Les ciels d’Eugène Boudin (1824-1898)

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La contemplation des paysages marins d’Eugène Boudin nous incite à nous remémorer ce passage du texte de la Genèse : [ Dieu dit : « Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux ». Il fit le firmament, il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament et celles qui sont au-dessus; Et se fut ainsi. Il appela le firmament « ciel ». Il y eut un soir, il y eut un matin : deuxième jour. Puis Dieu dit : « Les eaux qui sont au-dessous du ciel, qu’elles se rassemblent en un seul lieu, et que paraisse la terre ferme »… ] (Gn 1, 6-9).

Cette semaine, nous vous invitons à découvrir trois de ses nombreux tableaux.

La jeunesse d’Eugène Boudin

Il nait à Honfleur en 1824. Son père, marin, travaille sur la ligne maritime Le Havre-Hambourg et sa mère est femme de chambre sur ces bateaux. En 1835 la famille déménage au Havre.

A 11 ans, il devient mousse sur un bateau à vapeur reliant Honfleur au Havre. Il travaille ensuite comme commis chez un imprimeur puis chez un papetier-encadreur. Il aime cette activité et en 1844, il décide de créer son propre commerce. Le magasin est fréquenté par des artistes (écrivains, peintres, musiciens). Les arts graphiques l’attirent et il commence à dessiner.

Ses débuts artistiques.

Jean-François Millet (1814-1875), de passage au Havre, l’encourage. Thomas Couture (1815-1879), grand maitre de l’académisme et professeur respecté, l’incite à apprendre la peinture.

En 1851, grâce au soutien du journaliste Alphonse Karr, du peintre Constant Troyon et de Thomas Couture, il reçoit du conseil municipal du Havre une bourse d’étude afin d’aller étudier à Paris pendant trois ans. C’est ainsi que, le 30 juin 1851, il rejoint la capitale et étudie la peinture au sein de l’atelier d’Eugène Isabey. Il s’inscrit au Louvre comme élève copiste. Il réalise alors des copies de peintures de maîtres pour quelques amateurs, ce qui lui permet d’approfondir son apprentissage.

Dès 1855, il passe ses hivers à Paris et ses étés dans sa ville natale. Il séjourne également à Douarnenez et à Saint Quay Portrieux. Il y peint les bateaux terre-neuvas.

Sa carrière

Il est l’un des premiers peintres à peindre les paysages hors d’un atelier. En 1857, il expose à Paris et, la même année, il parvient à vendre une vingtaine de toiles au Havre. En 1859, il présente au salon à Paris sa toile « Un pardon à Sainte Anne La Palud ». Ses pastels sont remarqués et Charles Baudelaire lui rend hommage. Il se lie d’amitié avec Gustave Courbet. Il rencontre aussi le peintre hollandais Johan Barthold Jongkind et surtout Claude Monet qu’il initiera à la peinture en plein-air.

En 1862, fatigué de réaliser des œuvres de commandes dont il vit difficilement, il a l’idée, en voyant les estivants de la bourgeoisie et de la noblesse parisienne flâner sur les plages normandes en vogue, de représenter ces scènes  mondaines. Si ses toiles ne rencontrent pas, auprès du public, le succès, elles attirent néanmoins l’ attention des critiques et des artistes d’avant-garde. En effet,dans ses tableaux, le ciel occupe toujours une très large bande supérieure puisqu’il aspire, avant tout, à mettre en exergue sa lumière, son rayonnement et sa mouvance.

Malade, il s’installera, en 1892, à Villefranche-sur-Mer. La même année, il sera nommé chevalier de la Légion d’honneur par le peintre Pierre Puvis de Chavannes. Celui-ci l’ avait convaincu de rejoindre la Société Nationale des Beaux-Arts. En quête d’inspirations, il entreprendra des voyages réguliers à Venise jusqu’en 1895. En 1898, alors qu’il est à Paris, sentant sa fin proche, il demande à mourir « face à la mer ». Transporté à Deauville, il meurt dans sa villa Breloque le 8 Août.

Le « roi des ciels »

C’est ainsi que le nommait le peintre Camille Corot. En effet, si Eugène Boudin, peint la vie des pêcheurs et les marchés du littoral Atlantique, il excelle avant tout dans la perception de la beauté des ciels changeants et mouvants de cette région. Il attache une grande importance au soleil, aux nuages, à la variation des couleurs qui se reflètent dans l’eau. Il peint à différents moments de la journée afin de saisir toutes les variations de la lumière. Par sa subtile technique, il influença le mouvement qui porte la peinture vers une étude de la luminosité et la reproduction des effets changeants du ciel. Charles Baudelaire dira de lui qu’il était le « peintre des beautés météorologiques »

       

      

   Les couleurs employées

Pour ses ciels, il se sert de toutes les nuances de bleu, de gris, de gris-bleu et d’orangée pour les couchers de soleil. Pour les plages, il emploie des ocres et pour les pâturages et les tempêtes, différentes tonalités de vert.

L’hommage de Claude Monet

Claude Monet, qui fut l’élève d’Eugène Boudin, aimait à dire : [ « Si je suis devenu peintre, c’est à lui que je le dois » … « il m’a appris à voir et à comprendre » ].

Pour conclure

Eugène Boudin est l’un des précurseurs de l’impressionnisme. Son grand talent fut de peindre ce qu’il ressentait en contemplant les paysages qui s’offraient à ses yeux. En outre, son enfance normande l’influença profondément. Celle-ci l’a porté à peindre la beauté et la grandeur du ciel, de l’océan et des rivages de la côte qui nous rappellent  la grandeur de Dieu.

En regardant ses toiles nous pouvons méditer ce poème : « Que suis-je ? Infime devant l’immensité de l’océan, à regarder l’infinité de l’horizon. Voir l’azur, le bleu des cieux, de la mer, est-ce vraiment l’œuvre d’un Dieu ? Et je prends conscience de ma petitesse. C’est un choc personnel, je ressens les faiblesses de la nature humaine. Mes  propres choix sont-ils les meilleurs ?. J’ai des doutes à chaque fois » (Gonzague – Les poètes.net) et faire nôtre cette prière : « Accordez-moi, Seigneur, au seuil de la vieillesse, de garder des yeux clairs où l’âme transparaisse … Que je n’apporte pas un jour à la nature, … un esprit sans échos où rien ne vibre plus ! ». ( Prière devant l’océan de Cécile Périn (1877-1959)

Georgette

Sources : Rivage de Bohème/Art/Peinture  –  Timenote.info/fr/Eugène.Boudin et Wikipédia

Illustrations : La côte Atlantique à Bénerville – Wikimédia Commons – Huile sur Toile peinte en 1897 –  Musée Boijmans Van Beuningen à Rotterdam (Pays-Bas). Domaine Public – Coucher de soleil à Etaples (Pas de Calais) 1876 – Domaine Public – Coup de Vent devant Frascati – Le Havre – 1896 – Musée des Beaux Arts de la Ville de Paris (Petit Palais) – Domaine Public.

                                                                                    

 

 

 

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