Le jour de la pentecôte, nous fêtons la venue de l’Esprit Saint et la fête de la visitation qui clôt le mois consacré à Marie. C’est à l’aide d’un tableau du peintre Jacopo Carucci, connu sous le nom de Pontormo (1494-1557), que nous allons partager la joie de Marie et de sa cousine Elisabeth. Nous découvrirons également comment est née la prière que nous adressons à la Mère de Dieu.

 

Conservée en l’église paroissiale Saints Michel et François de Carmignano (Toscane) cette peinture à l’huile sur bois décrit la scène de la Visitation. Transposée dans la rue d’une ville italienne, nous pouvons voir, au premier plan, les deux cousines qui s’étreignent avec tendresse. La présence divine qui anime cette rencontre est suggérée par la fine ligne d’or qui encercle leur tête. Le face à face, la profondeur et la sérénité des regards expriment l’intensité de ce moment de communion entre les futures mères. À l’arrière, Pontormo en a ajouté deux autres. Elles ont beaucoup de similitudes avec Elisabeth et Marie (l’âge, l’habillement) mais nous sommes frappés par leur posture rigide, leur visage figé et la fixité des yeux. Présences énigmatiques, elles semblent déjà annoncer le destin douloureux des deux autres.

Couleurs lumineuses (du bleu, de l’orange, du rose et du vert) et corps en mouvement indiquent néanmoins la joie de la rencontre. Elisabeth, lorsqu’elle serre dans ses bras Marie, reconnaît en Elle la mère du Sauveur : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi » (Lc 1, 43-44). La position des pieds nous renseigne sur l’état d’esprit des deux femmes. Nombreux sont les psaumes qui nous indiquent que la danse fait partie de la louange : « Qu’ils louent Son Nom avec des danses (Machowl), Qu’ils le célèbrent avec le tambourin et la harpe ! » (Ps 149, 3) … Dans la liturgie Juive, le balancement des corps rythme les cantiques inspirés par un événement important. C’est un chant d’allégresse qui monte aux lèvres de Marie qui, reprenant les paroles de l’Ange Gabriel, s’exclame : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! … Le Puissant fit pour moi des merveilles, Saint est son nom ! » (Lc 1 47, 49).

De cet instant d’intimité et de partage est née la prière toute simple du « Je vous salue Marie ». Aussi connue et répandue que le Notre Père, ses premiers mots reprennent la salutation de l’ange Gabriel au moment de l’annonciation : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28) et ceux d’Elisabeth à la Visitation : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni ». Dès le IVe et Ve siècle, en particulier dans les offices grecs de St Jacques, St Basile et St Marc, les deux salutations sont réunies en une même prière. Par la suite est adjoint, après le mot Salut, le nom de Marie. Un peu plus tard, les Églises d’Orient ajouteront la phrase : parce que tu as engendré le Sauveur de nos âmes. Au VIIe siècle, utilisée dans la liturgie, elle devient un peu plus personnelle. Mais son usage, hormis dans le clergé, demeure rare. En 1198 l’évêque de Paris, Odon de Seliac, demande aux prêtres de l’apprendre aux fidèles et de la réciter en même temps que le Notre Père et le Credo. C’est à partir du XIIIe siècle qu’elle commence à se répandre. Telle une salutation, elle est accompagnée d’une inclinaison ou d’une génuflexion et est souvent complétée par une supplication ou une prière spontanée. Vers 1500, dans de nombreux bréviaires, en France et en Italie, la phrase « maintenant et à l’heure de la mort » viendra la compléter. C’est ce qui donnera la version que nous connaissons.

En ce jour de double fête et en union de prière avec nos frères chrétiens d’Irak et de Syrie, écoutons le chant « Shlom Lekh Maryam – Je vous salue Marie ». Interprété en Araméen, langue maternelle du Christ, il nous invite à méditer l’accueil confiant qu’ont réservé ces deux femmes à la parole de Dieu. Il nous ouvre au mystère de l’Incarnation et de la rédemption.

Sainte Marie, toi qui étais présente au cénacle, apprends-nous à répondre, avec sérénité et simplicité aux appels que Dieu nous adresse.

 

 

Georgette
Sources : Nartex et Canablog l’œuvre du jour et La croix-croire (Aux sources du « Je vous salue Marie » Père Jacques Nieuvart (Assomptionniste).
Illustration : Pontormo, La visitation.

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