Quelle est la dernière fois que vous avez éprouvé de la joie ? Dans quelles circonstances ?

Il y a la joie d’un travail bien fait, la joie de l’amitié ou de l’amour, les joies simples de la vie ordinaire, la joie après une grande tristesse ou un combat, les joies graves et les joies légères, la joie de la réconciliation, la joie de la prière…

  • Nous aborderons 3 points, en ce « dimanche de la joie »: Qu’est-ce que la joie ? Comment discerner la joie qui vient de Dieu ? Comment cultiver cette joie ?

 

Qu’est-ce que la joie ?

 

On peut commencer par définir ce qu’elle n’est pas. Quel est le contraire de la joie ? Beaucoup répondent : la tristesse… Pourtant la joie peut cohabiter avec une certaine tristesse, avec une certaine aridité, comme l’indique le prophète Isaïe : « Le désert et la terre de la soif, qu’ils se réjouissent ! Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie. »

Le contraire de la joie, ce n’est pas la tristesse, c’est l’éloignement de Dieu. La joie, c’est la présence de Dieu, la présence du divin dans le plus humain.

Comme Dieu quand il se donne, la joie est gratuite. On ne peut pas produire la joie. Elle n’est pas le fruit de notre volonté. Elle est un don, le don de Dieu. Une présence mystérieuse et fragile.

La joie est notre plus ardente aspiration, mais elle ne se commande pas : elle arrive souvent par surprise, au détour d’une parole, d’une rencontre, d’un silence, d’un visage ou d’un rire…

La joie est gratuite et libre, inattendue… Comme Dieu, elle arrive souvent à l’improviste.

Elle est un fruit de l’amour, un fruit de l’Esprit Saint. La joie vient de la reconnaissance que l’on est aimé au-delà de tout. Elle est une participation à la joie même de Dieu.

 

Comment discerner la joie qui vient de Dieu ?

 

Quand on regarde toutes les joies qui nous traversent, on s’aperçoit qu’il y a différents types de joie : il y a les joies du monde et les joies conformes à la volonté de Dieu ; les plaisirs éphémères et la joie profonde, qui demeure et qui dure.

Notre société est capable de produire de multiples plaisirs… Mais est-elle capable de produire la joie profonde ?

Pour discerner la joie de Dieu, reconnaître quand la joie divine est proche, il faut s’interroger : Est-ce bien elle ? Est-elle bien là ? Comme Jean-Baptiste dans sa prison, qui demande à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Discerner la joie profonde, comme Saint Ignace qui, après avoir été blessé au combat, remarque, sur son lit d’hôpital, que la lecture des romans de chevalerie le remplit de joie sur le moment, mais lui laisse une insatisfaction après coup ; alors que la lecture de la vie des saints lui procure une joie durable, celle de servir Dieu.

Discerner la joie qui vient de Dieu suppose donc de s’arrêter pour repérer nos mouvements intérieurs, mettre un nom sur ce qui nous habite, relire le chemin de la joie en nous, rendre grâce pour la joie reçue et choisir la joie comme boussole.

 

Comment cultiver cette joie ?

 

Qu’est-ce qui nous empêche de vivre pleinement cette joie d’être au Seigneur ? Dans quel Exil vivons-nous ?Nous avons parfois le sentiment d’être éloignés de la source de la joie,  bloqués par nos peurs et nos résistances,  prisonniers des personnages et des masques que nous portons.

Comment libérer en nous la source divine de la joie ? C’est comme un barrage qui aurait retenu de l’eau pendant très longtemps et qui cèderait sous la pression. Il faut laisser la joie déborder et rompre nos barrières et nos barrages intérieurs.

Au cours de ma vie, avant d’entrer au Séminaire, j’ai fait l’expérience de ne plus être dans la joie profonde. Je donnais le change. Je faisais semblant d’être heureux, mais au fond de moi, je n’étais pas heureux, je n’arrivais pas à laisser libre cours à la joie qui vient de Dieu.

On ne peut pas produire la joie, mais on peut préparer les conditions de sa venue. Et la cultiver, quand elle est là. C’est un bien précieux, il faut en prendre soin. Particulièrement dans notre monde rabat-joie et désenchanté.

Pour cultiver la joie qui vient de Dieu, il faut un esprit d’enfance. Si l’on y réfléchit, on associe souvent l’enfance à la joie… Or, l’enfance est un âge difficile en soi, parce que c’est l’âge de la fragilité, de la dépendance. Mais l’enfant est heureux parce qu’il accepte sa dépendance et sa fragilité. Il fait confiance. Jésus nous donne les enfants en exemple. C’est du sentiment de leur propre impuissance que les enfants tirent leur joie. Se savoir enfant de Dieu, voilà la source de la joie !

Ce n’est pas en une heure par semaine que l’on apprend la joie. Il faut chaque jour apprendre à maintenir dans le monde cet esprit d’enfance, cette simplicité, cette fraîcheur, cet humour et cet enthousiasme, cet esprit de louange et de gratitude.

Voilà le secret de la joie imprenable : cultiver cet esprit d’enfance. Alors la joie viendra, tôt ou tard, comme le souligne Saint Jacques : « En attendant la venue du Seigneur, prenez patience. Voyez le cultivateur : il attend les fruits précieux de la terre avec patience, jusqu’à ce qu’il ait fait la récolte précoce et la récolte tardive. »

 

Père Edouard

X