Le mercredi 5 février, élèves et parents se sont réunis sous le préau du lycée Simone Ehivet Gbagbo de Yopougon (petite agglomération située à l’ouest d’Abidjan, connue pour ses quartiers précaires qui contrastent avec des quartiers résidentiels) afin de rendre un dernier hommage au jeune Laurent-Barthélémy Ani Guibahi, ce lycéen de 14 ans retrouvé mort le 8 janvier à Roisy dans le train d’atterrissage d’un avion. Comme d’autres adolescents, il rêvait de venir poursuivre ses études en France. L’un de ses camarades a confié : « Je veux partir moi aussi en France quand je serai grand mais pas de la même manière. Ce que mon ami a fait était dangereux … ».

Le proviseur Adama Traoré avait, quelques jours après la mort de Laurent-Barthélémy, organisé trois séances de sensibilisation avec l’ONG italienne AVSI qui lutte contre la migration irrégulière. « Ce drame a ouvert nos yeux. Nous n’avons pas été assez à l’écoute. Nous ne vous avons pas donné assez d’informations » a-t-il reconnu, puis il leur a expliqué : « La meilleure manière de ne pas gaspiller votre vie est de parler avec les adultes mais pas n’importe lesquelsPlus vous parlerez, plus vous pourrez échapper à tous ces pièges ». L’objectif de ces rencontres était d’alerter les élèves sur les dangers de l’immigration clandestine, de leur présenter les voies légales comme les bourses d’études et leur faire comprendre qu’on peut réussir sa vie en Côte d’Ivoire. Laurent Ayemou, coordinateur de projet à AVSI, les a mis en garde : [« Celui qui vous promet monts et merveilles pour aller en Europe en passant par des voies détournées, par le désert ou par la mer, c’est que c’est un passeur. Méfiez-vous des faux amis qui vous donnent de faux conseils, méfiez-vous des faux « benguis » (expatriés) qui vous font croire qu’ils ont réussi alors qu’ils sont SDF ! »]. Ces tentatives, pour tenter de vivre une vie meilleure en Europe, n’existent pas que via les aéroports. Ces voyages vers un meilleur avenir, dans des conteneurs, dans des camions frigorifiques, dans des embarcations surchargées et sans aucune sécurité, ont souvent une issue tragique (en janvier, 39 migrants étaient retrouvés morts dans un camion).

L’hommage du 5 février a été précédé d’une conférence organisée par Alphonse Krécoum, le conseiller d’éducation de l’établissement, membre de la communauté Sant’Egidio qui désirait sensibiliser les jeunes sur le thème de « Jeune, ne gaspille pas ta vie ». Le but de ce colloque étant de promouvoir des valeurs de solidarité, de responsabilité et au bout du processus éviter que des adolescents prennent des risques inconsidérés. A son issue, ils ont pu prendre la parole : « Pourquoi nous interdit-on d’immigrer » a demandé l’un d’eux. « Il ne vous est pas interdit d’immigrer, mais il faut le faire par la voie légale. C’est l’immigration clandestine qui est interdite » a répondu Alphonse Krécoum.

L’A-Dieu au jeune adolescent s’est terminé par des chants : « Non ! je dis non à l’immigration, je dis non pour quitter ma belle Côte d’Ivoire…Je suis jeune…Je veux être à l’école…mes études avant tout », ont chanté en choeur les enseignants. Puis ce sont ceux des élèves de la classe de 4eme de Laurent-Barthélémy qui ont retentis : « Nous te pleurons, tu as été notre frère, que Dieu t’accueille auprès de lui ».

Nous aussi prions pour Laurent-Bathélemy, pour sa famille et ses amis dont la douleur est vive et pour la paix dans le monde ; sans elle  on ne peut songer au développement. Les conflits éthniques, les guerres civiles et religieuses sévissant aux quatre coins du globe sont des facteurs d’immigration puisqu’ils poussent les populations à fuir leur pays. Que l’Esprit Saint suscite une prise de conscience universelle et des vocations pour apprendre aux peuples à exploiter et mettre en valeur les richesses naturelles de leur pays. En décembre dernier le pape nous invitait à prier « Pour que chaque pays prenne les mesures nécessaires pour faire de l’avenir des enfants une priorité, particulièrement ceux qui sont en souffrance ». En janvier il nous rappelait que : « Notre foi nous conduit à répandre les valeurs de paix, de coexistence, en faveur du bien commun ». En ce mois de février, il nous appelle à entendre le cri des migrants dont beaucoup sont victimes de trafics criminels : « Souvent, les migrants sont victimes de trafics criminels et de la traite. Entre autres causes, cela est dû à la corruption de ceux qui sont prêts à tout pour s’enrichir… Prions pour que le cri de tant de migrants, victimes de trafics criminels et de la traite soit entendu et pris en compte ».

Georgette

Sources : La croix – Africa Radio – Vatican News

X