C’est avec ce tableau peint en 1564 et conservé à la National Gallery (Londres) que nous allons méditer la Théophanie (manifestation de Dieu), écrite par St Matthieu (2, 1-12). Le style d’apparence rustique de Pieter Bruegel, peintre et graveur de formation, est en réalité très complexe et méditatif. Dans cette huile sur toile, il respecte l’iconographie traditionnelle en peignant les trois mages, St Joseph et la Vierge Marie portant Jésus dans ses bras.

 

Les « rois » mages constituent un élément essentiel de la crèche traditionnelle, mais que savons nous d’eux ? La tradition affirme que trois hommes ont rendu visite à l’enfant Jésus. Cette croyance vient, d’une part par ce qui est dit dans l’Ancien Testament : «  Les rois verront, ils se lèveront, les grands se prosterneront… » (Is 49, 7) mais aussi des trois cadeaux offerts : « … tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or (pour la royauté de l’enfant qui vient de naître), de l’encens (pour sa nature divine) et de la myrrhe (symbolisant ses souffrances futures et sa mort » (Mt 2, 11). En réalité, l’évangile nous dit simplement : « … voici que des mages, venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner à ses pieds » (Mt 2, 2).

Marie, assise sur une chaise à l’entrée d’une grange, est enveloppée dans une cape bleue, son visage est encadrée par un voile blanc, sa main droite est tendue pour recevoir les présents des mages. Celle de gauche retient Jésus qui s’agrippe et se serre contre elle. Joseph, derrière la chaise, est vêtu d’un habit mettant en valeur sa carrure de charpentier. Bruegel le représente comme un artisan de son époque et non comme un personnage sacré. Un villageois chuchote à son oreille. A sa droite, se tient un soldat. Gaspard, les cheveux d’un blanc jaunâtre, le visage ridé, est agenouillé devant  Marie. Il porte une veste rose bordée d’hermine et rehaussée de broderies d’or qu’il a posée sur ses épaules sans l’enfiler. Il tend une coupe d’or à trois lobes remplie d’une substance précieuse (probablement la myrrhe). Melchior, les cheveux bruns, le buste fortement incliné vers Jésus, est vêtu d’un luxueux manteau rouge. Il tient dans ses mains une coupe dorée fermée d’un couvercle finement ciselé. Balthazar, le mage à la peau noire, est debout. Sa cape blanche à capuche, ses bottes de cavalier rouges, sa tête ceinte d’un bandeau lui confère un air noble. Il semble attendre son tour et tient un luxueux encensoir doré en forme de bateau. La foule des curieux est constituée de soldats casqués et en armes. Dans le premier cercle, autour de Marie et de l’Enfant, les yeux ronds de l’homme portant un chapeau et tenant une arquebuse posée devant lui sont emplis de curiosité.

Les couleurs chatoyantes des vêtements de principaux personnages  (vert, rose, rouge, bleu et blanc) les mettent en valeur et contrastent avec les bruns et les tons terreux réservés à la foule et à la grange. Certains des personnages ont des expressions grotesques. C’est le cas des deux hommes en bordure du tableau à droite. L’un a un gros nez, l’autre porte des lunettes. Ses yeux ronds trahissent la convoitise des présents apportés par les mages.

Bruegel, bien que centrant son tableau sur Marie et Jésus, caricature la physionomie des mages en les habillant à la mode du XVIe en Flandre. Des détails (une manche coincée dans la ceinture, l’autre traînant au sol, certains visages) donnent à l’ensemble une apparence bouffonne. Il présente cette scène dans le cadre d’une foire villageoise flamande pour donner une leçon accessible au spectateur et délivrer des informations sur la vie quotidienne des « villageois » au XVIe. Par la présence des soldats, il dénonce l’occupation espagnole, les conflits sociaux et les conditions politiques de son temps. Ce choix de représentation montre son intérêt pour la réalité quotidienne de son pays opprimé par l’Espagne et marqué par les guerres. Il ouvre la culture du XVIe aux traductions de la Bible. Son œuvre, implantée dans son siècle, sert de référence aux autres époques, ouvre à l’universel, et révèle la coupure entre l’aveuglement moral ( l’enfant Jésus est considéré au même titre qu’une attraction foraine) et le discernement spirituel.

Dans l’évangile de St Matthieu, il ne s’agit pas d’identifier le phénomène astrologique de l’étoile qui conduit les mages : « Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait » (Mt 2, 9) mais : « il faut y voir L’Église humanité éclairée, « baptisée » dans la gloire de Dieu, c’est-à-dire dans son amour, dans sa beauté, dans sa puissance. L’Église sait que son humanité, avec ses limites et ses faiblesses, met encore en relief l’œuvre de l’Esprit Saint » (Homélie de Benoit XVI du 7-01-2009).

 

Georgette
Source : L’adoration des Mages de Pieter Bruegel l’Ancien – Lumière des étoiles. – Illustration : Wikimédia Commons – National Gallery (Londres) Domaine Public.

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