James Tissot, de son vrai nom Jacques-Joseph Tissot, est né à Nantes. Il a passé une partie de sa vie en Angleterre où il était apprécié comme peintre de la haute société de l’époque victorienne. En 1875, il rencontre Kathleen Kelly. Devenue sa compagne, elle lui servira fréquemment de modèle. Après son décès en 1882, il quittera Londres et retournera à Paris. Catholique, il était plus un croyant par tradition que par réelle conviction jusqu’au jour où, en 1888,  il vivra à l’Eglise Saint Sulpice une conversion. Dès lors, il cherchera la vérité de la lumière en faisant des voyages en Palestine et à Jérusalem et se consacrera désormais à la peinture religieuse : sujets bibliques et vie de Jésus. Ses 365 aquarelles peintes d’après les récits des quatre évangiles furent accueillies avec enthousiasme lors des expositions de Paris (1894-1895). Peint à la gouache, entre 1886-1894, le tableau « le baptême de Jésus » est conservé au Brooklyn Museum. Avec sobriété, il rappelle cet événement marquant le début de la vie publique du Christ.

Le baptême du Christ est une « théophanie » (terme désignant la manifestation de Dieu Trinitaire (Père, Fils et Saint Esprit) au moment du baptême de conversion de Jésus. Elle inaugure le temps de l’annonce de la Bonne Nouvelle par Notre Seigneur. C’est avec ce tableau lumineux, centré sur le Christ vu de face et dont quelques détails aident à entrer dans le mystère de la rédemption, que nous allons  méditer  le sens de la phrase de St Jean dans la 2de lecture de ce jour : « C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. En effet, ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un (1 Jn 5, 6-8).

Jean Le Baptiste, préparait la venue de Jésus en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël. Vu de dos, debout sur une pierre, il vient de procéder à celui de Jésus. Des hommes tiennent un linge blanc pour le recouvrir après sa descente dans le Jourdain. Il n’est pas sans évoquer le linceul qui l’enveloppera après sa mort. Cachés derrière des roseaux, des personnages regardent la scène. Ils ne sont pas sans rappeler l’histoire de Moïse lorsque sa mère lui a fabriqué un panier qu’elle a déposé parmi les roseaux, au bord du Nil, sa sœur le surveillant de loin pour voir ce qui allait se passer. Le lieu du baptême dans le Jourdain est significatif : dans l’Ancien Testament, c’est l’une des limites de la Terre promise aux Hébreux menés par Moïse. La Théophanie est suggérée, à droite, par la colombe près de l’épaule de Jésus et au-dessus de sa tête par une sorte de fumée légère. Comme Moïse a fait passer le peuple hébreu de l’esclavage à la liberté, Jésus, par sa « plongée » dans le fleuve manifeste qu’il ouvre un passage, celui d’une vie plus forte que la mort, de toutes les morts engendrées par l’orgueil, les convoitises …, et qu’il prend en charge l’expiation du péché originel de l’humanité,

Que nous disent les paroles de St Jean que nous avons citées. L’eau et le sang « rendent témoignage » du fait que ce baptême voulu par Jésus est un signe révélant le projet de rédemption voulu par Dieu. Au cours de celui-ci, Sa filiation divine est révélée : [« Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie »] (Mc 1, 11). A partir de ce jour commence le ministère publique du Christ. Il consistera à faire connaître au peuple élu la volonté de Dieu, son infinie miséricorde, à révéler le plus grand des commandements de la loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force et Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12, 30-31) et à annoncer qu’Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants (Mc 12, 27). Ces affirmations le conduiront à Sa passion, à verser son sang sur la croix, non pas pour ses péchés mais pour les nôtres.

Pour mieux comprendre le sens de la phrase de St Jean, prenons cette image : l’eau, le sang et l’Esprit (pneuma = souffle dans le texte grec) sont des éléments indispensables à la vie. Dès notre conception, nous baignons dans le liquide amniotique (l’eau). Le placenta agit comme un filtre et permet de puiser dans le sang de la mère les nutriments et l’oxygène nécessaire à la croissance du fœtus . Au moment de la naissance, eau et sang s’écoule pour laisser le passage au nouveau-né. En poussant son premier cri, ses poumons se déploient et la circulation s’adapte à sa nouvelle vie hors du corps maternel. Cette comparaison nous aide à comprendre que par l’eau du Baptême et par le sang de la croix, Jésus nous donne le souffle nécessaire pour devenir les enfants adoptifs de Son Père. L’Esprit accomplit en nous une re-naissance, et Il nous le fait comprendre par la foi : « C’est donc l’Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Rm 8, 16).

Ecoutons et imprégnons-nous des paroles du chant : Baptisés dans l’eau et dans l’Esprit, nous renaissons créature nouvelle ! Plongés dans la mort avec Jésus, nous sommes les enfants du Père. Rompus les liens, brisés les pièges, N’ayez plus peur du Tentateur, le Seigneur veille !

    Georgette

Sources : L’esprit, l’eau et le sang – Centre d’enseignement théologique à distance – Notre-Dame-du Chêne – Connaissance des arts – James Tissot l’inclassable – Wikipédia.

Illustration : Baptême de Jésus – James Tissot – Brooklyn Museum (New-York) Domaine Public.

 

 

X