En lisant les textes de ce 15eme dimanche du temps ordinaire, une phrase de la 1ere lecture retenait  mon attention. Il s’agit de celle où le prophète Amos répond au prêtre Amazias : « Je n’étais pas prophète, j’étais bouvier et je soignais les sycomores. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau … » (Am 7, 14-15). Or, dans la bible, les arbres sont porteurs d’un sens symbolique.

Le sycomore dans la Bible.

La Bible nous parle à plusieurs reprises de cet arbre dans l’Ancien Testament : « À Jérusalem, le roi fit abonder l’argent autant que les pierres, et les cèdres autant que les sycomores … » (1 R, 10, 27). Elle y fait allusion dans le 1er livre des chroniques lorsqu’elle  énonce  les noms les intendants des trésors et de tous les biens du roi David : « … aux oliviers et aux sycomores dans le Bas-Pays : Baal-Hanane, de Guéder … » (1 Chr 27, 28) ou encore dans Isaïe « … Les sycomores ont été abattus ? Nous les remplacerons par des cèdres » (Is 9, 9).

Elle le fait aussi dans le Nouveau Testament : [«  Si vraiment vous aviez de la foi gros comme un grain de de moutarde, vous diriez à ce sycomore « Déracine-toi et va te planter dans la mer … » ] ( Lc 17, 6  – Tob). Nous  et connaissons aussi l’ épisode relatif à Zachée, le collecteur d’impôts, qui grimpe sur cet arbre pour apercevoir le Christ : « Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là » (Lc 19, 04).

Le sycomore (Ficus-Sycomorus), l’arbre des humbles.

Arbre poussant à peu près partout, notamment aux bordures du désert, son bois servait en menuiserie et de combustible. Majestueux par sa grande taille, son feuillage abondant et ses larges branches horizontales poussant à faible hauteur, son ombrage était apprécié et il servait de pacage pour les troupeaux des plus pauvres. Il n’était pas cependant pas considéré comme noble car son bois poreux n’avait rien à voir avec celui du chêne, du cèdre ou de l’acacia. En outre, ses fruits, bien que ressemblant aux figues, étaient plus particulièrement destinés au bétail afin d’améliorer la lactation. Toutefois, pendant les disettes, ils servaient de farine pour les humains.

Le dur labeur d’Amos.

Amos paysan du village de Téqoa, situé  à quelques kilomètres de Bethléem, dans le royaume du Sud (Juda) se dit lui-même bouvier. Il s’occupait des troupeaux de bœufs et piquait les fruits des sycomores puisque cette charge était celle des bergers. C’était un travail long et fatiguant; En effet, pour les rendre comestibles, les fruits étaient scarifiés, un à un, avant la maturité afin d’en faire écouler le suc âcre et laiteux mais aussi pour en accélérer le murissement.

Le sycomore l’arbre refuge de Zachée.

Nous connaissons l’histoire de Zachée, le collecteur d’impôts méprisé par ces compatriotes Juifs puisqu’ il travaillait pour les Romains. Comme tous les habitants de Jéricho, il avait entendu parler de Jésus qui avait rendu la vue à un aveugle. Lui aussi désirait le voir. Mais la foule est dense et il est de petite taille. Les branches basses d’un sycomore lui offrent un refuge et un promontoire. Que cache ce désir, est-ce une simple curiosité ou bien le souhait d’un homme qui cherche à donner un vrai sens à sa vie ?

Jésus ne se fie pas aux apparences, son regard est attiré par Zachée et il s’adresse à lui : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison » (Lc 19, 5). Par cette demande, Jésus prie Zachée de se laisser rejoindre et transformer par son amour. En somme, pour rencontrer le Christ, il faut « descendre » en soi-même.

Avec joie, Zachée répond à cette invitation. Il ouvre à Jésus la porte de son cœur. Grâce à cette rencontre, il découvre cette part de sa personnalité qui était restée dans l’ombre. Lui qui était comme mort, le voilà revenu à la vie. (Frère Nicolas Morin, franciscain – La Croix du 03/10/2014 – Modifié le 17/04/2020).

Pour conclure :

Certes, les fruits du sycomore, l’arbre des «  humbles et des petites gens » ne sont pas aussi bons que ceux de son cousin le figuier. Néanmoins, ce bel arbre est le symbole de la réhabilitation, de la renaissance car il développe de nouvelles branches quand on le coupe. Même enseveli dans le sable, il continue de croître.

Pour Zachée, le publicain, responsable des impôts, qui était aux yeux de tous celui qui collaborait avec l’ennemi et volait ses compatriotes, le sycomore est l’arbre de l’ élévation, de la conversion, du détachement des intérêts terrestres. Pour Amos, le prophète au langage rude, il est l’arbre de l’appel à la mission.

Soeur Anne Lécu dans son livre « Et vous les arbres et les animaux bénissez le Seigneur » écrit : Jésus les voit l’un et l’autre tels qu’ils sont. Il y a du mépris et une pointe de jalousie dans le murmure des pharisiens. Or, il y avait la même chez les orgueilleux qui, dans le livre d’Isaïe, voulaient reconstruire une ville digne de ce nom, en remplaçant le sycomore par le cèdre. Puisse le sycomore nous apprendre à élever ceux qui ne sont vus par personne.

Georgette

Sources : Wikipédia, Jean-Pierre Diacre permanent Vincentien (associé à la Congrégation de la Mission) sur le chemin de Compostelle. 

Illustration : Wikimédia Commons – Sycomoros Old – Auteur Eitan – Domaine public. GNU Free Documentation Licence.

 

 

 

 

 

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