La nuit étoilée (Vincent Van Gogh)

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Pour vivre Les « Nuits des étoiles », qui se dérouleront les 6, 7 et 8 août prochain, nous vous invitons à (re)découvrir la tableau de Vincent Van Gogh : le ciel étoilé. Puisse-t-il nous donner l’envie d’organiser une veillée familiale pour contempler la voie lactée en nous remémorant ces phrases : [Dieu dit : « Qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel, pour séparer le jour de la nuit ; …  et qu’ils soient, au firmament du ciel, des luminaires pour éclairer la terre. »] (Gn 1, 14-15).

Le séjour à Saint-Rémy de Provence

Le 8 mai 1889, Vincent Van Gogh est interné, à sa demande, à St Paul de Mausole dans la commune de St Rémy de Provence. La qualité de la lumière et la beauté des paysages sont pour lui une source d’inspiration. Les religieuses et le personnel soignant apportent aux malades une ambiance sereine. Vincent  est  apaisé, il va mieux. Heureux, Il réalisera alors 143 peintures à l’huile et plus de 100 dessins.

La nuit étoilée

Lorsque en Juin 1889, Vincent Van Gogh, peint ce tableau, il est dans sa chambre à St Paul de Mausole. Pour beaucoup, les divers éléments de cette toile (les spirales, le cyprès, le clocher de l’église) seraient l’expression de son mal être. Or, il peut être « lu » autrement. En effet, le bleu si présent est une couleur liée au rêve et à la sagesse. Le jaune, quant-à-lui est la couleur du soleil, de la joie. Il permet d’égayer un univers, de le faire rayonner. C’est la couleur de la vie et du mouvement. Alors, quel message veut-il délivrer lorsqu’il peint ce ciel étoilé ?

Une opposition entre le ciel et la terre

La composition de la toile crée une opposition entre le ciel et la terre. On y découvre des éléments réalistes : la spirale s’inspire de nébuleuses et Vénus était particulièrement brillante cette année là. La lune, quant à elle, est représentée comme il la voyait depuis sa chambre. D’autres sont imaginaires : le village est fictif. En effet, d’après la configuration de l’asile de St Rémy de Provence, sa fenêtre donnait sur un enclos. S’il pouvait voir les astres, le village ne pouvait être vu. C’est sans doute la raison pour laquelle, il n’est représenté que dans le tiers inférieur du tableau tandis que le ciel occupe les deux tiers supérieurs.

Les trois plans étagés.

Au premier plan figure le cyprès. C’est le pont entre la terre et le ciel. Au second et en contrebas on peut voir le village dont le clocher pointe lui aussi vers le ciel. Ces deux éléments apportent de la profondeur. La ligne d’horizon est basse. Au troisième le ciel, avec ses spirales qui s’enroulent sur elles-mêmes, donne une impression de mouvement. Il semble attirer à lui la terre. Une grande diagonale ascendante de gauche à droite sépare le ciel très lumineux du paysage qui demeure dans la pénombre. Le regard du spectateur est attiré par la luminosité de la lune ainsi que par les cercles concentriques exprimant l’éclat et la brillance des étoiles. La lumière reste dans le ciel, elle n’illumine pas le sol.

Les couleurs

Les multiples tons de bleu contrastent avec la couleur dorée de la lune et des étoiles et des petites lumières allumées dans les maisons. Le jaune est chaleureux, clair, doux et lumineux. Quant au bleu, symbolisant la force de l’esprit, il a ici une valeur spirituelle. Il ne faut pas oublier que Vincent Van Gogh avait étudié la théologie, envisageant même de devenir  pasteur. C’était un mystique.

La luminosité des étoiles

En 1888, il avait déjà peint la Nuit étoilée sur le Rhône. Dans ce tableau, les étoiles y étaient beaucoup plus pâles car c’est le reflet de la lumière des réverbères reflétée dans l’eau qui y domine. Après avoir découvert cette « pollution lumineuse » Vincent exprime dans ses lettres son désir de réussir une toile sur ce sujet. Pour lui, la nuit est le moment où les hommes sont libérés de leur travail, où la lumière  de la voie lactée symbolise à la fois le repos bien mérité mais aussi l’unité familiale. Peindre loin de la ville lui permet de se concentrer sur la représentation d’un ciel qui n’est pas terni par les lumières artificielles de la ville.

Interprétation

L’ étude des lettres écrites par Vincent Van Gogh permet de mieux cerner sa personnalité. Dans celles adressées à son frère Théo, le terme de « consolation » apparaît souvent lorsqu’il essaie de formuler ce qu’il veut traduire à l’aide de sa peinture. A travers cette correspondance, on découvre un homme sensible, cultivé et parfaitement au courant de l’actualité de l’art contemporain et du marché de l’art parisien.

Certes, son tableau  n’est pas réaliste mais c’est celui qu’il désirait peindre. Le lundi 9 ou le mardi 10 Juillet 1888, alors qu’il se trouvait à Arles, il avait écrit à Théo : « .. Toujours la vue des étoiles me fait rêver aussi simplement que me donnent à rêver les points noirs représentant sur la carte géographique villes et villages. Pourquoi, me dis-je, les points lumineux du firmament nous seraient-ils moins accessibles que les points noirs sur la carte de France ? ».

Le rêveur et le croyant

Par cette œuvre, il souhaite consoler l’homme qui est livré sur terre aux angoisses et aux passions. Mais il ne s’agit pas de le faire avec des images mièvres d’angelots ou d’êtres surnaturels. Sa nuit étoilée répond à son rêve de redonner au ciel, symbole du divin, une force « sublime ». Il désire valoriser la foi face « aux fausses lumières » de la ville moderne.

Il est difficile de faire entrer Vincent Van Gogh dans un mouvement artistique. Toutefois, celui dont il se rapproche le  est le symbolisme. En effet sa « Nuit étoilée » repose sur son principe fondamental : l’aspiration à une unité originelle perdue entre le spirituel et le matériel.

Pour conclure :

Certes, Vincent Van Gogh était perturbé. Il vivait avec ses rêves et ses contradictions. Toutefois sa « nuit étoilée » est un tableau construit et calculé. Ce n’est nullement l’œuvre d’un « fou ». Le cyprès symbolise la transition entre la vie (il s’enracine dans la terre) et la mort (il s’élance vers le ciel). Quant à l’église, dont la flèche elle aussi pointe vers le ciel, elle est le lieu du sacré, du mystère. La lune et les étoiles très lumineuses (l’étoile du berger était particulièrement brillante l’année où Van Gogh a peint son tableau) ainsi que les spirales refermées sur elles-mêmes (influence des estampes japonaises) semblent attirer la terre à elles. Peut-être est-ce pour représenter l’univers de la vie après la mort dans l’infini du ciel. Van Gogh n’avait-il pas écrit : « J’ai un besoin terrible de religion. Alors je vais la nuit dehors pour peindre les étoiles » (Lettre à Théo le 29 Septembre 1888).

Pour nous préparer aux nuits des étoiles, nous pouvons écouter et méditer ces paroles du psaume 8 : « A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? .. O Seigneur qu’il est grand ton nom par tout l’univers ».

 

Georgette

Sources : CED – L’art en question ( La nuit étoilée) . – Comprendre la peinture  –  Lettres de Vincent Van Gogh – (vangoghletters)

Illustration : Wikimédia Commons – La nuit étoilée de Vincent Van Gogh (1853 – 1890) – Huile sur toile peinte en 1889 – Musée d’Art Moderne à New-York – Libre de droits.

Musique : Chant : Psautier (psaume 8 – Alléluia)

 

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