Tout au long de cette soirée et de la semaine sainte, je vous invite à redire cette prière :
« Seigneur, tu as fait de moi ton ami(e). Et tu es l’ami à qui je peux tout dire ».

 

 

Méditation du Père Alexandre de Bucy

Rien ne va plus.

Hier, avec Vianney, nous avons découvert la faute de Qahal, le peuple que Dieu aime. Son peuple a construit un veau d’or et s’est prosterné devant lui au lieu de rester fidèle au Seigneur qui l’avait délivré de l’esclavage d’Egypte. « Rien ne va plus ». Et Dieu a décidé d’abandonner son peuple et de trouver un autre peuple, plus nombreux, qui sera conduit par Moïse resté fidèle.

Moïse a de bonnes raisons d’accepter cette proposition. Il est lui aussi déçu par le peuple de Dieu, qui ne cesse de murmurer contre lui et de se plaindre du manque d’eau, de nourriture ou de cette marche épuisante dans le désert.

L’intercession de Moïse

Moïse, contre toute attente, va prendre la défense du peuple de Dieu, à travers deux arguments.

Le premier est assez humoristique : « Seigneur ! Pourquoi te fâcher contre ton peuple que tu as fait sortir d’Egypte ? Veux-tu que les Egyptiens disent : Il avait une arrière-pensée quand il les a fait sortir : il voulait les tuer dans les montagnes et les faire disparaître de la surface de la terre ? Remets-toi de ta colère et renonce au mal que tu veux faire à ton peuple » (Ex 32, 11-12). En d’autres termes, « Seigneur, ne fais pas ça, les Egyptiens se moqueraient de toi et te prendraient pour une girouette ou un Dieu pervers ».

Le second fait appel à la mémoire de Dieu : « Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, tes serviteurs. Tu leur as juré par toi-même : Je rendrai votre descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel… » (Ex 32, 13). En d’autres termes, « Seigneur, sois fidèle à ta promesse, ce qui est promis est promis, tu ne peux revenir sur ta parole ».

Moïse ose affronter Dieu dans ses choix. Franchement, quand Dieu, le créateur du ciel et de la terre, prend une décision et la communique à son serviteur, quelle devrait être l’attitude du serviteur ? La soumission, non ? Eh bien, non ! Moïse n’est pas dans une spiritualité de la soumission, mais dans une spiritualité de la parole, du dialogue. Il discute avec Dieu, il plaide en faveur du peuple.

L’ami de Dieu.

Mais alors comment Dieu a réagi devant Moïse qui l’a contredit et poussé à changer d’avis. A-t-il été meurtri ou abasourdi par Moïse qui lui tient tête ? Non ! C’est même, tout le contraire, qui se passe juste après, devant la Tente du Rendez-vous : « alors le Seigneur parlait à Moïse face à face, comme un homme parle avec son ami » (Ex 33, 11). Moïse n’est plus un serviteur, il est un ami. Un ami, c’est celui à qui on peut tout dire, avec qui on partage son intimité, ses joies et ses blessures. Un ami, c’est aussi une personne avec qui on peut avoir des désaccords car on sait que l’amitié est plus forte que les divergences d’opinions.

Dans quelques jours, le soir du jeudi saint, nous entendrons Jésus dire à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous appelle mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai entendu de mon Père » (Jn 15, 15). C’est cela un vrai disciple du Seigneur : une personne entrée dans l’amitié de Dieu, capable d’écouter la parole de Dieu et de lui partager aussi notre parole la plus profonde et la plus libre. Un ami qui sait enfin que nous n’aurons jamais fini de percer les mystères du Seigneur, comme Moïse qui malgré sa demande de voir la gloire du Seigneur, ne le verra que de dos (Ex 33, 18-23).

Geste :

Dieu est un Dieu qui accepte de changer pour répondre à la prière d’une de ses créatures, qui se laisse infléchir par la prière de Moïse. Dieu est un Dieu qui parle, mais un Dieu qui écoute aussi la parole de l’humain, un Dieu qui nous invite dans son amitié.

Où en est notre relation avec le Seigneur ? Quelle image avons-nous du Seigneur ? Un Dieu menaçant ou bien un ami ? « Le Seigneur parlait à Moïse face à face, comme un homme parle avec son ami ».

Tout au long de cette soirée et de la semaine sainte, je vous invite à redire cette prière :

« Seigneur, tu as fait de moi ton ami(e). Et tu es l’ami à qui je peux tout dire ».

Père Alexandre de Bucy +

 

Photographie de Mohamed Hamdy, Pixabay

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