Retour sur la rencontre Islamo Chrétienne du 14-11-2021 à St Paul

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C’est sur le thème de la fraternité que, Dimanche dernier, eut lieu à St Paul, la rencontre qui réunissait Chrétiens et Musulmans. Elle s’est déroulée en trois temps.

Le temps de l’accueil

Des membres de la communauté musulmane d’Ermont et de notre groupement paroissial avaient décoré la salle avec des panneaux. Ils nous invitaient à découvrir des personnages qui osèrent le dialogue et furent des témoins de la présence miséricordieuse de Dieu.

Nos frères musulmans nous accueillirent en nous offrant des dattes. Or ce fruit a une grande valeur symbolique dans les religions monothéistes.

En effet, dans l’Ancien Testament, le palmier dattier symbolise le juste ainsi que le roc que représente Dieu sur lequel nous pouvons nous appuyer : « Le juste grandira comme un palmier, il poussera comme un cèdre du Liban … , il grandira dans la maison de notre Dieu. Vieillissant, il fructifie encore, il garde sa sève et sa verdeur pour annoncer : « Le Seigneur est droit ! pas de ruse en Dieu, mon rocher ! » (Ps 91 (92) 13-16).

Des signes pour ceux qui ont la foi

Ce fruit est également  important dans le Coran «  … nous fîmes sortir une verdure, d’où nous produisîmes des grains, superposés les uns sur les autres ; et du palmier, de sa spathe, des régimes de dattes qui se tendent. Et aussi, l’olive et la grenade … Regardez leurs fruits au moment de leur production et de leur mûrissement. Voilà bien là des signes pour ceux qui ont la foi ». (Les bestiaux Al-An’_am 6:99 (Traduction Française).

Première intervention : celle de l’Imam  pour découvrir les fondements de la fraternité dans l’Islam

Malgré de réelles difficultés à surmonter, la fraternité doit se vivre comme un chemin d’espérance pour un monde meilleur. C’est là le vrai message de l’Islam. C’est aussi celui de nos religions monothéistes.

Nous devons donc apprendre à vivre ensemble car une société divisée est une société fragilisée. Nous sommes donc appelés à plus de cohésion.

Les fondements théologiques de la Fraternité dans l’Islam

Celle-ci trouve sa source dans la proclamation de l’origine de l’Homme. Ils sont égaux car ils sont tous des  « fils d’Adam ».

D’autre part, le Coran dit qu’au 4eme de grossesse, l’âme est insufflée par un ange au foetus; C’est le  «Nafkh our Roûh». Chaque être humain porte donc en lui le souffle divin.

La fraternité résulte aussi de notre unicité commune. Le tawhid = monothéisme se comprend une foi en un Dieu unique, inaccessible à l’imagination et sans égal.

Ainsi cette croyance commune, nous appelle, dans le respect de nos différences, à mieux nous connaître et nous apprécier.

La fraternité est aussi une valeur républicaine

Nos sociétés individualistes perdent le sens de la fraternité et de la transcendance. Il est donc important de partager nos espoirs, nos difficultés mais aussi de nous encourager et de nous mobiliser pour un vivre ensemble respectueux de nos différences.

St François d’Assise, exemple d’un dialogue constructif

Après l’exposé de l’Imam, le Père Alexandre, évoqua Saint François d’Assise qui rencontra le Sultan d’Egypte et de Syrie, Malik El-Kamil à Damiette en 1219.

Quelles sont les véritables raisons qui poussèrent St François d’Assise à cette rencontre ? Nous ne le savons pas vraiment. Toutefois, ce qu’il faut en retenir, c’est que tous deux osèrent le dialogue et s’apprécièrent mutuellement.

Des mots qui célèbrent la grandeur de Dieu

A son retour St François, impressionné par la foi sincère du Sultan, écrivit  la prière « Craignez le Seigneur et rendez-Lui hommage ».

Celle-ci reprend des termes que l’Islam utilise afin de célébrer la grandeur de Dieu : « Tu es le seul saint, Seigneur Dieu … Tu es fort. Tu es grand. Tu es souverain. Tu es tout-puissant toi, Père saint, roi du ciel et de la terre … Tu es amour et charité, Tu es sagesse … Tu es notre foi …  Grand et admirable Seigneur …  Dieu tout-puissant … Sauveur plein de miséricorde ».

Deux règles pour ceux qui partent évangéliser

Aux frères mineurs désireux d’aller vers les « Sarrasins », il donna cette première règle :  « Les frères qui partent ont, au point de vue spirituel, deux façons de se conduire. La première est de ne soulever ni débats ni discussions, mais d’être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu … » puis cette seconde : « lorsqu’ils croiront qu’il plaît à Dieu, d’ annoncer la parole de Dieu… ».

Des mots qui invitent au dialogue

Ces deux mots nous éclairent. En effet, islam signifie soumission à Dieu. Etre soumis c’est donc reconnaître que Lui seul  doit être :  aimé, craint, vénéré ou admiré, supplié et imploré.

D’autre part, la précision « qu’il plaît à Dieu » nous indique que St François reconnaît qu’il ne peut connaître entièrement le projet divin. Il ne peut donc posséder toute la vérité. *

Un témoignage de foi qui réveille la question de Dieu

.*   Nous pouvons donc en déduire que la rencontre avec le Sultan éveilla en St François le meilleur de sa foi. *

Ce fut également le cas pour le Père Charles de Foucauld puisque le témoignage de la foi des musulmans réveilla en lui la question de Dieu.

Le temps de l’échange

Après les exposés, nous avons vécu un beau moment convivial autour d’un buffet partagé.

Appelés à grandir en humanité

Cette rencontre nous a permis de découvrir que nous partageons des mêmes mots (révélation, Livre) et des personnages communs (Jésus et Marie). Malgré les sens différents que nous leur donnons, ils nous appellent à grandir en humanité dans le respect mutuel de nos croyances.

Il est donc important de prier ensemble afin qu’advienne le règne de Dieu car la prière conduit celui qui la vit, avec intelligence et raison, au discernement. Or celui-ci  conduit au désir de la compréhension mutuelle et à la connaissance de l’autre dans le respect de ses différences.

La prière du « cœur » du pèlerin russe commence par ces mots : « Seigneur est pitié de moi, pécheur ». Elle doit se répéter à l’infini afin de découvrir le meilleur de ce qui nous réunit par la foi en un seul Dieu .

Pour conclure

Les rencontres interreligieuses nous invitent à re-découvrir le sens de la Doctrine Sociale de l’Église. En effet, celle-ci se fonde sur le grand commandement de l’amour : aimer Dieu par-dessus toute chose ainsi que notre prochain.

Alors, n’oublions jamais que  l’Homme est, sur la terre, la seule créature que Dieu ait voulue pour elle-même. Il nous a sculpté à son image et à sa ressemblance en nous donnant une dignité incomparable (CA 11). En conséquence, nous devons réellement mettre en application les principes fondamentaux de la D.S.E. :  la dignité de la personne, le bien commun, la solidarité, la destination universelle des biens mais aussi les valeurs humaines fondamentales de la liberté, la justice, la charité et la paix. **

Et méditons le titre du livre du croyant que fut Robert Hossein :  « Je crois en l’homme parce que je crois en Dieu ».**

Georgette

Source : * La croix, propos du frère Stéphane Delavelle ( franciscain et prêtre au Maroc) propos recueillis par Mélinée le Priol (27-10-2019). – ** Les fondements de la Doctrine Sociale de l’Église – Prof. Thomas Williams LC – Athénée Pontifical Regina Apostolorum, Rome

 

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