Les représentants des grandes religions présentes en France se sont réunis, le mardi 23 juin, au Collège des Bernardins afin de discuter ensemble de l’épreuve vécue pendant la crise sanitaire liée au coronavirus. « La Croix » a recueilli hier la parole de cinq fidèles des confessions présentes.

 

Corinne Gibello-Bernette, présidente du conseil presbytéral de la paroisse luthérienne Saint-Jean, à Paris

« … Certains ont été très enthousiastes quant à notre capacité à garder le lien, via les cultes en ligne. Cette période anxiogène … a permis aux fidèles de rouvrir la Bible, de prier parfois davantage … Mais, s’il y a eu en effet de belles choses, je veux appeler à la modération des discours martelant que nous avons vécu quelque chose de « formidable ». Avec le développement des offices virtuels, ne risquons-nous pas de ne plus vouloir faire l’effort de venir ? S’ils sont encore nécessaires pour permettre de rejoindre les personnes plus vulnérables, il y a derrière les cultes par écrans interposés une forme de dépossession de notre rôle d’acteurs. Or, l’Évangile nous exhorte à la rencontre de l’autre. La parole est là pour être entendue en direct ».

Pauline Bebe, rabbin de la communauté juive libérale d’Île-de-France

« S’adapter était le maître mot, comme avant, comme toujours, pour nous le peuple juif. Quels que soient les événements qui nous balayent comme une tempête, nous savons que nous pouvons nous accrocher au mât des mots, au fil des commentaires et à l’amour et l’amitié qui constituent l’essentiel de l’humanité … Loin physiquement, nous nous sommes sentis plus proches… Nous aurons besoin dans les jours et les mois qui viennent de ces suppléments d’âmes que nous trouvons dans les livres de prières, les lieux de culte, les souffles de spiritualité … Pour nous enraciner dans un fil de lumière et d’espoir ».

Saliou Faye, imam et éducateur dans le quartier de la Meinau, à Strasbourg (Bas-Rhin)

« Je me suis efforcé de créer des liens à travers les réseaux sociaux … J’ai beaucoup appris sur le plan technique et la communication, et je pense que ces connaissances me seront très utiles même après la fin de l’épidémie. J’ai …pu approcher, par les réseaux sociaux, des habitants du quartier qui ne vont pas à la mosquée en temps normal ou très occasionnellement … je pense que la séparation due au confinement va renforcer les liens entre les fidèles de la mosquée. Nous avons tous soif de prier et pratiquer notre religion ensemble ! ».

Père Pierre Kazarian, prêtre orthodoxe de la paroisse Ste-Philothée, à Montpellier

« Les fidèles sont revenus à l’église avec une ferveur accrue … Cette épreuve leur a permis de saisir l’importance de la liturgie et de l’eucharistie dans la religion orthodoxe. Même si chacun peut poursuivre ses rites et vénérer les icônes à la maison, la sacralité de notre foi se concrétise à l’église par l’iconostase. Cette cloison qui sépare les fidèles du clergé, représente l’intermédiaire entre la nef, symbole du monde terrestre, et l’autel, le royaume de Dieu… La crise sanitaire nous a également poussés à prier davantage. Les moines grecs du mont Athos ont lancé un mouvement mondial de prière pour les malades, et les Français ont prié chaque soir. Pour beaucoup, il est même devenu difficile, maintenant, de casser ce rythme ! ».

Lama Thrinlé, moine et aumônier bouddhiste tibétain

« En tant qu’aumônier, j’ai participé au dispositif du numéro Vert de soutien psychologique mis en place par le gouvernement … Les gens voyaient leur vie chamboulée, ils étaient dans une grande confusion … Parmi les appels que je recevais, beaucoup de personnes s’initiaient au bouddhisme ou, tout simplement, à la méditation… Le virus et le confinement nous ont renvoyés aux enseignements fondamentaux de Bouddha, centrés sur la souffrance et la libération de la souffrance. La maladie nous rappelle l’impermanence (rien ne dure), le fait que rien n’est constant, et qu’il faut acquérir de la sagesse pour résister aux bouleversements extérieurs. Beaucoup de gens m’ont appelé parce qu’ils n’arrivaient pas à vivre confinés avec leur « moi », avec leurs angoisses. C’est précisément ce que le bouddhisme nous apprend à faire. »

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la conférence des évêques de France a relevé avec lucidité

« Chacun des confinements dans la Bible a débouché sur la possibilité d’une vie nouvelle, citant Noé, Jonas… Pour moi, cette crise constitue un avertissement. Nous devons changer nos modes de consommation, à cause de la contrainte écologique… La question importante est : allons-nous saisir ce moment pour nous convertir ? Tout le monde a l’air bien pressé de faire redémarrer le monde d’hier ».

 

Georgette
Sources : La Croix – Propos recueillis par Malo Tresca, Héloïse de Neuville, Mélinée Le Priol, et Caroline Celle le 23-06-2020 et Héloïse de Neuville le 24-06-2020
Sources : la Croix le 24/06/2020 à 09:43 modifié à 11:03

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