Le baptistère de l’église St Nicaise à Reims, un hymne à l’eau baptismale

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Le temps du carême marque, pour les catéchumènes, celui du discernement. C’est en communauté paroissiale qu’ils vont vivre les ultimes étapes de leur préparation au baptême.

Puisque les lectures des trois « scrutins » mettent  en valeur les symboles de l’eau, de  la lumière et  de la vie, nous allons méditer, à l’aide du baptistère de l’ église Saint Nicaise à Reims, celui de l’eau.

1 – Histoire de la cité jardin du chemin vert et de son église

Cette cité-jardin,  oeuvre de  Georges Charbonneaux le fondateur du foyer Rémois, avait pour but de procurer un habitat salubre et adapté aux familles nombreuses grâce à  la présence d’une Maison Commune (centre social avec bains-douches, club de loisirs, bibliothèque…) ainsi qu’une Maison de l’Enfance innovante en matière d’éducation. Aujourd’ hui labellisée « Architecture contemporaine remarquable »,  elle comprend plus de 600 habitations.

A partir de 1923, afin de  parachever cette réalisation l’ église, placée sous le patronage de Saint Nicaise (évêque de Reims martyrisé au cinquième siècle), voit le jour. Elle Incarne les valeurs du catholicisme social de son fondateur. En effet, sa situation, dans l’axe d’entrée de la cité-jardin, semble la relier  à la cathédrale Notre Dame qui se trouve dans son axe. Sa décoration intérieure, confiée à des artistes de la période Art Décoratif, en fait par sa cohérence et son unité, un ensemble d’art sacré exceptionnel.

2 – Faire ressortir la noblesse biblique et évangélique de l’eau

Georges Charbonneaux désirait que le baptistère constitue le point final de l’agencement de l’église.  En 1933, il en confie donc la réalisation au peintre  Maurice Denis, fondateur du groupe des Nabis et de l’art sacré (nabi en hébreu signifie prophète).

Celui-ci, enthousiasmé par cette demande, confie alors au Père Couturier : « Je voudrais qu’en entrant, on comprenne la noblesse biblique et évangélique de l’eau, de sa douceur comme signe de la Rédemption».

3 – L’eau dans la bible 

Il peint donc sur les murs entourant la cuve baptismale des scènes bibliques. Toutes se réfèrent à l’eau, élément indispensable à la vie.

Côté nord, on peut donc voir une niche. Elle représente  le baptême du Christ dont les bras étendus annoncent déjà la posture qui sera la sienne sur la croix.

Au premier plan, pour  symboliser le peuple des baptisés qui passent de la mort du péché à une  vie nouvelle, un ange accueille des jeunes filles vêtues de blanc. Sur l’un  des côtés figurent  Adam et Eve dans le  jardin d’Eden. Sur  l’autre, des cerfs  illustrent ces  psaumes  : « Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu » (Ps 41) – « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi » (Ps 62).

Au dessus, les quatre fleuves de l’ Eden  représenteraient l’ordre et la perfection, deux qualités qui permettent  d’avoir un aperçu du paradis puisque les posséder et les mettre en pratique c’est  déjà le voir !.  La scène du déluge occupe un autre panneau.  La colombe et l’arc-en-ciel évoquent  la seconde alliance. Certains voient dans  l’arche de Noé la représentation de  l Église.

Deux autres scènes  encadrent une fenêtre. L’une évoque la marche du peuple Hébreu dans le désert. La source d’eau vive, jaillissant du rocher vient  alors étancher leur soif. L’autre, au premier plan montre le baptême donné par Philippe (une des premiers diacres de l’église primitive de Jérusalem) à un eunuque  éthiopien. C’est là une manière d’indiquer que le salut est  pour tous.

La seconde représente Jésus  enseignant ses disciples sur la montagne près du  lac de Tibériade (Mer de Galilée). C’est en effet dans cette région ouverte à la diversité des peuples qu’Il les éduqua.

4 – Conclusion

L’unité du thème et le lien  entre le passé et le présent  assurent la cohérence du décor. Les  citations  latines, peintes  en haut des murs, aident quant à elles, à en  comprendre le sens mystagogique : « Du paradis, une source s’écoule en quatre fleuves, l’esprit impur s’éloigne au loin » – « … Le peuple ayant soif, fit jaillir de l’eau de la pierre ;  de même instruisez tous les peuples en les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».

Maurice Denis désirait faire découvrir la grâce du baptême. Pari réussi puisque, par ces fresques, son talent illustre parfaitement le texte de la seconde lecture  : « Le Christ lui aussi a souffert pour les péchés… Afin de vous introduire devant Dieu, il a été mis à mort dans la chair mais vivifié dans l’Esprit. C’est en lui qu’Il est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité (1 P 3, 18-22).

Et c’est bien ce à quoi nous invite la Colombe de l’Esprit Saint située au dessus de la porte d’entrée de ce lieu magnifique.

Georgette

Source : L’église St Nicaise du chemin vert de Dominique Potier

Illustration : Image Wikimédia Commons – Licence Créative Commons  – Attribution Share Alike 3 Unported – Auteur Mf payrault.

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