Nous allons méditer cette fête qui célèbre l’incarnation du Messie recevant la visite de trois mages à l’aide de deux tableaux de Jean-Marie Pirot, connu sous le nom d’Arcabas. Dans l’orthodoxie, elle porte le nom de Théophanie (des radicaux grecs Théos θεός « dieu », et phan- « apparition ») manifestation de Dieu qui se donne à voir aux Hommes, elle célèbre la naissance de Jésus et son baptême dans le Jourdain.

Arcabas, [26-12-1926 à Trémery (Lorraine) + le 23-08-2018 à St Pierre en Chartreuse (Isère)], est un artiste d’Art Sacré reconnu dans le monde entier. C’est à travers différentes formes d’expression (conception de mobiliers liturgiques, gravures, sculptures, mosaïques, vitraux) qu’il exprimait sa foi. Il trouvait son inspiration dans les récits bibliques. La peinture, sous forme de fresques, tableaux et polyptiques restait cependant son moyen d’expression privilégié. Les symboles sont omniprésents dans ses toiles, notamment une petite croix compacte semblable au signe + (le plus souvent réalisée à l’aide de la feuille d’or). Pour lui, elle est un puissant signe de vie. Souvent présenté comme le peintre de la couleur et de la joie, il y a cependant dans ses œuvres un rapport très étroit à la souffrance humaine, au désarroi. *

1) La convocation des mages devant Hérode. Cette toile  a été exposée dans le cadre d’une exposition sur le thème de l’Enfance du Christ [entre décembre 2001 et janvier 2012 à l’église Notre Dame de la Pentecôte (située sur le parvis de La Défense, elle incarne en ce lieu la mission apostolique de l’Eglise)]. Pour celle-ci, Arcabas s’est ici inspiré du passage de l’évangile de Matthieu lu ce jour : « Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue : puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer… ».(Mt 2, 7-8). Les mages, qui selon la tradition populaire sont au nombre de trois (Melchior le plus âgé , Gaspard l’adulte et Balthazar au visage noir), portent ici des vêtements qui ressemblent à ceux peints sur des tableaux plus « classiques », mais sont plus sobres. Quelques détails nous alertent sur l’ambiguïté de la requête d’Hérode : au centre, le brun domine (le dais sous lequel il se tient – l’un des chevaux – quelques taches sur le manteau du mage situé à droite …). Dans l’antiquité, cette couleur était un signe de deuil puisqu’elle rappelait la feuille morte et symbolisait la destruction. Le manteau violet que porte Hérode rappelle sa royauté (cette couleur rare et coûteuse était réservée aux rois) mais cette teinte, ni chaude ni froide, a longtemps représentée le monde de la mort, la traîtrise. Il règne une impression de chaos : une sorte de porte semble barrer la sortie de la ville, le cheval blanc se cabre. La cabrade (attitude de défense) est le résultat d’une situation stressante pour l’animal. Mais l’ambivalence de la requête d’Hérode est surtout soulignée par son visage olivâtre, sa barbe noire, son regard et sa fine bouche qui esquisse une sorte de sourire. Son dessein est d’ailleurs révélé dans la suite du récit de Matthieu : « Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périrIl envoya tuer tous les enfants jusqu’à l’âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région»(Mt 2, 13 et 16). Les Saints Innocents ont été fêté le 28-12-2018

 

le cheval qui se cabre ⇓

le visage d’Hérode ⇓

 

