Comme les semaines précédentes, nous méditerons cette fête à l’aide de deux tableaux : l’icône du Baptême du Christ – école de Novgorod -15ème siècle (ville du Nord Ouest de la Russie, célèbre par sa production d’icônes se caractérisant par des couleurs ocre, jaune, blanc, rouge et vert) et le tableau de Piero Della Francesca connu également sous le nom de Pietro Borghèse (entre 1412 et 1420 + le 12-10-1492) de Borgo San Sepolcro (actuellement Sansepolcro) en Toscane. Peintre et mathématicien, il est une figure importante de la Renaissance Italienne.

 

L’icône du Baptême de Novgorod (15ème siècle)

 

Au premier abord, comme toute icône, elle peut paraître austère. Mais ce rigorisme est atténué par le fond or (il symbolise les cieux, le rayonnement sacré et le royaume céleste où la nuit ne tombe jamais). Chaque détail devient théologique et nous invite à la compréhension de Dieu, à la contemplation d’un monde invisible. Ici, Jésus est nu [(comme le jour de sa naissance et comme au jour de la croix et de la mise au tombeau) « sorti nu du ventre de sa mère, il s’en ira comme il est venu »(Ec 5, 14)]. Debout, après son immersion dans le Jourdain, il se dirige vers Jean Baptiste. C’est une traversée (celle de la mort à la vie). Le fleuve est représenté semblable à une grotte [celle du lieu de Sa naissance (sans doute inspirée par le récit de la nativité de St Luc (Juif hellénisé) qui nous parle d’une crèche, « cripia » en latin, désignant une mangeoire qui se trouvait peut-être dans une grotte aménagée en étable) et celle du tombeau où il sera enseveli]. Dans l’eau, nous pouvons voir des poissons (ce mot, dans la langue grecque des évangiles, s’écrit « ichthus ». Le poisson représente le Sauveur dans l’église primitive et ses lettres sont un acronyme d’un titre christologique traduit par : « Jésus, Christ, Fils de Dieu, Sauveur »).

Le poisson est un symbole baptismal. Les petits personnages, tout en bas, personnifient les forces du mal et la mort. Ils semblent terrorisés par la force du courant dont parle Ezéchiel : « …cette eau coule vers la région de l’orient, elle descend dans la vallée du Jourdain et se déverse dans la mer Morte dont elle assainit les eaux…en tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre… » (Ez 47, 8-9).

Jean le Baptiste, debout à gauche, baptise Jésus [dont la tête est ornée d’un nimbe crucifère (cercle lumineux ici orné d’une croix rouge rappelant à la fois la pourpre royale et le sang du supplice)] par le geste de l’imposition de la main (le même que celui du baptême). L’Esprit Saint se donne alors à voir au dessus de la tête du Christ et c’est Sa force qui nous aide à lutter contre le mal et nous fait passer de la mort à la vie. Dans le Jourdain, ce baptême d’eau et d’Esprit est l’annonce de leur défaite. A droite, les anges, [s’ils ne sont pas mentionnés dans les évangiles à ce moment là, ils sont présents à la fin de son séjour dans le désert : « Alors le diable le quitte.

Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient » (Mt 4,11)] se prosternent devant Lui et tiennent en main les vêtements du Christ, prêts à l’accueillir à la sortie des eaux. On peut y voir, là aussi, une allusion au rituel baptismal : « baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ ». De chaque côté du fleuve, des rochers arides s’élèvent formant des montagnes. Mais ils semblent se fissurer, s’ouvrir. L’eau qui redonne vie peut y pénétrer (ce qui dans l’icône se traduit par la présence de quelques petites plantes). Tout en bas, une plantule sort de terre. Elle rappelle la prophétie d’Isaïe : «  Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur… » (Is 11, 1) – « Que la terre s’ouvre, produise le salut Moi le Seigneur je crée tout cela » (Is 45, 8).*

 

Le baptême du Christ de Piero Della Francesca  (15ème siècle)

 

Cette œuvre date de la fin de la décennie 1440-1450. Il s’agit de la partie centrale d’un polyptyque commandé par l’abbaye de l’ordre Camaldule (moines bénédictins) de la ville natale du peintre. Elle aussi illustre le baptême de Jésus dans le Jourdain (ici schématisé par un S).

