La 1ere lecture de ce 27eme dimanche du temps ordinaire nous parle de la création du monde et, plus particulièrement, de celle du couple homme et femme : [Le Seigneur dit : «il n’est pas bon que l’homme reste seul …»](Gn 2, 18). Or, il faut noter que dans le premier chapitre de la genèse, il est écrit : «Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il les créa, il les créa homme et femme»(Gn 1, 27). Comment comprendre le passage du singulier au pluriel alors qu’il y est question de l’homme créé à l’image de Dieu ?

Rachi [de son vrai nom Rabbi Chlomo Yitshaqi (1140-1205), a vécu et enseigné à Troyes. Seul exégète dont le commentaire sert obligatoirement  à l’accompagnement de tout texte biblique et talmudique, son nom est étroitement lié à la notion d’étude. Rachi n’invente pas sa propre explication, il ne donne pas son interprétation personnelle mais il va les puiser dans le Midrach (compilation et consignation par écrit de toutes les interprétations qui se sont succédées au cours des siècles depuis le don de la Torah]. Son exégèse éclaire le sens de ce récit.  Alerté par la contradiction soulignée plus haut : le passage du singulier au pluriel alors qu’il s’agit d’une créature unique, «l’adam premier» (l’être humain), il se demande comment ce verset peut parler en même temps d’un être et de deux ? Il résout ce paradoxe en faisant appel à ceux du second chapitre de la genèse : «Le Seigneur prit une de ses côtes, puis il referma la chair à sa place. Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme…, on l’appellera femme – Ishsh – elle qui fut tirée de l’homme – Ish – …, tous deux ne feront plus qu’un» (Gn 2, 18 – 21 – 23-24).

Rachi, pour en donner le sens, a choisi, dans tous les commentaires du Midrach, l’enseignement suivant : le récit imagé de la création de l’homme et de la femme se fait en deux temps distincts. Il  y est premièrement question d’un être « androgyne primitif », d’un être bisexuée (Gn 1). Voici ce que dit Rachi : «Au début, il [l’être humain] était d’un côté masculin et féminin de l’autre côté». Dans un second temps, il est coupé en deux êtres sexuellement différents (Gn 2). Ces deux récits soulignent l’apparition d’une humanité caractérisée par la dimension complémentaire du masculin et du féminin. Cette caractéristique du «double visage» se retrouve en chacun et fait  de nous des êtres «de relation».

En choisissant cette notion d’humanité à «double visage» Rachi souligne, ce qui est, pour lui, une évidence : l’homme et la femme sont à la fois semblables et différents. Dans son interprétation, il insiste sur le fait que tous deux ont été créés le sixième jour pour couronner la création (Pour Rachi, il s’agit là d’une allusion au 6 Sivan, date de remise de la Torah au Mont Sinaï). Dire que l’être humain, dans sa dimension «masculine et féminine», a été créé le sixième jour, c’est donc affirmer qu’il est totalement concerné par la loi,  qu’il se définit par rapport à celle-ci dans son aspect transcendant. Etre Humain, c’est avoir intégré son statut de créature transcendantale. C’est accepter que les différences sexuelles s’ancrent dans la similitude et qu’en elles s’enracinent la capacité du dialogue, de la rencontre et nous invitent à vivre en relation avec «l’autre».

Cette exégèse qui présente l’humanité sous les traits de la similarité et de la différence, sous ceux de la soumission à la loi, nous offre donc une image égalitaire. Elle permet également de dire que Dieu met simultanément au monde l’homme et le couple.

Rachi nous offre donc des pistes de réflexion concernant ce passage de l’évangile du jour :«…au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne seront plus deux mais une seule chair» (Mc 10, 6-8). Le pape Benoît XVI dans sa catéchèse du 06-02-2013 souligne que la Bible : «veut nous faire comprendre la vérité profonde de toute chose. Ainsi le livre de la Genèse montre que le monde n’est pas un ensemble de forces opposées, mais qu’il a son origine et sa stabilité en Dieu. L’homme et la femme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, sont le chef d’œuvre de la création. Voilà la plus profonde raison de l’inviolabilité de leur dignité». L’union de la différence et de la complémentarité devient le reflet de la beauté de l’amour créateur qui donne «vie».

Si nous continuons à approfondir le récit des origines, nous constatons que le mariage implique une sorte d’abandon : «L’homme quittera son père et sa mère». Dans cette vision, le couple est perçu comme un commencement nouveau, une promesse. Dans cette perspective, ne faire plus qu’un, c’est avant tout vivre une histoire d’amour, de fidélité, de pardon. C’est admettre les faiblesses de l’autre, l’accepter dans sa différence et la respecter.  C’est aussi reconnaître la dignité de chacun et consentir à ce que deux histoires distinctes, sans se confondre, deviennent indissociables. Cette notion, il est bon de la rappeler dans une société où parfois s’élève «la voix» du machisme ou d’un féminisme exacerbé.

* Source : Le masculin et le féminin dans l’exégèse de Rachi sur la genèse par Jeanine Elkouby

Georgette

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