Dans huit jours nous fêterons Noël. Pour mieux entrer dans la compréhension de la fête de la nativité, contemplons l’icône de Roublev (né vers 1360-1370 – + vers 1427-140). Datant du 15ème siècle, elle dépeint la venue de Dieu dans le temps historique. Ce que nous disent les lectures de la nuit de Noël, elle nous les montre : « … un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».(Is 9, 5) – « …la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes … il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous en purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. » (Tt 2, 11 et 14) et enfin : « Aujourd’hui dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur »(Lc 2, 11).

 

L’incarnation est le fondement de cette icône qui « nous parle d’un Dieu fait Homme afin que l’homme devienne Dieu ». Elle nous place devant le témoignage visible du dogme de la foi chrétienne : « il est Dieu, né de Dieu … engendré, non pas créé, de même nature que le Père et par lui tout a été fait » et nous montre l’effet de cet événement sur la vie du monde créé. Selon St Grégoire de Naziance : « la Nativité n’est pas la fête de la création mais de la re-création »(Homélie 38 sur la nativité). Elle sanctifie tout l’univers.

 

Détaillons la : en son centre, Jésus est couché dans une mangeoire ressemblant à un tombeau, ses langes évoquent le linceul de la passion à venir et la grotte noire, les enfers, le « royaume » des  morts. Ce bébé est né pour mourir, pour donner sa vie. Il est le chemin de l’Anastasis (Résurrection en grec). Il nous dit que, même si depuis notre naissance, nous sommes en chemin vers la mort physique, nous pouvons métamorphoser cet « être-pour-la mort » en « être-pour-l’Amour » grâce à l’amour Divin qui, plus fort que toutes nos morts, donne vie !. La tache blanche et or de l’enfant enveloppé d’une sorte de suaire nous révèle la mission du Christ. Il doit mourir pour ressusciter. La Vierge Marie a une position centrale. Comme toute femme venant de donner la vie, elle repose sur un tapis rouge symbolisant l’Esprit Saint et sa dignité de Mère de Dieu. La forme de cette couche n’est pas sans rappeler la forme d’un haricot dont Marie est le centre. Par son fiat, nouvelle Eve, elle est devenue le « germe » de la re-création. Elle ne porte pas son regard vers son fils. Tournée vers ceux qui regardent l’icône, elle semble les inviter à découvir le but de cette naissance : Dieu est venu révéler le sens ultime de l’univers, sa raison d’être : A la lumière de la Résurrection, il est appelé à se transformer pour qu’advienne Son royaume de joie et de paix. A droite, deux bergers, avertis de la naissance du Sauveur, s’avancent dans la confiance et la foi. Les anges glorieux à gauche ne sont pas placés dans le coin de la composition (comme ils le sont dans les icones byzantines). Ils sont représentés inclinés près de la mangeoire (la crèche) dans laquelle repose l’enfant. Ils deviennent des participants directs dans l’acte d’adoration du nouveau-né, ils nous invitent à faire de même.

 

En haut, à gauche, les Mages représentent les trois âges de la vie : la jeunesse, la maturité et la vieillesse. Ils cheminent par un chemin plus long, celui de la recherche et de la connaissance de Dieu. Le groupe d’anges à droite rappelle la nature divine de l’enfant. Ceux situés vers la gauche adorent Dieu, ceux plus à droite annoncent au monde la grande nouvelle de la nativité.

 

En bas, à droite, des femmes préparent le bain de l’enfant. Cette scène vise à montrer la réalité de l’Incarnation : le Seigneur, comme tous les nouveaux-nés a besoin d’être lavé et habillé. Joseph, à gauche, se tient à l’écart. Méditatif, il subit la tentation du doute. Un vieillard courbé, vêtu de peaux de bête, appuyé sur un bâton rappelant un peu la forme d’un serpent, représente le tentateur : « Cette conception virginale est impossible semble-t-il lui souffler ». Dans la personne de Joseph, l’icône nous révèle que son doute n’est pas uniquement un drame personnel, il est celui de notre humanité qui a tant de  mal à admettre ce qui la dépasse.

 

Le décor nous invite également à la méditation. Les montagnes, assez escarpées, sont comme en mouvement. Elles sont le signe que toute la terre est visitée : comme une pâte qui a reçu du levain, elle commence à se soulever et à fermenter. Sous le centre de l’icône, l’âne, le boeuf et un arbre rappellent les prophéties d’Isaïe. La présence des bêtes gardées par les bergers, les arbres et les plantes nous disent que toute la création participe à cet événement.

 

L’icône de la nativité de Roublev est véritablement une catéchèse qui nous dit que Dieu a assumé une entière humanité dans l’incarnation. C’est ce que nous rappelle la belle prière de St Grégoire de Naziance (329-390): « … le Verbe se fait chair, l’Invisible se fait voir, l’Impalpable peut être touché, l’Intemporel commence, le Fils de Dieu devient le Fils de l’homme : c’est Jésus-Christ, toujours le même, hier, aujourd’hui et dans les siècles. » (Prière sur la Nativité). Tout au long de cette semaine, pensons-y !

 

Georgette

Sources : Art de l’Icône et Ortodox Wiki

Photo : L’icône de la nativité de Roublev – Cathédrale de l’annonciation de Moscou – Wikimédia Commons – Domaine public.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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