C’est la rentrée ! Au cours de cette nouvelle année pastorale, nous allons redécouvrir le message de pardon et paix que nous ont donné les moines de Tibhirine et nous nourrirons  notre foi avec l’approfondissement et la méditation de l’évangile de St Jean. Pour nous y préparer, je vous recommande le livre de Sœur Anne Lécu, une belle figure spirituelle contemporaine. En quarante étapes, il nous permet de partir à la découverte de cet évangile. Véritable chemin de conversion, de partage et de prière sous le regard de Marie, de l’apôtre Jean et de Marie-Madeleine, il nous parle au cœur.

Les propos tenus mettent en relief la forte conviction d’Anne Lécu. S’appuyant sur son expérience de médecin en milieu carcéral, elle nous montre comment Dieu vient nous visiter, au cœur même des ténèbres de nos existences, pour y « faire jaillir » la lumière. « Le verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde »proclame le prologue de l’évangile de Jean (9-10).

D’emblée, elle met en relief cette part d’innocence qui, elle l’affirme, est  présente en chacun et interdit les sentences définitives : « Personne ne peut se réduire à son crime, à sa faute, à son malheur » écrit-elle, et elle poursuit : « Jésus le Christ, parce qu’il est l’innocence, voit en nous l’innocence et nous connaît ».Elle nous fait découvrir combien un jugement tranché peut être destructeur, combien il réduit l’autre à ce que nous croyons savoir de lui. Or, malgré nos travers, nos erreurs et nos manquements, nous sommes tous beaux aux yeux de Dieu. Les apôtres Jacques et Paul nous le rappellent : « Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ? » (Jc 4, 12),  « Toi, qui es-tu pour juger le serviteur d’un autre ? Qu’il tienne debout ou qu’il tombe, cela ne regarde que son maître à lui » (Rm 14, 4).Le « maître » de toute vie n’est-il pas Dieu lui-même. Lui ne juge pas mais attend avec une infinie patience une réponse à son amour.

Les écritures ne cessent de nous inciter au contrôle des mots qui peuvent nuire, porter préjudice à autrui : « Mets une garde à mes lèvres. Seigneur veille au seuil de ma bouche »(Ps 140 (141), 3) ; « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue… »(Pr 18, 21) ; « La miséricorde l’emporte sur le jugement… » (Jc 2, 13) ; « La langue…, elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père, elle nous sert aussi à maudire les hommes qui sont créés à l’image de Dieu. De la même bouche sortent bénédictions et malédictions, frères, il ne faut pas qu’il en soit ainsi »(Jc 3, 8-10).Elles nous demandent également de nous garder de tous jugements : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés » (Lc 6, 37).

 Page après page, elle raffermit notre foi en la présence indéfectible de Dieu à nos côtés. Il ne s’arrête pas à nos doutes, à nos trahisons ; il ne cesse de nous faire confiance, et elle précise : « Notre foi n’est pas un préalable à sa confiance, mais une réponse ». C’est ce que déjà nous apprenait le livre de la Sagesse : « Tu as pitié de tous les hommes parce que tu peux tout…Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent…en fait, tu aimes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants » (Sg 11, 23-25).

Avec elle, nous comprenons que l’évangile de Jean nous ouvre à l’espérance, à la gratitude et nous invite à découvrir et participer au lumineux mystère de la miséricorde. Jean, Yohanan en Hébreu signifie : « Dieu fait grâce » ; ce cadeau n’est autre que la manifestation de Son Amour pour l’homme pécheur. Par le Christ, « verbe fait chair » qui a librement donné sa vie pour nous, Dieu a choisi de faire de tout Homme sa maison, gratuitement, sans condition aucune !

Cet évangile de l’amour (Agapé et Philia), fondé sur le don de soi pour que les autres vivent ; elle nous invite à nous en « abreuver » et à le vivre en vérité dans nos rencontres quotidiennes, et, à travers elles, apprendre à découvrir la beauté de toute existence. Elle nous le rappelle : « L’innocence a été déposée au cœur de l’homme dès avant la fondation du monde. C’est elle que Dieu regarde. C’est elle qu’il aime. Sur le reste, il ferme les yeux ».L’innocence dont il s’agit a pour étymologie l’adjectif  hébreu « Naqiy » dont l’une des significations est : être libéré de la culpabilité, épargné du châtiment.

Georgette

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