En ce vendredi Saint, c’est à l’aide du tableau la crucifixion du Tintoret (1518 ou 1519 – + 1594) et du chant Homme de douleur, que nous vous invitons à méditer le sens de l’agonie du Christ au Golgotha.

 

L’ œuvre

C’est en 1565 que Jacopo Robusti, dit le Tintoret, peint cet immense tableau. Cette huile sur toile occupe tout le mur face à l’entrée de la salle dell Albergo de la Scuola Grande de San Rocco, l’une des plus riches Scuole de Venise (les scuole étaient des institutions de la république de Venise qui, consacrées aux corporations d’arts, de métiers et à la dévotion, luttaient contre les épidémies de peste et aidaient la population vénitienne).

 

Détails de la toile

La croix, au milieu d’un ciel plombé, domine la foule. Le corps solide et musclé du Christ indique qu’il est dans la force de l’âge. Bras étendus à l’horizontale, il baisse son regard vers ceux qui sont au pied de la croix. Malgré la foule, c’est lui qui occupe tout l’espace. Il y a là les curieux et les soldats accomplissant  ” leur travail ” . A gauche des hommes soulève la croix d’un des  larrons à l’aide de cordes tandis qu’un soldat s’aide d’un âne pour la hisser à la verticale. Le supplicié tourne son visage vers le Christ. A droite, deux hommes jouent au dés tandis qu’ un autre creuse un trou pour planter l’autre croix. Le second larron se laisse attacher par ses bourreaux. Un soldat, monté sur l’échelle derrière le Christ, se penche. Il prend le roseau avec l’éponge imbibée de vinaigre que lui tend l’un de ses compagnons. Une foule nombreuse assiste au « spectacle ». Parmi elle, assis sur un cheval blanc, un homme en armure montre le Christ du doigt tandis que d’autres regardent les suppliciés. Un groupe de cavaliers se tient prêt à partir dès que le travail des bourreaux sera terminé.

 

Les femmes au pied de la croix

Le Christ pose son regard sur le groupe de ceux qui l’ont accompagné jusqu’au Golgotha. A ses pieds, Jean, Marie-Madeleine et une autre femme lèvent la tête vers lui et le fixent douloureusement tandis que d’autres soutiennent Marie, évanouie au pied de la croix. Une femme, terrassée par le douleur repose contre elle. Endormie, elle préfigure l’ Eglise qui va naître. Le malaise de Marie révèle sa douleur. Totalement unie à son fils, elle souffre la Passion avec Lui.

 

Une tragique solitude

Les condamnés sont seuls face à cette foule cosmopolite qui continue à vaquer à ses occupations, indifférente à leur souffrance. D’autres sont là par curiosité, par manque de compréhension de cette tragédie qui se joue sous leurs yeux tandis que d’autres semblent se réjouir.

Par obéissance à Dieu son Père et  par soif de justice,  le Christ qui est tout amour, se meurt. délaissé  par le plus grand nombre. Homme de douleur, méprisé, abandonné, il donne cependant sa vie pour sauver l’humanité. Le bon larron, le visage tourné vers le Christ sait maintenant combien sa miséricorde est grande. Il nous invite à rester nous aussi, les yeux fixés à la croix.

 

Une invitation à nous tourner vers la lumière

Dans cette tragédie, la cruauté et l’ignorance semblent triompher. Cependant, autour de la tête et du buste du Christ, une lumière émane du Crucifié qui fait  don de Sa Vie. Certes, il y a la douleur du sacrifice mais au-delà de la brutalité, de la dureté et de l’inhumanité, ce rayonnement nous invite à nous tourner vers Lui et à vivre dans l’espérance, la charité et la justice.

Cette toile est une histoire de regards. Certains sont inquisiteurs, moqueurs tandis que d’autres pour ne pas être dérangés dans leurs habitudes, préfèrent  regarder ailleurs, ne rien voir. Mais il y a aussi ceux accablés de détresse et ceux qui se laissent pénétrer par la compassion. Ceux-là fixent leur attention sur le Christ, sur cette croix qui mène au Salut. Et c’est ce à quoi nous invite cette prière : « Seigneur, je suis à la fois le larron qui blasphème et celui qui met sa confiance en Toi. Unifie-moi, Jésus, dans cette confiance, qu’au moment de mes révoltes, de mes doutes, qu’au moment de ma mort, je T’appelle. Souviens-Toi de moi quand Tu seras dans ton Royaume, l’instant alors devient la porte de l’éternité, ta Mort juge mon jugement, la lumière de ton Cœur est mon paradis » (Olivier Clément écrivain, poète et théologien orthodoxe). Le pape François, dans son audience générale du 12-04-2017, nous invitait,à toujours voir la Résurrection dans la croix, la vie dans la mort. Il nous demandait de nous arrêter devant le crucifix et de lui dire : « Avec toi rien n’est perdu. Avec toi je peux toujours espérer. Tu es mon espérance ».

 

 Georgette 
Sources : Ciné Club de Caen – Art Biblique – Venise.com
Illustration : La Crucifixion de Tintoret – Wikimédia Commons – Domaine Public.
Musique : Homme de douleur – Texte de Fabien Debenest.   [Jeunesse En Mission – (J.E.M.) 756] interprété par la chorale psalmodie.

 

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