Au premier plan, Jean Baptiste verse l’eau sur la tête de Jésus [baptême par infusion (du verbe latin infundere « verser, arroser, répandre ») ; Son visage est celui d’un homme simple, mais sa position (il se tient bien droit), son regard majestueux et son corps blanc, semblable à de l’albâtre, font penser à un dieu grec. Jean-Baptiste se sert d’un bol en bois respectant avec rigueur la perspective d’un cercle légèrement incliné. La colombe du Saint-Esprit occupe une partie du ciel, parmi le feuillage de l’arbre. Vue de face, elle est parfaitement symétrique (l’axe de symétrie a été placé au milieu du Corps du Christ lui-même au milieu du tableau). Ces détails nous montrent que l’artiste a utilisé son savoir de mathématicien pour le composer.

A gauche de l’arbre apparaissent trois anges aux visages identiques mais les attitudes et les vêtements sont différents [ils symbolisent la Trinité (Père, Fils et Esprit)]. Comme un appel, celui de droite regarde en direction du spectateur.

Au second plan, un jeune homme se déshabille pour entrer dans le baptistère. Au troisième, nous pouvons distinguer trois religieux revêtus d’un costume byzantin évoquant l’Orient. Le paysage est celui de la campagne Toscane, région natale du peintre, particulièrement lumineuse. La grande limpidité et les couleurs pastel accentuent cette luminosité. La blancheur des corps amplifie le côté statuaire des personnages. Il se dégage de cette œuvre une impression de douceur, de paix et de sérénité. **

 

Les deux tableaux, si différents, nous invitent, chacun à leur manière, à redécouvrir le sens de notre baptême. Le jeune catéchumène qui se déshabille pour se faire baptiser à proximité du Christ nous rappelle c’est par sa mort et sa résurrection qu’Il nous fait renaître de l’eau et de l’Esprit. Cette renaissance nous ouvre à la lumière si présente chez Piero Della Francesca. Elle nous dit que, éclairés par le Christ, nous sommes invités à une vie nouvelle. L’Icône de Novgorod, quant à elle, nous redit, grâce à ses nombreux détails, que le baptême de Jésus a ouvert un chemin de renouveau. Jean, revêtant le manteau du philosophe par-dessus sa tenue en poils de chameau devient le Baptiste. Dernier des prophètes, il porte en lui l’espoir du peuple de Dieu. Premier des Chrétiens, il fait confiance à Celui qui lui confie la mission de baptiser son Fils, le Messie. En acceptant cette charge, il devient Prêtre mais aussi le Prophète qui annonce la venue de « l’Agneau de Dieu » et le Roi puisqu’il se met à Son service. A son exemple, n’oublions pas que par notre baptême, nous sommes devenu(e)s des Prêtres pour célébrer l’amour du créateur, des Prophètes pour annoncer la Bonne Nouvelle de l’Evangile et des Rois appelés à servir nos frères en Humanité. Portant le nom de Chrétiens, nous devons devenir des missionnaires de l’Amour. La fête du Baptême du Christ est aussi celle de notre baptême dont nous avons à raviver la grâce. Dieu ne nous dit-il pas à chacun cette parole : « Tu es mon enfant bien-aimé : en toi j’ai mis tout mon amour ».

 Georgette

 Sources : * Les Recluses Missionnaires : Communauté Contemplative Canadienne et Jean-Baptiste Images et Symboles.

** Rivage de Bohême – Réflexion, Art, Littérature … Piero Della Francesca : le baptême du Christ.

 

X