Le triomphe de l’Agneau par Van Eyck (1213) – Eglise St Bavon à Gand (Belgique)

L’objectif de l’auteur de cette lettre était de faire comprendre aux Chrétiens, issus du Judaïsme que, même s’ils étaient en relation avec Dieu depuis longtemps, ils ne pouvaient, s’ils restaient attachés au culte et cérémonies de « l’Ancienne Alliance », participer pleinement à celui des Chrétiens. Puisque le Christ était bien le Messie-prêtre attendu, le sacerdoce Juif était devenu obsolète. Ils  devaient vivre désormais sous le régime de la « Nouvelle Alliance » dont le Christ était le seul prêtre.

Dans les versets 11 à 14, il compare l’action des sacrifices faits sous deux aspects.   1) Dans l’Ancienne Alliance, les prêtres se tenaient debout, chaque jour, devant l’autel. Chacun faisait le service qui lui était attribué (l’un tuait l’animal, un autre le découpait, un autre encore en brûlait une partie). Ils répétaient indéfiniment les mêmes gestes pour offrir les mêmes sacrifices. Le Christ, lui, s’est offert ensacrifice pour toujours. 2) Ce culte s’avérait inefficace puisque ce rituel n’enlevait pas les péchés (qui sont les transgressions personnelles d’une personne). Mais Jésus, par le don de sa vie, a enlevé, une fois pour toute, le péché du monde (référence à la nature pécheresse de l’Homme). Il a restauré le dialogue entre Dieu et l’humanité. Les animaux offerts en sacrifice étaient souvent des agneaux. St Jean le souligne : Jean-Baptiste, voyant Jésus venir vers lui, déclara « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde »(Jn 1, 29). Cette expression, il faut le noter, revient plusieurs fois au cours de la liturgie : dans le Gloria : « Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, le Fils du Père ; Toi qui enlèves le péché du monde »,au moment de la fraction du pain lorsque nous chantons l’Agnus Dei : « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous … donne-nous ta paix » et au moment de la communion lorsque le prêtre présente le pain consacré aux fidèles en disant : «Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Cette insistance montre bien que le sacrifice du Christ offrant sa vie, une fois pour toute, est pleinement suffisant pour conduire l’humanité vers la perfection (elle n’a pas ici un sens moral. Il s’agit d’accomplissement, d’achèvement). A la fois prêtre et victime, le Christ nous demande de nous tourner vers Lui. Il est celui qui, avec notre adhésion, nous permettra  d’obtenir une maturité spirituelle nous amenant à une plénitude dont il est le but et la source. C’est là le sens de la phrase : « Par son unique offrande, il a mené pour toujours à la perfection ceux qu’il sanctifie » (He 10, 14). Dorénavant, ceux qui désirent lui appartenir, être à son image, seront présentés « sans tâche » devant Dieu.

Son sacrifice pleinement suffisant, d’une telle efficacité, d’une telle valeur, Lui permet de s’asseoir pour l’éternité à la droite de Dieu. S’asseoir marque le temps du repos après l’œuvre accomplie, en référence à Dieu qui, dans le livre de la Genèse, sanctifie le septième jour : « Ce jour-là ; il se reposa de toute l’œuvre de création qu’il avait faite »(Gn 2, 3).

Celle accomplie par le Christ ne saurait donc se répéter. Les versets suivants demandent quelques éclaircissements : «  …Jésus-Christ …s’est assis pour toujours à la droite de Dieu, il attend désormais que ses ennemis soient à ses pieds ». (He 10, 12-13). L’expression, assis à la droite de Dieu, était en Israël un titre royal. Quand le temple de Jérusalem et le palais royal étaient encore debout. Si on regardait vers l’Est, il se trouvait réellement à la droite du Temple. En contrebas, le trône du Roi se situait donc bien à la droite de ce que représentait le Temple : le trône de Dieu. Le jour de l’onction royale, le nouveau roi prenait donc place « à la droite de Dieu ». Dire que : « Jésus-Christ s’est assis pour toujours à la droite de Dieu », c’est pour l’auteur, affirmer qu’il est vraiment le roi-Messie attendu par le peuple. La phrase suivante, quant à elle, paraît déconcertante par sa teneur. Mais il faut la replacer dans son contexte. Dans l’Antiquité, des silhouettes représentant les ennemis du Royaume étaient gravées sur les marches des trônes. C’était, en quelque sorte, un gage de sécurité pour les sujets. En Israël, ne reste de cette coutume, que cette phrase dite « de la part de Dieu », à chaque nouveau souverain lors de son accession au trône : « Siège à ma droite, et je ferai de tes ennemis le marchepied de mon trône »[Ps 109 (110), 1]. Une manière pour l’auteur de signifier à ses lecteurs que le Christ est bien le descendant de David, le nouveau roi attendu, et qu’avec Lui, le monde ancien est révolu. C’est d’ailleurs bien ce que, guidé par l’Esprit Saint, il atteste : « Voici qu’elle sera l’alliance que j’établirai avec eux … Quand je leur donnerai mes lois, je les inscrirai sur leur cœur et dans leur pensée et je ne me rappellerai plus leurs péchés ni leurs fautes, or quand le pardon est accordé on n’offre plus le sacrifice pour le péché » (He 10, 16-18). Une manière de faire comprendre que, grâce au Christ, tous sont redevenus des Hommes et des Femmes libres, aimés de Dieu.

Lorsque le célébrant, au moment de la liturgie eucharistique, nous invite à la prière par ces mots : « Prions ensemble, au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Eglise » le sens en est différent. Il signifie accomplir un acte sacré (sacrum facere). Le prophète Osée le dit de la part de Dieu : « Je veux la fidélité, non le sacrifice, la connaissance de Dieu, plus que les holocaustes »(Os 6, 6). Sœur Anne Lécu dans son livre Ceci est mon corps, rappelle cette autre phrase biblique : [« Tu ne voulais ni offrande, ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit « Voici je viens » (Ps 39 (40) 7-8). Elle souligne que, lorsque le célébrant prononce cette phrase,  « Vous ferez cela en mémoire de moi », c’est une force pour demain et pour tout de suite quand nous retournons chez nous. C’est un envoi, un appel et une invitation : à vivre dans l’amour, à ne pas tomber dans la jalousie, la haine, la rancœur, la violence … et à faire vivre nos frères.

Georgette

* Sources : Marie-Noëlle Thabut, Bibliquest.

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