En ce 32ème dimanche où  nous commérons le centième anniversaire de l’armistice de 1914-1918, nous fêtons également St Martin de Tours. Le Père Christophe Raimbault, vicaire épiscopal du diocèse de Tours, le qualifie de « St Paul Français ».

St Martin naît en Hongrie sur les frontières de l’empire romain où son père était en garnison. Il manifeste très tôt des vertus chrétiennes en partageant les corvées et les repas avec son esclave. A 15 ans, il doit s’enrôler dans l’armée romaine. Il est muté en Gaule. C’est en 354, à Amiens qu’a lieu la célébre rencontre avec un mendiant (qui n’aurait été autre que le Christ) à qui il donnera une moitié de son manteau (la moitié car selon certains érudits, le légionnaire n’était propriétaire que de la moitié de sa cape, l’autre appartenait à l’armée romaine. D’autres affirment que ce manteau de cavalier romain qui s’appellait une clamyde était  doublée. St Martin aurait offert la partie chaude, gardant l’autre pour lui). Après sa conversion et son baptême, il quitte l’armée en 356. Attiré par la renommée de St Hilaire, il se rend à Poitiers. Avec lui, il fonde le premier monastère des Gaules à Ligugé en Poitou. Choisi comme évêque de Tours, il déployera une intense activité missionnaire en évangélisant la Gaule. Il a marqué l’émergence d’un christianisme européen, latin, occidental, tourné vers le « frère » face à un Orient riche et insouciant. Saint Martin a beaucoup œuvré pour la réconciliation entre les peuples européens . Il est à la fois une figure de paix pour l’Europe et un modèle pour ce qu’elle doit être.  Mgr Gebhart Fürst, évêque de Rottemburg-Stuggart déclarait le 20 mai 2016 dans la cathédrale de Tours qu’à l’exemple de St Martin : [« L’Europe ne peut pas seulement se concentrer « sur l’argent et les performances, mais il doit mettre l’humain au centre »].

La 1ere guerre mondiale a fait près de 10 millions de morts et a  ruiné la France et les pays d’Europe. Le Père François Moreau,moine de l’abbaye St Martin de Ligugé écrivait le 9 novembre 1918 : « Un mot ce soir, il partira demain, veille de St Martin. Est-ce que notre grand St Martin qui a déjà tant fait pour la France ne va pas, cette année, pour sa fête, nous apporter la paix, consécration de notre victoire ? Et quelle joie si cette paix extérieure nous apportait aussi la paix intérieure qu’avant la guerre nous connaissions si peu !… » Sa prière a été exaucée, le 11 Novembre à 9 H 45, le Maréchal Foch envoie le télégramme suivant :« Les hostilités seront arrêtées sur tout le front à partir du 11 novembre, 11 H (heure francaise). Mais l’arrêt des combats n’est pas encore véritablement la paix. Si la guerre est finie, il faut maintenant gagner la paix». En décembre 1918, le pape Benoit XV adressait aux catholiques cette exhortation : « Ce jour que l’univers entier attendait anxieusement depuis longtemps et que tous les peuples chrétiens appelaient de leurs ferventes prières… nous le voyons, est arrivé brusquement. Le bruit des armes a enfin cessé. Une paix solennelle n’a pas encore mis fin à la sauvage guerre, mais cependant cet armistice qui a arrêté les carnages sur terre, sur mer et dans les airs, a heureusement ouvert la porte et le chemin de la paix… Comme cela intéresse souverainement le bien général, c’est un devoir, surtout pour les catholiques qui, par profession, travaillent au bonheur et à la paix de la société humaine, d’invoquer par la prière l’assistance de la divine Sagesse pour les délégués à la conférence de la paix… » (lettre encyclique Quod Iam Diu du 1 décembre 1918).

Chaque dimanche nous célébrons la victoire de l’amour sur la haine, de la vie sur la mort, la paix que le Christ nous apporte. Aujourd’hui, souvenons nous plus particulièrement qu’il y a 100 ans l’armistice marquait la fin de la guerre et qu’un avenir de paix s’entrouvrait. Le pape Saint Jean XXIII le soulignait : « La paix est l’objet du profond désir de l’humanité de tous les temps ».

Plus que jamais nous aspirons à cette paix universelle. En avril dernier, le pape François rappelait ceci : « Le Christ avec sa mort et sa résurraction a vaincu le péché qui séparait l’homme de Dieu, l’homme de lui-même, l’homme de ses frères… Il a rétabli la paix, commençant à tisser la toile d’une nouvelle fraternité… Seule cette fraternité peut établir une paix durable, peut vaincre les pauvretés, peut éteindre les tensions et les guerres … ».(Lors du Regina Cæli – lundi de Pâques 2018),

En ce jour de double commémoration, demandons à Dieu par l’intermédiaire de St Martin : [« de nous donner le souci de vivre au quotidien fraternité et justice dans notre pays, dans notre ville, dans nos quartiers, dans nos paroisses, dans nos associations et dans nos familles. »]. La paix ne peut s’ancrer qu’à partir « d’une vision de l’homme qui sache en promouvoir le comportement intégral » et, « en tenant compte de sa dignité transcendante »]. (Discours du Pape François du 9-01-2017, à l’occasion des vœux au corps diplomatique).

 Georgette

* Sources : diocèse aux armées – Diocèse de Tours – La Croix

 

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