O vos omnes qui transitis per viam, attendite, et videte si est dolor sicut dolor meus.

Les badauds vont voir. Des gens prient, des jeunes chantent sur le parvis de Notre Dame de Paris.

Une vieille poésie latine résume l’ambiance, celle de la mort du Christ : « O vous tous qui passez, arrêtez-vous et voyez comme est grande ma douleur », des mots justement attribués, par la liturgie, à la Vierge Marie.

Aujourd’hui, nous ne savons pas encore si tout ce qui ne s’est pas écroulé risque encore le danger. C’est comme un samedi saint, l’expectative, en attendant les batailles de sous, de responsabilités, de projets d’architectes. Refaire à l’ancienne ? Profiter d’une création ? En cinq ans, en trente ans ? Qui sera le Violet Leduc ?

La mémoire est touchée, c’est-à-dire la France. On commence à prononcer son nom comme un trésor. On aperçoit de qui et de quoi nous sommes issus. L’anarchie, comme société, nous guettait puisqu’on avait méprisé l’histoire, nos sources : ni Dieu, ni parents, ni hiérarchie. Or, dans l’émotion publique, les responsables opposés se mettent à prononcer des paroles justes, les gens se sentent ensemble.

Et comme aux premières lueurs de Pâques, on ne sait pas encore ce qui est essentiel, ce qui demeure, ce qui va surgir, mais on attend. La vie se révèle devant nous ; et Paris a toujours su faire !

J’aime bien parler du Mystère pascal, mort et résurrection du Christ, à travers ce que nous vivons. La victoire du Seigneur sur la mort.

Reste à bien discerner ce qui est mortel et ce qui ne l’est pas. Ce qui a valeur de relique ou non. Le matériel s’use. Si l’art précieux est souvent aux frontières de l’âme, la richesse reste ambiguë. Ne confondons pas la mise en valeur d’un objet, d’un édifice, et sa signification intemporelle.

Les vraies pierres de l’Église sont vivantes, écrivait saint Paul. Et cette Église là, quand elle un pan de ruines, saint François montrait qu’elle se rebâtit ; et même sa flèche s’élève avec les siècles.

Père Jean Poussin

 

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