Cette semaine, nous continuons la découverte de la Vallée-Noire par une visite de la petite église Saint-Martin-de-Vic. Située à 2 Km de la maison de George Sand, ses magnifiques fresques du XIIe siècle sont reproduites dans tous les manuels d’histoire de l’art. Leur grand intérêt artistique et historique a valu à cet édifice rustique, de style roman, d’être classé, dès 1850, « au monument historique ». Elles ont été reproduites au musée d’art Ōtsuka à Naruto (Japon) et à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris. La richesse du décor et l’ampleur du programme iconographique en font, après celle de l’abbaye de Saint Savin sur Gartempe (Vienne) inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, le plus vaste cycle de peintures murales romanes de France. En 2019, d’importants travaux ont été engagés afin de préserver ce chef d’œuvre représentatif de l’art roman en Berry.

L’église de Vic, qui fut donnée à l’abbaye de Déols (Indre) à la fin du XIe siècle n’était probablement pas le bâtiment actuel, le chœur non vouté étant antérieur au XIIe siècle. En 1485, [suivant une inscription peinte sur un des entraits (pièce de bois horizontale], la charpente fut lambrissée à neuf. En 1787, un clocher de charpente fut placé sur la nef. Pendant la Révolution, elle fut convertie en grange à blé. À la fin de 1849, le nouveau curé de la paroisse, prenant possession de la vieille église, voulut dégager la fenêtre du chœur de l’abside. Il remarquera alors des traces de peintures sous les enduits. En les grattant, il découvrira une première fresque. Après avoir enlevé les cinq couches d’enduits qui recouvraient les murs, il mettra au jour un important ensemble de peintures murales. Le maire, saisissant l’administration des Monuments historiques, enverra un dossier aux autorités avec copie à l’archevêque. George Sand, en voisine, demandera à son fils Maurice, élève de Delacroix, de faire un relevé des fresques. Elle fera parvenir les croquis à Jean-Baptiste Lassus, spécialiste de l’architecture du Moyen Âge. Prosper Mérimée (écrivain, historien et archéologue devenu en 1834 inspecteur général des monuments historiques) recevra le rapport du maire. Sous son impulsion, dès le 6 février 1850, la Commission des monuments historiques donnera un avis favorable à son classement avec la promesse d’une première aide de 6 000 francs. Le 10 février 1850, l’architecte Regnauld-Brion, désigné par Mérimée, se rendra sur place… La restauration de l’Eglise commencera avec l’allongement de la nef vers l’ouest, le remplacement du vieux clocher par un clocher-porche et la construction d’une absidiole attenante à la chapelle, au sud du chœur. La toiture et le dallage seront refaits à neuf et, le 4 septembre 1853, l’église sera restituée au culte.

Les fresques, représentant des épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament, ne semblent pas suivre une suite chronologique car, malgré les codes iconographiques en vigueur fixés dans les synodes et les conciles, la disposition des scènes était laissée à la libre appréciation de l’artiste ; les éléments d’architecture assurant la transition entre les fresques de l’Ancien et le Nouveau Testament et une savante disposition permettant de faire le lien existant entre elles. La palette de couleurs est composée de quatre pigments minéraux : noir de charbon de bois, blanc de chaux, ocre-rouge et ocre-jaune. En les mélangeant, les superposant ou les juxtaposant, le peintre a réussi à diversifier les effets, à créer des ombres et des lumières, à suggérer des volumes.

Les peintures de St-Martin-de-Vic sont reconnues pour être l’œuvre d’un unique artiste dont on ignore le nom. Pour chaque surface, les compositions s’ordonnent suivant un quadrillage régulier. L’étude des couches d’enduit montre que celui-ci opérait de haut en bas et de droite à gauche ; le programme d’ensemble ayant été préalablement défini. Les visages ronds des personnages, presque identiques avec leurs joues fardées de rouge, leur sourcil en accolade et le traitement des plis des vêtements, renforcent l’unité de l’œuvre. Ceux qui sont « bons » sont vus de face et les « méchants » de profil. La vie des personnages bibliques [celle du Christ (de l’annonciation à la descente de croix), de Saint Pierre et d’autres grands personnages Bibliques : (Adam et Eve, Moïse, David, les prophètes, ainsi qu’un épisode concernant Saint Martin …)] est illustrée à la manière d’une bande dessinée.

Emile Mâle (1862 – + 1954), historien d’art français, membre de l’Académie française, spécialiste de l’art chrétien médiéval a écrit au sujet cet artiste à qui nous devons ces fresques remarquables qui avaient à la fois une fonction ornementale et une fonction pédagogique (à une époque où beaucoup de personnes étaient analphabètes, véritable catéchèse, elles servaient à enseigner la population) : « Le peintre de Vic a une passion du mouvement, une fougue tout à fait extraordinaire pour le XIIe siècle. Les apôtres assis aux côtés du Christ ne se résignent pas à rester immobiles : ils causent entre eux et gesticulent… »

Comme souvent en Berry, il suffit de pousser la porte de l’église pour contempler cette œuvre. Elle nous permet de revivre, en les recherchant, les différents temps de l’année liturgique. C’est une occasion de se laisser surprendre et de prier en faisant appel à notre mémoire pour nous remémorer ce que nous voyons sous nos yeux (par exemple la purification des lèvres d’Isaïe).

 

Georgette
Source : Belles églises – Site internet de la commune de Nohant-Vic
Illustrations : Photo de l’Eglise St Martin Wikimédia Commons – Licence Créative Commons – Auteur Marc Roussel.
Photos de quelques fresques : Jean-Lucien G.

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