Avec la foi, la charité est la seule porte ouverte vers le salut.

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Saint Augustin  par Giacomo Ceruti (1698-1767)
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En tant que membre de l’ Ordre de saint Augustin (354-430), le pape Léon XIV cite très régulièrement dans ses homélies :

  • L’ évêque d’ Hippone qui est avec saint Ambroise (340–397), saint Jérôme (347–420), et saint Grégoire (540–604) l’ un des quatre Pères de l’ Église latine.

En effet, leurs écrits, leurs actes et l’ exemple moral qu’ ils donnèrent contribua :

  • à établir et à défendre de multiples aspects de la doctrine chrétienne.

Le commentaire de saint Augustin sur la Première Épître de saint Jean

Il  se compose de dix traités.

Ce sont des sermons adressés à ses paroissiens et tout particulièrement aux néophytes qui viennent d’être baptisés dans la nuit pascale de l’an 407.

Car, comme l’ explique le théologien Daniel Dideberg (1935-2020, théologien jésuite, ancien directeur de la Nouvelle Revue théologique) dans l’introduction de la Bibliothèque augustinienne (2008) :

  • « Pour le prédicateur africain, il ne suffit pas d’avoir reçu ces divers sacrements (le baptême et l’eucharistie).

            Il faut encore posséder leur fruit, leur vertu qui est la charité.»

En conséquence, saint Augustin proposa à son auditoire :

  • Un commentaire, verset par verset, de l’Épître de Jean dans lequel il développe un formidable enseignement théologique et spirituel sur l’amour.

Cependant, une autre raison le poussa à cette prédication.

En effet, depuis la dernière grande persécution des chrétiens dans l’Empire romain, cent ans plus tôt :

  • l’ Église d’Afrique est déchirée par ce que l’on appela a crise donatiste.

Elle provoqua un schisme de plus d’un siècle entre les donatistes (du nom de Donat, leur premier chef de file)qui pensaient être les seuls légitimes dans l’ Église.

Aussi Augustin leur reproche-t-il : « une haine fraternelle » et appelle-t-il à la communion de l’ Église que permet l’ amour fraternel.

Qu’ est-ce que la charité, ou l’ amour, selon Augustin ?

Saint Augustin par Marco Zoppo (1433-1478)
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« Dieu est amour », écrit saint Jean dans le 4e chapitre de sa Première Lettre :

  • « Celui qui n’ aime pas n’a  pas connu Dieu, car Dieu est amour.» (V 8)
  • « Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour …. » (V 16).

Or, cette affirmation d’ un Dieu amour (agapè en grec, dilectio en latin), se fonde :

  • Sur le « suprême témoignage d’ amour » que le Christ a donné à l’ humanité en mourant pour elle sur la croix.

C’ est pourquoi, dans l’introduction au Commentaire édité dans la collection Sources chrétiennes (Cerf, 19661) Paul Agaësse ( (1905-1979) expliquait que :

  • « C’ est donc la charité qui est le motif de l’ Incarnation »

Toutefois, cette affirmation n’ est pas une réflexion sur la nature du Christ mais :

  • Une exhortation à  pratiquer la charité parce que, ­selon la suite du verset 16 de Jean :
  • « Qui demeure dans l’ amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui».

Nul n’a vu Dieu explique Augustin :

  • « Et cependant (…) il a des mains : ce sont celles qui ­tendent l’aumône au pauvre. Il a des yeux : c’est avec leur regard qu’il comprend l’indigent » (traité VIII, 10).

C’ est pourquoi dit-il, pratiquer la charité, c’ est vivre en communion avec Dieu. C’ est la seule porte ouverte, avec la foi, vers le salut.

Foi et charité vont de pair :

  • « La foi sans les ­œuvres n’assure pas le salut. Or l’œuvre de la foi, c’est l’amour lui-même » (tr. X, 1).

Qu’ est véritablement l’amour pour Augustin ?

« Aime et fais ce que tu veux », a-t-il écrit (tr. VII, 8).

Cette parole pourrait laisser croire que peu importe ce que l’on fait du moment qu’on aime.

En réalité, quand on est réellement accordé à l’ amour de Dieu, faire ce que l’ on veut, c’ est aimer.

Comme l’explique Isabelle ­Bochet * :

  • « Si je suis habité par un amour désintéressé de Dieu et du prochain, alors je ne peux faire que le bien, parce que ­l’ amour est la racine de l’ agir » ­(cf. tr. VII, 6).

Aussi est-ce par rapport à la charité que se mesure la valeur d’ un acte .

Une correction toute fraternelle

Dans le traité d’Augustin, il est beaucoup question de « correction fraternelle ».

  •  «Si tu te tais, tu te tais par amour ; si tu cries, tu cries par amour ; si tu ­corriges, tu corriges par amour » (tr. VII, 8).

Mais comme l’ explique le père Potteau (provincial d’Europe des augustins de l’Assomption) insistant sur le caraCtère « fraternel » de la correction :

  • « Ce qui suppose qu’ on corrige seulement quand ne pas le faire serait ­manquer à l’amour, comme un père qui laisserait son enfant se mettre en danger par peur de le mécontenter »,

Comment l’être humain, marqué par le péché, peut-il parvenir à l’amour ?

Augustin prévient que :

  • «  Livré à lui-même, l’ homme est « ténèbres » (tr. 1, 4).

Toutefois, pour faire ­entrer la lumière et accéder à Dieu, il a le secours du Christ.

Mais, comme il l’explique encore faut-il se tenir dans la vérité, c’est-à-dire dans la lumière, en reconnaissant que l’on est pécheur.

Aussi insiste-t-il sur l’aveu de nos faiblesses :

  • « Avant tout, donc, faisons l’aveu de nos péchés ; puis ayons la charité, (…) car la charité seule fait disparaître notre culpabilité. » (tr. I, 6)

Pour conclure

Comme le rappelle Isabelle Bochet :

  • « La perfection chrétienne ? c’ est la perfection de l’ amour , qui culmine dans « l’amour de ses ennemis » et dans l’ imitation du don que le Christ a fait de sa vie. »

Puis elle poursuit :

  • « La perfection de l’ amour ici-bas ne peut être que celle de l’ homme en route vers l’amour parfait que nous vivrons quand nous serons dans la vision de Dieu ».

Alors, pour parvenir à cet absolu, méditons et faisons nôtre ces quelques phrases d’une prière de saint Augustin :

  • « Si tu te tais, tais-toi par Amour, si tu parles, parle par Amour, si tu corriges, corrige par Amour, si tu pardonnes, pardonne par   Amour.

        Aie au fond du cœur la racine de l’Amour : de cette racine, rien ne peut sortir de mauvais.»

Georgette

Sources la Croix – Journal du 23-01-2026  – Christel Juquois)  –

* Isabelle Bochet (membre de la communauté apostolique Saint-François-Xavier, HDR (Sorbonne Université), chercheur de l’Institut d’études augustiniennes (IEA) au Centre national de recherche scientifique (CNRS), professeur au Centre Sèvres.)

Image mise en avant : Statue de saint Augustin – Wikimédia Commons – Domaine Public.