L’adoration des mages d’Orient : Ce triptyque (peinture à l’huile sur bois), réalisé en 2001, est visible dans l’église Notre Dame de l’Assomption à la Tour du Pin (38). Les mages sont venus adorer l’enfant dont la naissance leur a été révélée par une étoile : «  Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui » (Mt 2, 2). Le panneau central est baigné d’une douce lumière dorée (symbole de pureté, du principe divin, de la lumière et de la perfection). Nous pouvons y contempler la jeune Marie, pieds nus, sobrement vêtue d’une robe orangée (couleur chaude et lumineuse invitant à la joie) et d’un manteau bleu (couleur de la sagesse et de la sérénité) d’une grande simplicité. Elle tient sur ses genoux son enfant. Jésus est légèrement couvert d’un drap blanc. Avec l’aide de Marie, il semble vouloir se mettre debout et il tend les bras dans un geste d’accueil. Melchior apporte l’or (signe de la royauté) et Gaspard l’encens (hommage à la divinité de Jésus). Coffret et flacon sont sobres. Gaspard, dans une attitude de prière, a le regard fixé sur l’enfant qui lui-même semble le regarder avec attention. Leur corps, particulièrement celui de Melchior, semblent flotter dans l’espace, libérés de la pesanteur. Joseph, au visage jeune, apparaît dans l’embrasure de la porte de leur demeure. Il porte une blouse bleue et un jean. Ce n’est pas Balthazar qui présente la myrrhe (elle servait à l’embaument des corps) mais un jeune garçon auréolé. Qui est-il ? Que représente-t-il ? Nulle réponse à ces questions. Mais une œuvre d’art religieux doit garder sa part de mystère. Semblable à une langue dont on ne saurait que quelques mots, elle doit nous inviter à la réflexion! Il faut noter les couronnes épurées et la luminosité des vêtements [de l’orange, du bleu, du vert (couleur de la jeunesse et de la longévité) et du jaune (couleur de la lumière, du soleil et de la puissance), sur le jeune garçon]. La tenue de Melchior, tunique violette et cape rosée, rappelle l’Avent [le violet et le rose (couleur de l’aurore) du dimanche de Gaudete qui nous invite à la joie. Cette couleur se retrouve dans la cape de Gaspard et le pantalon de Balthazar]. Des détails font référence à l’avenir de l’enfant Jésus : l’agneau au pied de Marie couché dans une mare de sang, la croix doré au dessus de sa tête et la forme blanche ovoïde derrière le buste de Balthazar (l’œuf, dans beaucoup de civilisations anciennes représentait la naissance du monde et dans le christianisme, la résurrection et la vie éternelle). **

le visage de Joseph ⇓

Balthazar et le jeune garçon ⇓

Ces deux tableaux nous invite à réfléchir sur le cheminement des mages. Karl Rahner (1904-1984 : écrivain et professeur de théologie) a écrit : « Le cœur des Mages s’est mis en route vers Dieuen même temps que leurs pas se dirigeaient vers Bethléem.Ils ont cherché Dieu, mais c’est Dieu qui conduisait leur recherche[…]Ils le cherchent au firmament du ciel, mais aussi dans leur cœur, dans le silence, et par les questions qu’ils posent aux hommes, y compris aux Juifs et à leurs saintes Ecritures[…].Par une douce condescendance de Dieu, leur science astrologique se trouve être le seul moyen de répondre à leur cœur innocent[…] Ils partent »… Face à leurs questionnements, ils ont reçu un signe….Un appel à se mettre en route qui passera par l’épreuve de la duplicité d’Hérode et l’abandon de leurs certitudes. Devant la tendresse et la fragilité de Jésus, l’Esprit Saint leur parlera : « …ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère, et tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui…Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.» (Mt 2 11-12). Le chemin qu’ils ont parcouru est celui de la conversion et de l’amour ; un chemin qui les a conduit vers le Ressuscité, vers le ciel.  A nous aussi, Il s’offre et Se manifeste dans l’Eucharistie. Apprenons à l’y contempler, présentons Lui le meilleur de nous-même en prenant conscience que nous devons changer nos cœurs. ***

Georgette

*     Arcabas :       Son Œuvre

**   Arcabas :       Triptyque de l’église de la Tour du Pin

*** L’épiphanie :  Fête missionnaire.

Pour ce qui concerne les couleurs et autre symbole : Le symbolisme des couleurs et de l’œuf  et la couleur de Dieu.

Afin de mieux découvrir l’immense artiste qu’a été Arcabas, nous vous invitons à regarder les petites vidéos ci-dessous :

Arcabas le peintre de l’âme : https://www.youtube.com/watch?v=kuaAlwGiySE

Arcabas  est mort              : https://www.youtube.com/watch?v=B68xXV5-06Y

Arcabas à Tamié                : https://www.youtube.com/watch?v=I21SaNY7jM4

Arcabas les deux naissances du Christ : Cette très belle vidéo existe en DVD et peut faire l’objet d’une magnifique catéchèse : https://videotheque.cfrt.tv/video/arcabas-les-deux-naissances-du-christ/

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