Quel est le coût énergétique de l’ Intelligence Artificielle ?

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De plus en plus d’ entreprises désirent s’ investir dans l’ intelligence artificielle générative.

Toutefois, le coût écologique de ces systèmes très énergivores entre rarement en ligne de compte.

Or, d’ après certaines études :

Bien que les données fournies par les entreprises manquent, la consommation énergétique de l’ intelligence artificielle :

  • explose avec l’ engouement pour l’ I.A. générative.

Mais, d’ après l’ Agence internationale de l’ énergie, les interactions avec des I.A. comme ChatGPT :

  • pourraient consommer 10 fois plus d’ électricité qu’ une recherche Google classique.

En 2026, la hausse de la consommation électrique des centres de données, des cryptomonnaies et de l’ I.A. pourrait s’ élever :

  • à l’équivalent de la consommation électrique de la Suède ou de l’ Allemagne, par rapport à 2022.

Aussi l’ empreinte carbone de l’ I.A. est elle loin d’ être négligeable puisque des scientifiques :

  • estiment que l’ entraînement du modèle d’ IA BLOOM émet 10 fois plus de gaz à effet de serre qu’ un Français en une année.

Néanmoins, la réduction de la consommation énergétique de l’ I.A. semble complexe.

Pourquoi ce coût énergétique élevé ?

L’ intelligence artificielle (IA) s’ immisce dans de très nombreux secteurs : médical, numérique, bâtiments, mobilité…

Même si elle est définie comme la « capacité d’ un ordinateur à automatiser une tâche qui nécessiterait normalement le discernement humain » :

  • Le déploiement massif de l’ I.A. engendre des besoins croissants en énergie.

En effet, les tâches informatiques nécessaires à sa mise en œuvre requièrent :

  • l’ usage de terminaux utilisateurs (ordinateurs, téléphones, etc.) et surtout de centres de données.

Or, selon l’Agence Internationale de l’ énergie (A.I.E.) il y en aurait actuellement :

  • plus de 8000 à travers le monde, dont 33 % se situent aux États-Unis, 16 % en Europe et près de 10 % en Chine.

En conséquence, en 2022, les centres de données, les cryptomonnaies et l’ intelligence artificielle représentaient :

  • presque 2 % de la consommation électrique mondiale, soit une consommation électrique de 460 TWh.

En comparaison, la consommation électrique française s’ élevait  à 445 TWh en 2023.

Un manque de données sur la consommation d’ électricité de l’ I.A.

Selon Jérôme Chemin, délégué syndical CFDT chez Accenture (géant américain du conseil), cette technologie introduite à grande vitesse :

  • Fait craindre aux syndicats des réductions d’effectifs et une désorganisation du travail.

Quant à son impact environnemental, personne ne l’ évoque.

Toutefois, étude après étude, le constat est là :

  • Intelligence Artificielle et écologie ne font vraiment pas bon ménage.

Or, selon un rapport, en 2030, si la ruée mondiale vers l’ I.A poursuit sa trajectoire actuelle, cette filière sera :

  • dans une « position insoutenable au regard de la contrainte climatique »

Étienne de Saint-Martin, qui travaille à la réorganisation d’ entreprises autour de l’ I.A. souligne que :

« Dans une économie capitaliste, les externalités négatives sont rarement prises en compte.

Si les entreprises étaient responsables du coût écologique de leurs usages, elles ne feraient pas les mêmes choix… »

Les dangers de la révolution de l’ I.A. générative

D’ autre part, selon Alex de Vries (doctorant à la School of and Economics à l’Université d’Amsterdam * ) il est important :

  • de se demander quelle part de la consommation électrique est réellement dédiée à l’ I.A. puisque :

l’ empreinte carbone de l’ entrainement total pour une tâche donnée de BERT (un modèle de langage développé par Google) :

  • équivaut environ à celle d’ un vol transatlantique.

En outre, selon lui, si en 2027  les capacités de production correspondent aux promesses des firmes, les serveurs NVIDIA dédiés à l’ I.A. :

  • pourraient consommer 85 à 134 TWh d’ électricité chaque année.

En cause :

  • L’ explosion de l’ utilisation de l’ I.A. générative (ChatGPT, Bing Chat, Dall‑E, etc.)

car celles-ci générant du texte, des images ou encore des conversations ont pénétré le secteur à une vitesse record.

Une neutralité carbone difficile à atteindre

Les I.A. nécessitent beaucoup de ressources de calcul. Elles sont donc très consommatrices en électricité.

En conséquence, les interactions avec des I.A comme ChatGPT pourraient, d’ après l’ AIE, consommer 10 fois plus d’électricité qu’ une recherche Google classique.

Ainsi, si toutes les recherches Google – 9 milliards chaque jour – s’ appuyaient sur ChatGPT,

  • 10 TWh d’ électricité supplémentaires seraient consommés chaque année.

Il estime la hausse à 29,3 TWh par an, autant que la consommation électrique de l’ Irlande.

