Jeudi 29 Août, la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi de bioéthique a accueilli, de manière cordiale, les représentants des cultes catholique, protestant et juif (Haïm Korsia : grand rabbin de France, Mgr Pierre d’Ornella : responsable du groupe de travail sur la bioéthique de la Conférence des évêques de France et François Clavairoly : président de la Fédération protestante de France).

La rencontre s’est déroulée dans un climat jugé serein. Les députés ont remercié les trois religieux pour : « leur volonté d’apaisement », « la richesse de leurs interventions » et « la puissance de leurs réflexions ». Cette bonne ambiance n’a cependant pas empêché les trois invités d’exprimer leurs inquiètudes et leurs réticences.

Mgr d’Ornellas, bon connaisseur des différents dossiers dans leur dimension scientifique a abordé plusieurs sujets dont celui de la PMA et de la GPA. Lorsque le député Jean-Louis Tourraine a évoqué des histoires de GPA dans la Bible ou des bricolages de filiation entre Joseph et le Christ, il lui a rétorqué : [« Dans ce cas, comme dans les autres, les mères porteuses bibliques sont des esclaves » et il a poursuivi :« que sous les ors de la République, nous soyons sensibles à la théologie, j’en suis heureux. Mais prendre exemple de ce qui est écrit sur Joseph, Marie et Jésus pour résoudre les problèmes de modèles familiaux, c’est faire fausse route … On ne peut pas utiliser de façon fondamentaliste un texte pour résoudre nos petits problèmes humains, il n’est pas là pour ça »]. Il a profité de la tribune qui lui était offerte pour demander aux députés le rétablissement du délai de réflexion obligatoire avant un avortement supprimé en 2016. Dans sa volonté d’être constructif, il a trouvé un point d’accord avec Jean-Louis Touraine sur la nécessité de sensibiliser davantage le public aux questions de fertilité. François Clavairoly, quant à lui, les a interrogés : « Faut-il encourager la fabrication d’enfants à la demande ? » et Haïm Korsia a précisé : « Nous vivons dans la société du désir », la qualifiant de société adolescente qui « veut tout et tout immédiatement »…

En fin de séance, Aurore Bergé, secrétaire de la commission a souligné : « Vous posez des questions fondamentales, qui nous traversent aussi comme législateurs ».

Cependant, les trois responsables religieux savent que le débat sera rude. Il y a peu de temps, François Clavairoly faisait part de son regret devant  :  « une compartimentation : d’un côté les religieux, de l’autre les laïcs philosophes, chacun est assigné à résidence et le débat entre nous ne peut pas avoir lieu ». Quant à Haïm Korsia, au député qui lui demandait : [ « Selon vous, l’ouverture de la PMA va-t-elle créer une fracture dans la société française ou au contraire l’apaiser ? », il a répondu : « C’est entre vos mains »].

Le même jour, Mgr de Moulins Beaufort, nouveau président de la Conférence des évêques de France et le Père Thierry Magnin le secrétaire, ont été reçus à l’Elysée pour une visite de courtoisie au président de la Répulique.

Emmanuel Macron était accompagné de son directeur de cabinet. Ils se sont entretenus sur divers sujets. Les deux ecclésiastiques ont   fait part de leurs inquiétudes quant à la révision prochaine des lois de bioéthique. Mgr Eric de Moulins-Beaufort a spécifié  : « notamment quant à la filiation, la place de la technique ou encore à l’enseignement donné aux enfants sur tous ces sujets » et il a précisé : « Nous avons pu nous exprimer de façon ample et vaste et le président de la République nous a répondu de même. Il n’a pris aucun engagement car ce n’était pas l’objectif de cet entretien … »

Les auditions devant la commission vont s’étaler jusqu’au 9 Septembre. A cette date, trois ministres s’y s’exprimeront : Agnès Buzyn pour la santé, Nicole Belloubet pour la justice et Frédérique Vidal pour l’enseignement supérieur. La commission, composée de 72 élus, examinera ensuite le texte durant deux semaines (les amendements devant être déposés avant le 5 septembre). Le texte arrivera en séance le 23 Septembre prochain. Il devrait être adopté début octobre, avant une première lecture au sénat. L’adoption définitive du texte est prévue au plus tard pour début 2020.

Devant cette actualité, il est nécessaire de prier pour que : le dialogue mène à la sagesse et ainsi que le soulignait Mgr Aupetit : « nous prenions la mesure des changements de société qui peuvent nous impacter » et afin que la contribution de l’Eglise puisse permettre : « dédifier un monde meilleur qui ne soit pas le « meilleur des mondes ». *

Georgette

Sources : Journal la Croix du 30 Août 2019

* L’Eglise Catholique de Paris janvier 2018

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