« L’éternité, c’est long, surtout vers la fin… » Ce bon mot de Woody Allen montre notre difficulté à parler du Ciel, parce que cette réalité nous semble tellement immense ou totalement décalée par rapport à  notre expérience quotidienne. Mais il est important de parler du Ciel, de désirer le Ciel et de s’y préparer !

Qu’est-ce que « le Ciel » ?

Cf. 1Jn (2ème lecture) : « Nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. » Le « Ciel » n’est pas un lieu mais un état, dans lequel l’être humain est divinisé : il est rempli de l’amour de Dieu et voit Dieu face-à-face (et non plus dans l’obscurité de la foi).

« Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ (la Vierge Marie, les anges, tous les saints) dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Ecriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis (jardin des délices) » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1027).

Pour avoir une intuition de ce qu’est le Ciel, on peut partir de l’aspiration au bonheur qui nous habite tous : « Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1024).

Le Ciel, c’est notre destinée, ce pour quoi nous sommes faits. Il n’y a qu’une seule destinée humaine : le Ciel. C’est pour cela que nous sommes créés. C’est à ce bonheur que nous aspirons, comme le répète Jésus dans l’Evangile des Béatitudes : « Heureux ! »

Qui est au Ciel ?

Cet état de bonheur parfait n’est pas garanti automatiquement. Car c’est une réalité d’amour, dans laquelle nous ne pouvons entrer que librement. L’amour de Dieu est offert à notre liberté. Dieu s’arrête à la porte de notre liberté.

Ainsi, nous comprenons qu’il est possible de « rater la cible » (= c’est le péché : rater volontairement l’Amour, rater le Ciel). Il est possible de refuser librement cette offre divine de l’Amour. L’Eglise, à la suite du Christ, avertit les croyants sur la « triste et lamentable réalité de la mort éternelle », appelée aussi « enfer » (= un état d’auto-exclusion, de séparation éternelle avec Dieu – en qui seul l’homme peut avoir le bonheur auquel il aspire).

Qui est au Ciel ? « Ceux qui meurent dans la grâce et dans l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1023).

« La mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1021). Le Nouveau Testament parle d’un jugement particulier de chacun, dès sa mort, en fonction de ses œuvres et de sa foi. D’où l’importance, pour les croyants, d’une mort accompagnée par l’Eglise (notamment à travers les Sacrements).

Le temps de la purification (purification de tous nos refus d’aimer) nous est offert par la grâce pendant notre séjour sur terre : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leur robe, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. » (Ap, en 1ère lecture). Ou bien après la mort, dans le temps du « purgatoire » (état de purification pour ceux qui sont destinés au Ciel après leur mort, mais insuffisamment préparés).

Quel est le rapport le Ciel et notre vie d’aujourd’hui ?

Il y a un enjeu de foi : la foi en Dieu et l’espérance du Ciel sont étroitement liées. Croire en Dieu, c’est croire en l’Amour infini et croire en l’appel qu’il nous fait de le rejoindre pour une éternité de joie.

Le « Ciel » n’est pas aussi séparé de notre existence humaine qu’il le semble. Ce « vivre avec le Christ » commence aujourd’hui : « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu » (1Jn en 2ème lecture). Il faut un regard de foi pour voir le Ciel qui commence aujourd’hui dans cette vie concrète qui est la nôtre : « la vie éternelle est déjà commencée » !

La clé, c’est d’accepter de dépendre de Dieu, de vivre par un autre que soi (cf. la parole de Jésus dans l’Evangile : « Heureux les pauvres de cœur ») : le Ciel est notre seule destinée, mais nous ne pouvons que le recevoir. Nous ne pouvons pas nous le donner à nous-mêmes. Nous devons apprendre chaque jour à recevoir le Ciel, humblement, par une vie qui ne soit pas centrée que sur nous-mêmes, mais aussi sur Dieu et sur les autres.

 

P. Edouard

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