La 1re lecture de ce 13e dimanche du temps ordinaire relate l’histoire de la rencontre entre une femme Sunamite et Elisée (désigné par le prophète Elie comme son successeur).

 

 

Au cours d’un voyage, Elisée passe à Sunam (ou Sunem) petite ville gérée par la tribu d’Issacar (une des douze tribus d’Israël) fondée par Issachar (l’un des fils de Jacob) et qui se situait au pied du Mt Thabor, à 10 km environ de Nazareth. Une femme riche l’invite à manger chez elle. Entre Elisée et cette famille s’établit une vraie relation d’amitié. Chaque fois que le prophète est de passage à Sunam, il partage un repas avec eux. La Sunamite, reconnaissant en Elisée un homme de Dieu, décide de lui installer une chambre sur la terrasse pour qu’il puisse s’y retirer lors de ses passages : « […] Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer » (2 R 4, 10). L’accueil désintéressée de cette femme stérile va être récompensée par la promesse d’avoir un fils : « […] À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras » (2 R 4, 16).

Dans la Bible, face à l’appel biblique : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la… » (Gn 1, 28) la stérilité est une lourde épreuve pour la femme. Elle est rejetée, elle est l’objet de mépris, d’opprobre. Cette situation engendrait donc une grande souffrance. Ainsi Rachel supplie Jacob : « […] Donne-moi des fils, sinon je vais mourir ! » (Gn 30, 1) et, lorsqu’elle met Joseph au monde elle s’exclame : « Dieu a enlevé ma honte » (Gn 30, 23). Anne elle aussi, dans sa profonde détresse, supplie Dieu de lui donner un fils et fait le vœu de le consacrer à Dieu : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie… » (1 S 1, 11). C’est ce qu’elle fera. Quand Samuel (dont le nom signifie Dieu exauce) sera sevré, elle le consacrera au service de Dieu en le conduisant à Silo pour le confier à Elie. C’est là qu’elle prononcera l’un des plus beaux cantiques de la Bible.

Que nous apprend ce texte ? – Le seul renseignement concernant la femme est sa richesse. Ni son nom, ni son âge, ne sont indiqués. Ce que l’auteur veut nous faire découvrir c’est la force intérieure qui est la sienne, c’est sa joie d’être attentive au bien-être d’Elisée. En reconnaissant en Lui un Saint Homme de Dieu : « je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu » (2 R 4, 9) elle s’est mise par sa bienveillance et son hospitalité au service du Seigneur. Pour qu’il puisse se reposer, réfléchir, méditer et prier dans le calme, elle lui fait aménager une chambre sur la terrasse. Sa foi est donc agissante. Lorsque Elisée, touché par son geste, lui demande : « Que peut-on faire pour toi ? Faut-il parler pour toi au roi ou au chef de l’armée ? » (2 R 4, 13) », elle répond avec simplicité « Je vis tranquille au milieu des miens » (2 R 4, 13). La réponse faite à celui qui lui propose d’user de son influence (le roi et le chef d’armée étaient les personnages les plus importants de l’époque) est révélatrice de son état d’esprit. Elle préféré rester au milieu de son peuple. Elle trouve bonheur, satisfaction et contentement dans l’écoute du besoin des autres. Saint Paul la rejoint sur ce registre lorsqu’il écrit : « […] j’ai appris à me contenter de ce que j’ai. Je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force » (Ph 4, 12-13).

Les dispositions intérieures de cette femme semblent impressionner Elisée. C’est par le biais de son serviteur Guéhazi qu’il découvre le profond désir de la Sunamite : se réaliser pleinement par et dans la maternité. Malgré sa profonde blessure intime, elle a su donner sens à sa vie. C’est en se tournant vers les autres, en rendant service qu’elle trouve joie et force pour surmonter sa détresse. Faire le bien lui permet de « rester debout ». Cette attitude positive sera récompensée. Elle donnera enfin un fils à son mari. Lorsque d’autres épreuves se présenteront à elle, tout en osant faire part de ses émotions, de sa douleur, elle s’abandonnera totalement entre « les mains » du prophète de Dieu.

La belle histoire de la femme de Sunam nous aide à réaliser qu’un enfant est un don de Dieu, que toute naissance est extraordinaire ; c’est un miracle de la vie mais elle n’est pas un « dû », elle n’est pas une possession. Elle nous invite également à découvrir que la vie, en l’absence de maternité, peut cependant être pleine de sens. « Heureux est l’Homme qui se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps » (Ps 1, 1-3). Elle nous permet de prendre conscience qu’il existe de nombreuses manières de s’accomplir pleinement. Le fruit de l’Esprit n’est-il pas : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité » (Gal 5, 22) ? C’est aussi une invitation à poser un acte d’espérance. Notre confiance en Dieu doit être si totale que nous devons oser lui faire part de nos besoins, de nos questionnements, voire de nos révoltes.

 

Georgette
Illustration : Elisée et la Sunamite par Gerbrand Van Den Eeckhout (1621-1674) – Collection Musée National de Varsovie – Wikimédia Commons – Domaine public.
Sources pour le commentaire : Bibliquest – Chrétiens en marche

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