car on le leur a interdit. Nos voix se mêlent à ceux qui s’ aiment et se le disent…
Tous nous chantons cette hymne :
« Saint ! Saint ! Saint le Seigneur, le Dieu de l’ Univers ! Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux. »
Nous sommes le peuple qui acclame le Christ avec des rameaux … Nous sommes à la fois le peuple qui n’ a pas compris encore la teneur de sa victoire et le peuple victorieux qui célèbre son Seigneur…
Nous chantons à la fois le chant des anges et le chant des traîtres. Et c’est cela qui est beau , car nous nous présentons tels que nous sommes, et Dieu nous prend tels que nous sommes.» (Anne Lécu – Ceci est mon corps -)
Georgette
Source : ThéoDom (Frère Christian Eeckhout)
Illustrations : Image mise en avant et livre des psaumes (Pixabay Licence – Pas d’attribution requise) – Entrée à Jérusalem et l’ ânon de Bethphagé – James Tissot ( 1836-1902) Brooklyn Museum -Domaine Public.




