Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples… (Is 60, 2). Les difficiles actualités du mois de décembre ont été éprouvantes. Des attaques meurtrières ont endeuillé le continent Africain : 85 soldats tués au Niger le 11 décembre et 14 le 25 – le 24 décembre, 42 morts suite à un attentat sur un marché au Burkina Faso – le 28, 80 personnes décédés et 70 blessés dans celui de Mogadiscio au Niger. En ce qui concerne les dégâts causés par les dérèglements climatiques, l’année 2019 a été catastrophique. Aucun continent n’a été préservé. Mi-mars, les cyclones Idai et Kenneth ont provoqué la mort de 1900 personnes (notamment au Mozambique). A la même période, les Etats-Unis ont connu d’importantes inondations. La Chine et l’Inde ont également payé un lourd tribu aux intempéries (300 morts en Chine et 2000 en Inde). Le Japon n’a pas été épargné. L’ouragan Dorian a endommagé 70% des habitations aux Bahamas (Les dommages ont été évalué à un quart du P.N.B.). En Californie, le feu, attisé par des vents secs et violents, a détruit plus de 30 000 hectares de forêt causant plus de 25 milliards de dégâts. Depuis Septembre, l’Australie est ravagée par des centaines d’incendies qui, à ce jour, ne sont pas encore maîtrisés. Ces derniers mois la France a subi, elle aussi, tempêtes et inondations. Notre pays, confronté à une précarité grandissante, est actuellement partiellement paralysé par le mouvement social contre le projet gouvernemental de réforme des retraites. Il impacte la vie de tous les Français. A tous ces maux s’ajoute la crise que traverse l’ Eglise. *

Ce triste constat ne doit cependant pas nous conduire au pessimisme. Il est même salutaire puisqu’il nous invite à « regarder » le monde tel qu’il est, à réfléchir sur la façon de redonner du sens à nos vies. Il nous invite à  vaincre nos peurs, à découvrir ce qu’il y a, malgré tout, de beau et de bon dans l’Humanité. Dans son homélie du 4eme dimanche de l’Avent, le Père Alexandre nous interrogeait : « Où trouverons-nous la force du geste qui fait vivre ? Et la force du pas suivant ? Et cette capacité intérieure à s’ajuster aux situations, aux autres, à Dieu… ». En ce dimanche de l’Epiphanie, la lecture du prophète Isaïe nous donne un début de réponse : « Elle est venue ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée vers toi… Les nations marcheront vers ta lumière … Lève les yeux alentour, et regarde … » (Is 60, 1 à 4). Dans ce texte, il est question de lumière, de clarté, d’aurore et, les versets qui suivent, nous parlent de paix, de justice, de Salut et de Louange : «  Je te donnerai, comme surveillants, la paix, comme gouvernants, la justice. On n’entendra plus parler de violence dans ton pays, de ravages ni de ruines dans tes frontières. Tu appelleras tes remparts « Salut », et tes portes « Louange ». (Is 60, 17-18).

Ce récit, à l’origine d’un chant bien connu et aimé de tous :  « Jérusalem, Jérusalem, quitte ta robe de tristesse… Debout, resplendis car voici ta lumière… », est source d’Espérance. En effet, Isaïe y témoigne de sa foi inébranlable en Dieu au moment même où, malgré le retour de la déportation à Babylone, le peuple est particulièrement découragé. En effet, la population, composée de Juifs restés au pays et d’étrangers (donc païens) avait pris des habitudes jugées hérétiques par ceux revenus de l’exil. Suite à un désaccord concernant la féquentation du Temple, ils avaient fait obstruction à sa reconstruction. Cette opposition était à l’origine d’une vive tension dans tout le pays… Les années passant, le découragement avait gagné le peuple. Mais pour Isaïe et Aggée (un autre prophète), morosité, abattement et lamentations n’étaient pas dignes de ce petit peuple. Ils invitèrent donc ses habitants à se mettre au travail et à croire en leur aptitude à reconstruire le pays et le Temple.

Certes, ce que nous vivons est différent ! Mais ce texte nous invite, malgré les événements actuels, à ne pas « baisser les bras ». Il nous demande d’acquérir cette certitude : Dieu nous a créés capables, nous a donné la force, même dans l’adversité, de bâtir notre « maison commune ». Si nous nous mobilisons pour participer à sa construction, un autre à-venir, est encore possible ! Il faut que chacun de nous demeure actif sur la route que Dieu nous trace ! Sa bénédiction ne peut venir sans une réelle participation de notre part. La nuit est encore épaisse et voile la lumière. Néanmoins, si sous la conduite du Christ, nous nous mettons en route, un jour nouveau peut se lever. L’avenir n’est pas prédéterminé, il n’est pas déjà tracé. La création, voulue par Dieu, est toujours en devenir.

Cet à-venir se réalise dans un double mouvement. Le premier consiste à chercher et à écouter Dieu avec confiance. Sa lumière doit éclairer notre foi. Le second nous demande de nous mettre à l’œuvre, de changer notre regard sur les autres, de travailler pour plus d’égalité et de fraternité. Il nous invite à distinguer les signes qui nous disent qu’un autre monde est encore possible. Toute l’Écriture, de la Loi de Moïse aux Écrits des prophètes, nous rappelle que l’avenir ne peut se construire qu’en collaboration étroite avec Dieu. **

En ce dimanche de l’Epiphanie, demandons à l’Esprit Saint de nous guider afin que le droit à la dignité de tous les peuples voit le jour. Qu’à sa lumière nous comprenions que, quand la vie du pauvre est sauvée, quand le faible est protégé, quand la nature est respectée, quand règne la justice et la paix, le royaume de Dieu voit déjà le jour.

Georgette

 

Sources : * La Croix –  ** Marie-Noëlle Thabut

Image : Vision de St Pierre Nolasque rêvant de la Jérusalem Céleste par Francisco de Zurbaran (1598-1664) – Musée du Prado à Madrid – Wikimédia Commons – Domaine Public.

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