Les lettres de St Paul aux Ephésiens, au nombre de six, se divisent en deux parties. Les trois premières sont un appel à méditer sur le projet de Dieu pour l’humanité. Les suivantes sont des recommandations pour mettre nos pas dans ceux du Christ. St Paul les commence par ces mots : « Je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation » (Ep 4, 1). La première phrase de celle lue en ce 18eme dimanche du temps ordinaire, peut mettre mal à l’aise. Ne débute-t-elle pas par cette injonction : « … vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée » (Ep 4, 17). Sa radicalité voudrait-elle dire que tout agnostique, tout athée ou tout personne pratiquant une autre religion se comporterait de manière indigne ? Nullement ! Pour mieux comprendre l’invitation de St Paul, il faut approfondir la fin du texte : « Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté… » (Ep 4, 24).

Il fait probablement allusion au rituel du baptême tel qu’il se pratiquait dans les premières communautés chrétiennes. Quand elles ont commencé à baptiser loin du Jourdain, des rivières ou de la mer, elles ont creusé des bassins (généralement en forme de croix). C’était le lieu où s’accomplissait « la mort » et la « résurrection » de l’homme nouveau. Le catéchumène quittait son habit ancien,descendait les marches, était immergé (ce verbe vient du grec baptizô qui signifie « immerger, plonger ») dans l’eau baptismale puis remontait de l’autre côté pour être revêtu d’une tunique blanche, l’habit nouveau, en signe de changement. Lorsque la religion chrétienne est autorisée dans l’empire romain (par l’édit de Milan en 313 après J.C.) puis, quant à la fin du 4eme siècle, elle en devient la religion officielle, des millions de personnes désirent être baptisées. De nombreux baptistères sont alors construits, généralement à l’extérieur des édifices religieux. Cependant pour accéder à la grande cuve baptismale, il faut toujours descendre des marches puis remonter du côté opposé. Il semblerait cependant que le baptême par immersion ait été remplacé, dans certaines circonstances, par le baptême par effusion (action de verser l’eau sur la tête par trois fois).

C’est ce que  souligne la Didaché (manuscrit primitif écrit vers la fin du 1ersiècle après J.C. ou le début du 2eme. Il donne, entre autre, des prescriptions liturgiques concernant le baptême) : « Si tu n’as pas d’eau vive, baptise dans une autre eau ; si tu ne peux pas (baptiser) dans l’eau froide, que ce soit dans l’eau chaude. Si tu n’as ni l’une ni l’autre (en quantité suffisante) verse trois fois de l’eau sur la tête au nom de Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Avec la généralisation des baptêmes des nourrissons, les églises latines ont privilégié ce rituel et la cuve a été remplacée par une vasque sur pied située dans un endroit réservé à cet usage (appelé les fonts baptismaux).

Actuellement la liturgie, issue du Concile Vatican II, met l’accent sur la participation active des fidèles à cet événement. C’est un acte ecclésial (il concerne l’Eglise comprise comme communauté unie par la foi).  Le lieu du baptême est donc devenu un espace ouvert à toute l’assemblée. La tendance revient à une aspersion plus abondante et parfois même à une immersion partielle (c’est ce qui a été vécue par les jeunes collégiens et lycéens de notre diocèse au cours de la veillée de la vigile de la Pentecôte le 19 mai dernier).

Si la manière de procéder au baptême a changé au cours des siècles, ce sacrement (qui comme tous les autres, comporte trois dimensions : un signe visible, une parole entendue par tous et un symbole qui exprime à la fois ce que le signe et la parole exprime), la symbolique de l’eau, en a toujours été soulignée. Le pape François dans sa catéchèse du 2-05-2018 rappelait ceci : [« Considérons tout d’abord l’eau, sur laquelle est invoquée la puissance de l’Esprit,afin qu’elle ait la force de régénérer et de renouveler (Jn 3, 5 et Tt 3, 5). L’eau est matrice de vie et de bien bien-être, alors que son absence provoque la disparition de toute fécondité. » Puis il poursuivait : « … On demande à Dieu d’insuffler dans l’eau la grâce du Christ mort et ressuscité ((cf. Rituel du baptême des enfants, n° 60). Ainsi, elle est transformée en eau qui contient la force de l’Esprit Saint … L’eau des fonts baptismaux étant sanctifiée, il faut préparer le cœur pour accéder au baptême. Cela a lieu lors du renoncement à Satan et de la profession de foi, deux actes étroitement liés entre eux. Dans la mesure où je dis « non aux suggestions du diable – celui qui divise – je suis en mesure de dire « oui » à Dieu qui m’appelleà me configurer à Lui dans les pensées et dans les œuvres…. Il n’est pas possible d’adhérer au Christen posant des conditions. Il faut se détacher de certains liens pour pouvoir en embrasser d’autres … C’est pourquoi la renonciation et l’acte de foi vont de pair… Rappelons-nous l’antique sagesse d’Israël :« Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, prépare-toi à l’épreuve »(Si 2, 1), c’est-à-dire, prépare-toi à la lutte…. ». Terminant le cycle de son enseignement sur le baptême, il précisait également ceci : « Après le bain qui régénère et qui crée un homme nouveau selon Dieu …, il a semblé naturel, depuis les premiers siècles de revêtir les nouveaux baptisés d’un vêtement neuf, pur, à l’image de la splendeur de la vie menée dans le Christ et dans le Saint-Esprit. Le vêtement blanc… annonce la condition de ceux qui sont transfigurés dans la gloire divine. Saint Paul rappelle ce que signifie revêtir le Christ, en précisant les vertus que les baptisés doivent cultiver :« Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres, et pardonnez-vous les uns les autres(Col 3, 12-14). Quant à la flamme allumée au cierge pascal, voici ce qu’il en dit : « Recevez la lumière du Christ » dit le prêtre. Ces paroles nous rappelle que la lumière, ce n’est pas nous, mais que c’est Jésus-Christ qui, ressuscité des morts, a vaincu les ténèbres du mal.De même que la flamme du cierge pascal donne la lumière à chaque petit cierge, de même l’amour du Seigneur Ressuscité, enflamme le cœur de chaque baptisé, le comblant de lumière et de chaleur.  C’est pourquoi, aux premiers siècles, on appelait également le baptême « illumination » et celui qui était baptisé « l’illuminé ».Voilà en effet ce qu’est la vocation chrétienne : « cheminer toujours comme des fils de lumière, en persévérant dans la foi. La présence vivante du Christ…est la lampe qui éclaire nos pas, la lumière qui oriente nos choix… »

Pour conclure cette méditation sur la 2de lecture de ce dimanche, rappelons-nous donc que, dans un monde de plus en plus laïcisé et perdant les valeurs du Christianisme, l’Homme avait été créé à l’image de Dieu mais qu’Il l’avait défiguré. Celui-ci dans son amour, nous a alors envoyé le Christ pour qu’il nous recrée « Saints », c’est-à-dire mis à part, appartenant à Dieu. Par ces lettres, St Paul nous invite donc à vivre, à nous conduire saintement. Cela suppose de lutter sans cesse contre tout ce qui « dénature » le monde, d’avoir un comportement le plus irréprochable possible et de prier afin d’en avoir la force. *

Georgette

*  Sources Marie-Noëlle Thabut, P.S.N. et  Liturgie et Sacrements.

 

 

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