Dans la 1re lecture de ce 15e dimanche du temps ordinaire, Isaïe compare la parole de Dieu à la pluie qui imbibe la terre et fait germer la semence. Pour qu’une germination puisse se faire, trois éléments sont nécessaires : la pluie, la semence et la terre. Sans eux, il n’y a pas de fécondation possible et par conséquence pas de récolte.

Paul XV soulignait souvent que l’objectif du Concile Vatican II était la rénovation de l’Église, mais précisait-il : « rénovation ne signifie pas s’accommoder aux modes modernes du monde. Elle signifie faire en sorte qu’Elle soit cohérente avec la semence de la parole de Dieu qui a été plantée ». Dans la Genèse est dite une « Parole » créatrice. Elle nomme et réalise ce qu’elle dit. Le sens de la Parole dans la Bible, c’est dire et faire ce qui est annoncé. La Parole de Dieu crée le monde. Dans l’exode, lorsqu’Elle oriente « les pas » de Moïse, une autre perspective s’ouvre ; Elle réalise le Salut. Création et Rédemption sont l’œuvre de cette Parole.

Quand les prophètes s’adressent aux rois et aux peuples, c’est pour rappeler qu’Elle est un appel, une vocation, une transmission de la volonté divine. La mission prophétique est celle que le Christ a confié à son Église qui se doit de proclamer « Voici ce qu’a dit le Seigneur ! ». Le Christ, Verbe qui s’est fait chair et a habité parmi nous est lui-même Parole de Dieu. Sur ses lèvres, elle devient Bonne Nouvelle, elle annonce le Salut définitif. Dans le Nouveau Testament, Elle n’est pas une puissance créatrice qui ordonne et dirige le monde; Elle devient, par un homme de chair et de sang, un enseignement pour l’humanité. Dans l’évangile de ce jour, Jésus s’adresse à la foule en langue araméenne afin qu’elle soit entendue et comprise par ceux qui l’écoutent. A la Pentecôte, Dieu se fait polyglotte. Sa parole s’adresse à toutes les nations. Aujourd’hui, Elle continue de retentir grâce aux prêtres de « l’institution » appelée Église Catholique (du grec καθολικός = katholikos) signifiant « universel »). Par eux, le Christ, mort et ressuscité pour ne plus mourir, continue de s’exprimer. Toute la puissance de Dieu, incarné en Jésus-Christ, a été laissée à cette Église : « … Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16-15). Certes, la Bible garde à tout jamais, intacte, la Parole de Dieu ! Toutefois, Elle ne doit pas être une parole figée. Au contraire, il faut qu’elle soit une Parole Vivante. Elle n’est pas faite pour être lue et vécue dans les traditions des temps où elle a été écrite; sinon, Elle devient fondamentaliste et ce n’est plus la révélation du Dieu Amour. Cette parole doit demeurer une semence qui fait germer une vie nouvelle.

Pour l’assumer et la vivre, l’Église nous offre ses sacrements. Dans chacun d’eux, un geste est posé et une parole est dite. Il est donc important de se préparer à les recevoir. Sans évangélisation, que signifie verser de l’eau sur la tête pour le baptême ou bien tracer une croix sur le front avec de l’huile pour la confirmation si on demeure dans l’ignorance de ce que ces gestes signifient ? A quoi cela sert-il que ceux qui désirent se marier aillent à l’Église pour accomplir un acte social sans comprendre le sens du sacrement du mariage ? Les sacrements sans l’Évangile, sans la Parole de Dieu, deviennent alors coutume, tradition de famille… L’Eucharistie, elle aussi, est étroitement liée à cette Parole. Après l’homélie, nous allons à l’autel et dans le corps du Christ, nous L’adorons. Après avoir été méditée, Elle doit s’introduire, pénétrer dans nos cœurs, être fortifiée par notre cœur à cœur avec le Christ afin qu’Elle devienne nôtre pour être présente dans notre société. Nous devons prendre conscience que nous sommes un instrument de Dieu destiné à porter témoignage et que nous devons dire comme le Christ : « L’Esprit du Seigneur est sur moi … Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération … » (Lc 4, 18).

St Paul VI, à l’occasion du Synode de 1974, avait fait une synthèse sur l’évangélisation et proposé trois axes de réflexion :
1 : Évangéliser c’est apporter les critères de l’Évangile du Christ à l’humanité pour la rénover dans ses propres engagements.
2 : Évangéliser ce n’est pas seulement prononcer des paroles. Le témoignage de vie, prédication silencieuse, est indispensable.
3 : Évangéliser c’est porter la semence par une annonce explicite. Il faut à la fois donner le bon exemple et parler, il faut oser dire que nous désirons un monde juste et fraternel, que le Christ est mort sur la croix pour nous libérer de tout ce qui nous enchaîne. Celui qui a été évangélisé se doit d’évangéliser à son tour.

Une communauté doit être un groupe de réflexion de la Parole de Dieu pour apprendre à la vivre, la transmettre et l’irradier. C’est ce à quoi nous invitait Madeleine Delbrël lorsqu’elle a écrit cette prière : « Puisque les Paroles, ô mon Dieu, ne sont pas faites pour rester inertes dans nos livres ; mais pour nous posséder et courir le monde en nous ; permettez que de ce Feu de joie, allumé par Vous, jadis, sur une montagne, que de cette leçon de bonheur, des étincelles nous mordent, nous investissent, nous envahissent ; faites que, habités par elles, comme des « flammèches dans les chaumes », nous courions les rues de la ville, nous longions les vagues des foules, contagieux de la béatitude, contagieux de la joie ». Devenant alors semblables à la pluie qui fait germer les plantes, nous deviendrons féconds et porterons du fruit !

Georgette
Source pour le commentaire : Homélie de Mgr Romero du 16-07-1978 – Illustration : image PxHere – CCO – Domaine Public

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