C’ est pourquoi, Anne-Laure Ligozat (enseignant l’ informatique à l’École Nationale Supérieure d’Informatique pour l’Industrie et l’Entreprise et au Laboratoire Interdisciplinaire des Sciences du Numérique en région parisienne * ) exprimait son scepticisme à l’ égard de l’ I.A. :

« La hausse continue de la consommation énergétique, et donc de l’ empreinte carbone de l’ I.A. est un phénomène très bien connu.

Les modèles d’ I.A sont de plus en plus complexes : plus ils comportent de paramètres, plus les équipements tournent longtemps. 

Et comme les machines sont de plus en plus puissantes, cela pousse à faire des modèles de plus en plus complexes... »

Aussi l’ Agence internationale de l’ énergie estime-t-elle  pour sa part qu’ en 2026 :

  • La hausse de la consommation électrique des centres de données, des cryptomonnaies et de l’ I.A. pourrait s’ élever entre 160 et 590 TWh par rapport à 2022.

Soit l’équivalent de la consommation électrique de la Suède (estimation basse) ou de l’ Allemagne (estimation haute).

Pourquoi un tel besoin énergétique ?

Les besoins en calcul de l’ I.A s’expliquent par différentes phases puisque :

  • Le développement d’ une I.A; passe par une première phase d’ apprentissage sur des bases de données : c’est la phase d’entrainement.
  • Puis, une fois le modèle prêt, il peut être utilisé sur de nouvelles données : c’est la phase d’inférence.

Certes, la phase d’ entraînement, étant la plus énergivore  a longtemps focalisé l’attention des scientifiques.

Mais, comme en témoigne Alex de Vries,  les nouveaux modèles d’ I.A ont changé la donne :

  • « Avec l’ adoption massive des modèles d’ I.A. comme ChatGPT, tout s’ est inversé et la phase d’ inférence est devenue prépondérante. »

C’ est ainsi que les récentes données fournies par Meta et Google indiquent :

  • qu’ elle représente de 60 à 70 % de la consommation énergétique, contre 20 à 40 % pour l’entraînement.

C’ est pourquoi, alors que la consommation énergétique de l’ I.A. est entachée d’ incertitudes :

  • Estimer son empreinte carbone relève du défi pour la communauté scientifique.

Anne-Laure Ligozat et son équipe estiment que l’ entrainement du modèle d’ IA BLOOM – un modèle en accès libre –

  • émet de l’ ordre de 50 tonnes de gaz à effet de serre, soit 10 fois plus que les émissions annuelles d’ un Français.

Dès lors, malgré les nombreuses mesures de compensations prises :

  • difficile pour les géants de la tech d’ atteindre leurs objectifs de neutralité.

L’ I.A. grande consommatrice d’eau

Outre ses besoins en électricité, l’ I.A. est également une grande consommatrice d’ eau puisque celle-ci joue un rôle clé dans le refroidissement des centres de données.

En effet, un centre de données de taille moyenne peut consommer jusqu’à 1,5 million de litres d’ eau par jour soit l’ équivalent de la consommation quotidienne de plus de 13 000 foyers. ​

Ainsi donc, la demande mondiale croissante pour l’ I.A. pourrait entraîner un prélèvement de 4,2 à,6 milliards de mètres cubes d’ eau d’ici à 2027. (Calvin Ropers Journaliste contributeur à la Wild code school – 21/03/2025)

Pour conclure 

Alex de Vries plaide principalement pour :

  • « La sobriété des usages de l’ I.A. »

En effet, dans son ouvrage « À quoi bon encore apprendre ? », la philosophe Camille Dejardin, dans un plaidoyer passionné bat en brèches le fantasme d’ une I.A :

  • Capable d’apprendre à notre place, qui rendrait caduque l’ école ou l’ université.

« Car, loin de se résumer à l’ assimilation d’ une information, apprendre est un processus transformant », dit-elle

Enfin, deux jours après son élection, Léon XIV exprimait son scepticisme à l’ égard de l’ I.A.  Il considère :

  • « Qu’ elle est  potentiellement une menace pour les fondements de la dignité humaine, de la justice sociale et du travail.»

Puis, le 17 décembre 2025, à l’occasion de la journée mondiale pour la paix, il dénonçait la course à l’ I.A. dans le domaine militaire.

Il précisait que :

  • « En déléguant aux machines les décisions concernant la vie et la mort des personnes humaines, il y voit une « spirale destructrice sans précédent de l’humanisme juridique et philosophique sur lequel repose et dont est préservée toute civilisation ». (Vatican News du 18-12-2025)

En conséquence, alors que commence une nouvelle année, il est nécessaire d’ intégrer des pratiques écoresponsables dans la conception, le fonctionnement et l’ utilisation de l’ I.A.

Celles-ci permettront de tirer parti de ses avantages technologiques tout en minimisant ses impacts négatifs sur l’ environnement.

Georgette

Sources : Journal la Croix : Mélinée le Priol le 12-11-2025 – * Polytechnique Insights (La revue de l’ Institut Polytechnique de Paris ) Anaïs Marechal le 13-11-2024

Illustrations : Pixabay Licence – Pas d’ attribution requise